Documents, Essais

Le souffle d’octobre 1917 – Bernard Pudal et Claude Pennetier

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2017 est l’année du centenaire de la révolution russe. Certains parlent de révolutions russes au pluriel, parce qu’il y a d’abord eu le renversement du tsar en février, puis la prise du pouvoir par les bolcheviks en octobre. Si le titre de l’ouvrage parle du « souffle d’octobre 1917 », c’est parce que, comme le sous-titre « L’engagement des communistes français » l’indique, il s’intéresse au régime communiste et à l’engouement qu’il a provoqué en France.

Tout ce qui concerne la Russie me passionne, aussi, dès que je vois un livre traitant de ce pays, je ne résiste pas. Quand j’ai vu cet ouvrage dans la liste des livres proposés par Babelio lors du dernier Masse critiques, j’ai sauté sur l’occasion. Le livre de Pudal et Pennetier réunit deux aspects qui m’intéressent : l’histoire de l’URSS et l’étude du Parti communiste français (PCF) (mes études en science politique jouent beaucoup dans cet intérêt !).

La question à laquelle tente de répondre le livre est : pourquoi, en France, tant de personnes d’horizons divers ont adhéré à la discipline du PCF, imposée par Moscou ? Si l’on s’intéresse à ces engagements militants à travers notre regard, l’adhésion au parti peut nous sembler étrange, voire risible. Quoi, des gens ont cru au projet soviétique ? sommes-nous tentés de nous demander avec un accent moqueur dans la voix. Alors qui étaient-ils ? Des utopistes qui ne voyaient pas la répression mise en place par le Parti communiste, ou qui ne voulaient pas la voir ? Certains auteurs ont répondu en parlant d’illusion : les militants étaient aveuglés par la propagande communiste. Cette thèse ne paraît pas satisfaisante aux yeux des auteurs.

Pour répondre à la question de l’engagement des militants français, les deux auteurs se sont penchés sur des documents d’une grande richesse : des notices biographiques rédigées par les militants. Ceux-ci devaient en effet répondre à des questionnaires établis par Moscou. Les catégories de questions sont les suivantes : origine et situation sociale ; situation de parti ; instruction et développement intellectuel ; participation à la vie sociale ; répressions subies et casier judiciaire.

Recueillis par le PCF, les documents étaient ensuite envoyés illégalement à Moscou. Le but était de contrôler les militants et de savoir lesquels pouvaient constituer des sources d’ennuis, comme des militants qui se révéleraient être des taupes par exemple. Mais Moscou se sert aussi de ces autobiographies pour valoriser les bons éléments. Ce sont donc des évaluations qui permettent au Parti de contrôler ce qui se passe au-delà des frontières de l’URSS. Pour les auteurs, ces documents sont riches d’enseignement.

« Ce qui caractérise ce questionnaire, c’est donc son extrême précision qui n’a pas seulement un sens policier ou politique mais aussi une dimension sociologique. » (p.53)

Dimension sociologique parce qu’il faut « constater la diversité des trajectoires conduisant au PC, la singularité de chaque destin militant, mais aussi la pluralité des rapports au « Parti », du fidéisme sans faille au doute dévastateur ». (p.19)

C’est ce qu’étudient dans ce livre les auteurs. Les documents reposaient en Russie mais ont été mis à la disposition des chercheurs il y a quelques années. Ces archives ont fait l’objet d’un travail de dépouillement de 1992 à 2014. C’est donc un important travail qui a été effectué pour analyser les documents. Je tenais à le préciser parce que c’est un travail de fourmi qui fait de ce texte un document de référence.

Après des explications générales sur l’importance de ces autobiographies, que les auteurs mettent en lumière avec l’histoire du PC, viennent des parties thématiques constituées d’informations et de la retranscription de notices biographiques. La lecture des réponses des adhérents est passionnante. Nous plongeons dans l’histoire de ces hommes et de ces femmes venant de tous les horizons. Ces derniers sont mis en évidence par les parties thématiques : nous découvrons donc des anarchistes, des ouvriers, des syndicalistes, des paysans, des Juifs, des Algériens, des catholiques, des intellectuels… Leurs réponses aux questionnaires nous renseignent sur leurs motivations et leurs rapports au Parti.

