Magazines

Le nouveau magazine littéraire : placer la littérature au coeur des enjeux de société

Le nouveau magazine littéraire

Ces derniers