Les aspirations sont diverses. Lutte contre le capitalisme. Défense des droits des ouvriers et des ouvrières. Souhait d’une société plus juste et équitable. Défense des minorités. Pour certains, c’est la volonté de faire partie d’un groupe qui les motive. Il faut savoir que le Parti communiste français n’encadrait pas seulement ses membres pour les questions politiques mais les accompagnait dans tous les aspects de leur vie. C’était pour beaucoup d’entre eux bien plus qu’un parti politique. Les témoignages nous permettent d’en savoir plus sur ce qu’apportait le PCF à ces militants.

Le souffle d’octobre 1917 est donc une petite mine d’or, un concentré d’archives passionnantes savamment éclairées par des explications très intéressantes. L’ouvrage peut plaire aux politistes et historiens mais aussi à un plus large public puisque les auteurs contextualisent les témoignages.

A mettre entre les mains des curieux qui se demandent pourquoi octobre 1917 a provoqué un tel engouement en France !

Je remercie Babelio et les éditions de l’Atelier pour cette belle découverte.

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C'est le 1er, je balance tout

C’est le 1er, je balance tout #2

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Bonjour !

Je vous retrouve pour ma deuxième participation au rendez-vous de Lupiot, « C’est le 1er, je balance tout ». C’est l’occasion de revenir sur le mois de février et de vous présenter mes lectures. J’ai mis de côté des chroniques de blog et des articles à vous présenter, et c’est ce qui me plait dans ce rendez-vous : le partage des lectures autres que les livres.

  •  Je balance : le Top et le Flop de ce que j’ai lu le mois-dernier

Pas de Flop pour février. Peu de livres au compteur, mais des lectures qui m’ont plu !

J’ai commencé la semaine dernière Aurélien d’Aragon. Je n’ai pas fini de le lire mais je peux déjà vous dire que c’est un gros coup de cœur ! La plume d’Aragon est sublime et l’histoire qu’il raconte me touche beaucoup.

Avec Saleanndre, nous avons lu en lecture commune Marie Curie prend un amant d’Irène Frain. J’ai adoré ce livre, dans lequel Irène Frain revient sur un épisode peu connu de la vie de Marie Curie : la pression médiatique qu’elle a vécue pour avoir eu une liaison avec un homme marié, Paul Langevin, après la mort de Pierre Curie. L’auteur embarque le lecteur dans son enquête et c’est passionnant.

J’ai reçu, grâce à Babelio et aux éditions de l’atelier, le livre Le souffle d’octobre 1917 : pourquoi ont-ils cru au communisme ? de Claude Pennetier et Bernard Pudal. Dans cet ouvrage, les deux auteurs tentent de répondre à la question du titre, en étudiant les autobiographies des membres du Parti communiste français. A la demande des autorités du parti, les militants devaient écrire des autobiographies en répondant à des questions sur leurs origines, leurs proches, leurs lectures, etc,. Cette étude des archives est très intéressante, je vous en parle bientôt plus longuement !

  • Je balance : au moins une chronique d’un autre blog lue le mois dernier

Je lis régulièrement les chroniques de Moka, alors ça me semblait tout naturel d’en partager une ce mois-ci. C’était difficile de choisir car il y en a plusieurs qui m’ont plu en février, mais je me suis décidée sur la dernière que j’ai lue. Moka nous parle de Le Cid de Pierre Corneille. Un grand classique qu’on peut lire et relire sans se lasser.

J’ai été convaincue par la chronique de La Tête en claire, sur les Comics The Wicked + The Divine de Jamie McKelvie et Gillen Kieron. Dans ces Comics, des dieux issus de différentes mythologies (gréco-latine, scandinave…) reviennent sur Terre dans la peau de…pop stars !

Ma liste de livres à lire s’est encore allongée grâce à L’ivresse littéraire. Elle m’a donné envie de lire Je me suis tue de Mathieu Menegaux. Un roman angoissant et dérangeant, qu’elle qualifie de « coup de maître ».

  • Je balance : au moins un lien (hors chronique littéraire) qui m’a fait « Wahou » le mois dernier

Vous l’avez peut-être vu sur les réseaux sociaux : on aurait retrouvé Marcel Proust sur une vidéo. Cette information a fait sensation chez les admirateurs de Marcel ! En réalité, Laure Hillerin, qui a écrit une biographie de la comtesse Greffulhe (2014), avait déjà évoqué la possibilité que ce soit bien l’auteur de la Recherche que l’on aperçoit dans cette vidéo. Ce ne serait donc pas une découverte à proprement parler, mais quelle joie de voir Marcel !

J’aime beaucoup les émissions de France Culture. En février, la Fabrique de l’Histoire s’est intéressée à la bibliothèque des présidents de la République. A écouter !

Je vous propose une autre émission de radio intéressante, cette fois sur France Inter. On y parle corruption, et d’un pays qui lutte contre ce problème : la Roumanie ! Vous avez peut-être entendu parler des Roumains qui se sont réunis en grand nombre sur les places des grandes villes pour exprimer leur colère. L’émission revient sur ce mouvement.

  • Et enfin, je balance : ce que j’ai fait de mieux le mois dernier

Début février, je vous disais que j’avais repris le sport en janvier. Je suis fière de pouvoir dire que j’ai bien couru en février et que je n’ai même plus à me forcer ! La motivation est bien là.

J’ai participé au défi sablier de Samantha Bailly, un auteur que je connaissais pas et dont j’ai découvert les vidéos le mois-dernier. Le défi consistait en un programme d’écriture progressif : 5 minutes d’écriture le premier jour, et 1 heure le dernier, le tout en 7 jours. Bien sûr, si on était lancé et qu’on dépassait, aucun souci, c’était le but ! Avec ce défi, je me suis rendu compte que l’excuse « je n’ai pas le temps » était à bannir !

J’ai aussi réussi à limiter le temps passé sur les réseaux sociaux. J’y perds toujours trop de temps, mais je parviens peu à peu à m’en détacher. Et je gagne donc du temps de lecture !

J’espère que les liens partagés vous plaisent. Et vous, qu’avez-vous à dire sur février ?

Un bon mois de mars à vous !

Album photos·Visites et rencontres

Album photos #5 – Visite de l’hôtel de Brienne, ministère de la Défense

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Le 11 février, je suis allée visiter l’hôtel de Brienne, qui abrite actuellement le ministère de la Défense. Des services du ministère ont déménagé (dans un bâtiment moins classe, si vous voulez mon avis), mais le ministre a décidé de garder son bureau dans le bel hôtel particulier (et qui peut lui en vouloir ?). Le Centre des monuments nationaux a eu l’autorisation d’organiser des visites guidées (sur réservation) pour faire découvrir le bâtiment.

Un lieu chargé d’histoires

Bien qu’il ait été construit au XVIIIe siècle, l’hôtel particulier a une décoration fortement marquée par le Premier Empire (donc début XIXe siècle). Cela est dû au fait qu’il ait appartenu au frère de Napoléon, Lucien Bonaparte, puis à leur mère, Laetizia. En bon Bonaparte, ils ne connaissent pas le mot « sobriété », ce qui ne m’a absolument pas dérangée puisque j’adore le mobilier Premier Empire ! Le guide nous a d’ailleurs appris que Lucien dessinait lui-même des meubles (il s’ennuyait un peu). Pour la petite histoire, Lucien Bonaparte a été une figure importante du coup d’État de son frère, mais il a ensuite été disgracié pour avoir voulu faire un mariage non autorisé par Napoléon (un mariage d’amour, c’est une mauvaise idée).

A la Restauration, l’hôtel particulier n’appartient plus aux Bonaparte, qui font profil bas. Il devient propriété de l’État et abrite le ministère de la Guerre, puis le ministère de la Défense. Deux pièces témoignent de l’histoire du XXe siècle : le bureau de Clemenceau, que l’actuel ministre Jean-Yves Le Drian a voulu reconstituer en 2014 d’après des photos d’époque ; et le bureau du général de Gaulle. C’est impressionnant de voir les objets qui ont appartenu à ces hommes d’État, grandes figures de notre histoire. J’ai particulièrement aimé l’un des bureaux qui figurent dans la pièce de Clemenceau. On appelle ce bureau le « Daru », du nom de celui qui l’inventa sous le règne de Napoléon. Ce meuble imposant est démontable et a vécu la campagne de Russie. En 1812, alors que Napoléon et ses hommes veulent revenir en France après avoir séjourné dans une Moscou presque abandonnée, l’hiver s’abat sur l’équipée et rend le voyage périlleux et mortel. De nombreux hommes sont laissés mourant. Mais on ramène le meuble, à cheval… Ça nous donne une idée des priorités !

Notre guide était passionnant. Il est parvenu à présenter des informations générales et à s’arrêter sur des choses plus précises, notamment en ce qui concerne le mobilier. Les visites étant sur réservation, le nombre de visiteurs est limité, ce qui nous a permis de pouvoir nous déplacer facilement dans les pièces. C’est une visite que je recommande ! (pour les réservations, voir sur ce lien)

Si vous voulez avoir plus de détails sur l’histoire de l’hôtel particulier, je vous invite à lire l’article de Steph’, avec qui j’ai fait cette visite !

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Le jardin – Sous l’Occupation, l’hôtel particulier n’a (étrangement) pas été réquisitionné par les Allemands et est resté inhabité. Les résistants en profitaient et se donnaient rendez-vous dans ce jardin

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Le Daru, dans le bureau de Clemenceau
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Le bureau de Clemenceau, reconstitué d’après des photos d’époque ; le ministre actuel y invite les hôtes de marque
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Le bureau de De Gaulle

J’espère que mes explications et photos vous ont plu !

Je vous donne rendez-vous le 1er mars pour mon prochain article.

Documents, Essais·Romans

La guerre et la paix de Tolstoï #1 – Entre roman et traité d’histoire

J’ai lu La guerre et la paix.

Mais que dire après avoir fait ce constat ? Que dire après avoir ressenti, avouons-le, une certaine fierté d’être venue à bout de ces nombreuses pages ? On en a déjà tellement dit sur cette fresque passionnante. Alors, après ma lecture, une question m’a occupé l’esprit : que pourrai-je dire de ce livre ? Et après y avoir longuement réfléchi, la réponse est : beaucoup de choses. Il y a plusieurs aspects que je souhaiterais traiter et c’est pourquoi je vais réserver plusieurs articles à Guerre & Paix.

Pour ce premier article, abordons le genre de La guerre et la paix.

Entre roman et traité d’histoire

Je me suis lancée dans la lecture de Guerre et Paix en croyant que c’était un roman. Un grand roman dans lequel je suivrai des familles sur plusieurs années. Mais ce n’est pas un roman à part entière. Je fus assez surprise de lire, après quelques chapitres, des pages sur la stratégie militaire et le sens de l’Histoire. Ce sont des pages qui sortent complètement du récit pour aborder des points théoriques.

« Qu’est-ce que La guerre et la paix ? Ce n’est pas un roman, moins encore un poème, moins encore une chronique historique. La guerre et la paix est ce qu’a voulu et a pu exprimer l’auteur dans la forme où cela s’est exprimé. » (Tolstoï)

Des intrigues romanesques

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Moscou en 1800, par Fedor Yakovlevich Alekseev

L’incipit nous fait entrer de plain-pied dans un salon bien connu de la haute société pétersbourgeoise : celui d’Anna Pavlovna Scherer, demoiselle d’honneur de l’impératrice douairière. La conversation tourne, comme souvent depuis quelques temps, autour de Napoléon, qu’on appelle « Buonaparte » pour montrer qu’on ne l’apprécie guère. Le ton est donné : Guerre et Paix traite des guerres napoléoniennes. De 1805 à 1820, nous suivons plusieurs familles de l’aristocratie russe dont les jeunes fils participent aux conflits qui rythment ce début XIXe siècle.

Difficile de ne pas se perdre, au début, avec tous ces personnages qui gravitent dans la société et sur le champ de bataille. Les présenter un à un serait laborieux, pour vous comme pour moi. Mais présentons quelques uns d’entre eux. Pierre Bézoukhov, de retour d’une dizaine d’années passées en Europe, a du mal à se faire aux mœurs russes et n’hésite pas à parler des idées révolutionnaires qui ont forgé sa pensée. Ce n’est bien sûr pas du goût de tous, d’autant plus que Pierre a été conçu hors mariage. Un homme de peu, en somme, bien que la fortune de son père soit considérable. Personne ne croyait que l’héritage de celui-ci reviendrait à son fils illégitime, c’est pourtant ce qui arrive. Et comme l’argent rend sympathique, Pierre, désormais comte Bézoukhov, se retrouve entouré d’amis. Il peut heureusement compter sur André Bolkonsky, dont le père a multiplié les exploits militaires sous le règne de Catherine II. André, marié depuis peu, est sur le point de devenir père. Il n’a pourtant qu’une envie : rejoindre le champ de bataille. Il emmène sa femme, Lise, à Lyssia Gory, la propriété de son père (Nicolas, prince Bolkonsky). Lise y retrouve Marie, la soeur d’André, martyrisée par son père tyrannique. Marie est la femme que les grandes familles veulent comme belle-fille, à cause de la fortune de son père. Parmi ces familles, il y a les Rostov. Nicolas et Natacha, l’aîné et la cadette des enfants, font le bonheur de leurs parents et sont appréciés de tous. Le comte et la comtesse Rostov comptent sur leur fils pour faire un beau (entendez riche) mariage et renflouer leurs dettes. Mais Nicolas est depuis longtemps amoureux de sa cousine Sonia et lui a promis de l’épouser. Quant à Natacha, c’est une jeune fille vive, positive, qui aime tout le monde et tombe amoureuse à de multiples reprises. Elle vit chaque instant intensément, ne cachant pas ses émotions. Elle représente la bouffée d’air frais dont ont besoin les Russes lorsque les défaites arrivent.

Tous ces personnages se rencontrent, en rencontrent d’autres, grandissent, et vivent les guerres napoléoniennes de différentes manières.

André Bolkonsky est mon personnage préféré. Son parcours donne à Guerre et Paix la dimension d’un roman d’apprentissage. Ses convictions sur la guerre et sur la manière dont on mène une bataille évoluent au fil des années et de son expérience sur le front. Voir la mort de près agit sur lui comme une révélation. Sombre et peu enclin aux plaisirs, il s’ouvre au monde en trouvant l’amour, mais c’est le pardon qu’il accorde à un ennemi qui lui fait prendre pleinement conscience de ce que la vie peut offrir. André est, à mon avis, le personnage le plus travaillé et le plus abouti de l’œuvre.

Guerre et Paix, c’est l’histoire de tous ces personnages. Une petite histoire qui s’inscrit dans la grande. Qu’ils soient les jouets du destin ou des personnages agissant librement, dans tous les cas, la politique les empêche de suivre le chemin qu’ils s’étaient tracé.

Une réflexion sur la guerre et l’Histoire

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Bataille de la Moskowa, par Louis-François Lejeune

Le récit sur les familles russes est régulièrement coupé par des considérations sur la guerre et le sens de l’Histoire. En Russie, Napoléon provoque des sentiments contradictoires. Il y a ceux qui le respectent pour avoir diffusé dans toute l’Europe l’esprit issu des Lumières (il faut par ailleurs savoir qu’en 1814 et en 1815, la Russie a occupé la France et le tsar Alexandre Ier s’est installé en France. La cohabitation entre les Français et les Russes s’est en règle générale bien passée et beaucoup de Russes ont voulu apporter dans leur pays ce qu’ils avaient vu en France). Et il y a ceux qui ne peuvent pas le voir en peinture. Tolstoï semble figurer dans la seconde catégorie. Dans Guerre et Paix, Tolstoï décrit Napoléon comme s’il n’était qu’un simple personnage, et nie le rôle qu’a pu jouer l’empereur dans les succès de l’armée française et de ses alliés. Mais loin d’être totalement chauvin, il fait de cette idée une thèse générale : qu’ils soient français ou russes, les décideurs n’ont pas eu l’importance qu’on leur prête en ce qui concerne les grandes batailles de notre Histoire. Mais alors, qui a eu le pouvoir de faire basculer les événements ? Qui a fait en sorte que les Français gagnent alors que tout les poussait à perdre, et inversement ?

Tolstoï évoque l’importance des soldats qui, réunis, forment une marée humaine capable de tout détruire. Mais après de multiples considérations, il en vient à sa conclusion et expose sa théorie : on ne peut pas expliquer les raisons d’une défaite ou d’une victoire parce que c’est une force indéfinissable qui les a provoquées.

« L’ensemble des causes d’un phénomène est inaccessible à l’intelligence humaine, mais le besoin de rechercher ces causes est inscrit dans l’âme de l’homme.[…] Il n’y a pas et ne peut y avoir de causes d’un événement historique en dehors de l’unique cause de toutes les causes. »

On peut y voir une théorie du déterminisme, de la fatalité. Quand on croit que Napoléon et Alexandre Ier ont pris des décisions qui ont influencé le cours de l’Histoire, Tolstoï nous dit qu’en réalité, ces décisions étaient indépendantes de leurs volontés. Elles leurs auraient été imposées par une force que Tolstoï ne peut pas nommer.

« De même qu’on ne peut répondre à la question : « quand fut décidé l’abandon de Moscou ? » on ne peut pas répondre à la question « quand et par qui fut prise la décision d’aller à Taroutino ? » C’est seulement lorsque les troupes arrivèrent à Taroutino sous l’action d’innombrables forces différentielles que les hommes se persuadèrent qu’ils l’avaient voulu et prévu depuis longtemps. »

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L’incendie de Moscou, par Viktor Mazurovsky

Si vous décidez de vous lancer dans la lecture de ce chef d’œuvre, attendez-vous à y trouver des pages sur les stratégies militaires et sur l’Histoire. Guerre et Paix est un savant mélange de fiction et de réflexion, et ne peut pas être rangé dans un seul genre littéraire. C’est une grande fresque réaliste que nous propose Tolstoï. Il nous décrit dans les moindres détails les sentiments qui animent les personnages et les scènes de guerre qui s’offrent à leurs yeux. Si je me suis parfois perdue dans le nom des nombreuses batailles, j’ai tout de même gardé le plaisir de lire ce grand livre.

C'est le 1er, je balance tout

C’est le 1er, je balance tout #1

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Je n’ai pas l’habitude des rendez-vous sur le blog. Je trouve ça contraignant et je ne suis pas sûre de toujours avoir quelque chose à vous présenter. Mais Lupiot du blog Allez vous faire lire, a su me convaincre avec son nouveau rendez-vous mensuel « C’est le 1er, je balance tout ». Le rythme me convient, ainsi que les différentes thématiques, qui mettent en avant nos lectures mais aussi les autres blogs. J’espère que ces articles vous plairont. N’hésitez pas à nous rejoindre si vous le souhaitez (explications et illustrations sur le blog de Lupiot) !

  •  Je balance : le Top et le Flop de ce que j’ai lu le mois-dernier

Je pense qu’il y aura peu de flops car ces derniers temps, j’ai eu la main heureuse et ai rarement été déçue par mes lectures. Mais on ne sait jamais ! En tout cas, pas de flop pour le mois de janvier.

J’ai eu un gros gros coup de cœur pour En route vers toi de Sara Lövestam. Ce livre m’a été offert à Noël et j’en suis très heureuse car j’ai passé un très bon moment de lecture. J’ai prévu de vous le présenter dans une chronique donc patience ! En attendant, je peux vous dire qu’on y voyage entre notre époque et les années 1910, qu’on y découvre des femmes fortes, déterminées, et attachantes.

Janvier a aussi et surtout été marqué par ma lecture de La guerre et la paix de Tolstoï. J’ai commencé à lire cette œuvre en décembre et ce fut un vrai plaisir de plonger dans la Russie du XIXe siècle. Là aussi, j’ai prévu de vous en parler dans une chronique, et même plusieurs car il y a différents aspects très intéressants.

J’ai terminé vendredi Danser au bord de l’abîme de Grégoire Delacourt. C’est un Service presse pour le magazine Maze donc je n’en parlerai pas ici mais je vous partagerai mon article. J’ai passé un bon moment de lecture avec ce roman sur l’adultère, le désir, et sur l’importance de vivre chaque instant comme le dernier.

Trois romans. De la littérature russe, suédoise, et française. Pas mal !

  • Je balance : au moins 1 chronique d’un autre blog lue le mois dernier

Steph a raconté en janvier notre visite à Provins, qui date de septembre, et ça m’a rappelée de bons souvenirs. J’ai aussi aimé la chronique de Saleanndre sur Songe à la douceur de Clémentine Beauvais.

  • Je balance : au moins 1 lien (hors chronique littéraire) qui m’a fait « Wahou » le mois dernier

Je profite de cette consigne pour partager des articles sur l’actualité : un article sur le revenu de base, sujet beaucoup évoqué ces derniers temps, et expliqué par Socialter (je vous ai déjà dit ici à quel point j’aime ce magazine) ; et un article du Monde « Sexisme, harcèlement de rue, mixité : les femmes à la reconquête de l’espace public« . L’espace public n’a pas été pensé pour les femmes et des urbanistes et des élus tentent de le rendre plus accueillant pour elles. Et je ne peux pas m’empêcher de vous partager un podcast : Raphaël Personnaz (que j’aime beaucoup beaucoup beaucoup) sera sur les planches avec Laetitia Casta dès le 3 février pour la pièce Scène de la vie conjugale. L’acteur a participé à l’émission A la bonne heure de Stéphane Bern sur RTL. A écouter !

  • Et enfin, je balance : ce que j’ai fait de mieux le mois dernier

J’ai repris le sport ! Après trois mois sans enfiler mes baskets (manque de motivation et froid), je suis enfin retournée courir et ça fait un bien fou. Mon objectif en février est de courir à nouveau régulièrement. Réponse le 1er mars !

N’hésitez pas à partager vos réponses en commentaire, je suis curieuse !

Je vous souhaite un bon mois de février.

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Romans

Génération – Paula McGrath

Qu’ont en commun les personnages de Génération, dont les portraits brossés par Paula McGrath nous apparaissent comme dans un kaléidoscope ? Le poids d’un passé beaucoup trop lourd pour leurs épaules et transmis par leurs parents et leurs grands-parents. Des démons qui les hantent de génération en génération. Qu’ils dépassent les frontières ou non, qu’ils traversent des océans ou restent sur leur continent, ils sont rappelés par leurs racines.

1958. Paddy, irlandais, quitte son pays pour aller travailler dans les mines au Canada. 2010, Aine, irlandaise, va faire du wwoofing dans la ferme de Joe Martello aux États-Unis, dans l’Illinois. 2027, Bellis, irlandaise elle aussi, prend l’avion pour aller au Canada, sur les traces de son grand-père. Paddy fuit son pays à la recherche d’une meilleure situation. Aine fuit l’angoisse de la routine et surtout son ex-mari, bientôt père d’un deuxième enfant. Bellis fuit quelque chose qui la ronge de l’intérieur.

A ces portraits s’ajoutent ceux de Joe Martello et de ses parents, Franck et Judy. Carlos, travailleur mexicain ; Vicky, ancienne camarade de fac de Joe ; et Makiko, dont le fils Kane, élève de Vicky, prend des leçons de piano avec Judy, complètent le tableau.

Tous ces personnages se croisent, comme dans un film choral. Qu’ils passent quelques heures ensemble ou plusieurs semaines, leurs rencontres bouleversent la suite du roman et de leur existence.  Si on peut comparer ce roman à un film choral, ce n’est pas seulement pour les liens qui unissent tous les personnages. C’est aussi pour le style de l’auteur. En quelques mots, le décor est posé. Comme si Paula McGrath avait une caméra et nous donnait à voir la scène. Ses descriptions pourraient être des didascalies dans un scénario. Des phrases courtes, percutantes, qui interpellent le lecteur.

« Joe

Des trombes d’eau sur le pare-brise. Les essuie-glaces qui peinent à suivre. Le Grateful Dead pour lui tenir compagnie. Twisted. Broken. Langue épaisse, chargée, rouillée. Il ne sait plus quand il a parlé pour la dernière fois. Une nana sur Skype. Vietnam ? Non, Chine. Bafouillage et cafouillage. Dommage. Pas d’Anglais. Pas de connexion. Suivante.

De la gadoue marron sur le bord de la route, voilà tout ce qu’il reste de la neige. Le poloc-ploc-ploc qui tombe du toit lui signifie tous les ans le retour du printemps ; c’est son réveil, son dégel. Debout. Dehors. Dépêche. Au ravitaillement. Fais une liste. Des listes. Où es la liste ? Il fouille dans la boîte à gants ouverte. Il l’avait mise là. Elle est où ? Bon, et maintenant ? Qu’est-ce qu’il y avait sur cette liste ? Levé à l’aube. Il ne s’en souvient plus. Hier soir, il débordait d’idées. Qui ne sont plus que de vagues souvenirs. Merde. » (p.25)

Paula McGrath nous offre des descriptions sans concession de ces personnages qui gardent tout de même une part de mystère. Les années passent, les questions demeurent. Une certitude : chaque personnage joue un rôle important dans la vie des autres. Bien plus qu’ils ne veulent bien l’admettre. Les démons des générations précédentes continuent de les hanter mais pour certains, le retour aux sources peut s’avérer salvateur et porteur d’espoir.

Je remercie les éditions de la Table Ronde de m’avoir proposé de recevoir ce roman. Après avoir lu The Girls, j’étais curieuse de lire ce roman de la rentrée littéraire de janvier 2017. Ce ne fut pas le même coup de cœur que pour le livre d’Emma Cline, mais j’ai tout de même beaucoup aimé suivre les personnages de Paula McGrath et découvrir leurs secrets.

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Journal de bord

Journal de bord #2 – Et bonne année !

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Bonjour amis lecteurs,

Les articles sur le passage à une nouvelle année fleurissent sur la toile et je n’échappe pas à la règle. Je vous souhaite une bonne année. J’espère que 2017 vous apportera tout ce que vous souhaitez. Et bien sûr, je vous souhaite beaucoup de belles lectures et autres découvertes culturelles.

2016 a sonné pour moi la fin des études. La fin d’une aventure et le début de beaucoup d’autres, j’espère. La recherche d’emploi n’est pas facile à vivre mais le blog me permet de rester positive. Je prends toujours plaisir à lire, à faire des visites, et à vous parler de ce que j’aime. J’aime écrire depuis longtemps, mais je crois que c’est cette année que j’ai réalisé à quel point c’était important pour moi. J’essaie toutefois de ne pas prendre ce blog trop au sérieux. Je fais les choses bien, mais toujours avec plaisir. Et tant pis si mon rythme n’est pas soutenu et si je vous laisse parfois plusieurs semaines sans nouvel article à lire (surtout en ce moment, Guerre et Paix ne se lit pas une semaine !). J’aime prendre mon temps et j’espère que vous ne m’en voudrez pas trop. Je recherche sans cesse le plaisir d’écrire, de décrire, de raconter. L’été 2016 a été marqué par l’écriture de mon mémoire. Ce fut horrible, et je n’exagère pas. Et pourtant, quelle joie et quelle fierté lorsque le jury me fit le plus beau compliment qu’on puisse me faire : « c’est très bien écrit, on a pris plaisir à vous lire. » Cette remarque m’a fait prendre confiance en moi et en ma plume.

Depuis novembre, je suis rédactrice pour la rubrique littérature du magazine Maze. C’est une nouvelle manière pour moi d’écrire et d’être lue. Je ne suis plus seule à publier, je travaille avec d’autres rédacteurs, avec parfois des contraintes de thèmes et des contraintes de temps. Et j’aime bien. J’aime les défis, j’aime me challenger. J’ai créé une page sur laquelle vous retrouverez les liens menant vers les articles que j’écris pour Maze, et je vous préviendrai des publications sur les réseaux sociaux.

En 2017, je me lance un nouveau défi : écrire un roman. Ça fait des années que j’en ai envie, sans en avoir le temps et sans avoir suffisamment confiance en moi. Aujourd’hui, je sais ce que je veux raconter et pourquoi. Et surtout, j’ai compris une chose : le principal est que ça me fasse plaisir. En parler avec Gaëlle, du blog Pause Earl Grey, m’a encore plus motivée.

Les conversations avec les blogueurs ont aussi rythmé mon année 2016. En début d’année, j’ai rencontré, pour de vrai, Armandine du blog Le Salon des lettres. Nous avions visité une exposition comme deux amies qui se voyaient régulièrement. J’ai aussi poursuivi mes échanges avec Saleanndre du blog Le monde dans les livres. Ça fait plusieurs années que nous lisons nos blogs respectifs et j’espère que nous continuerons d’échanger en 2017. Et que dire de mes nombreuses visites en compagnie de Steph et Cécile (Temps-H et Les voyages de Cécile), pendant lesquelles nos fous rires nous attiraient souvent des regards désapprobateurs ! Difficile de parler de tous les blogueurs que j’aime lire car ils sont nombreux. Je voudrais juste, pour finir, citer Elsa du blog Arts & Stuffs. J’aime ses articles sur l’Histoire et j’aime la suivre dans ses pérégrinations. C’est aussi une blogueuse généreuse qui n’a pas été avare de conseils avec moi.

Après ce passage qui ressemble à un discours de remerciements d’une cérémonie des Césars, je voudrais vous remercier de m’avoir lue. Cet article est un peu plus personnel que d’habitude mais ne vous inquiétez pas, je ne vous raconterai pas ma vie toutes les semaines !

Je vous souhaite un bon dimanche,

Emma

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Le musée La Piscine à Roubaix – Quitter Paris n’a pas été facile mais heureusement, les Hauts-de-France ont de belles visites à m’offrir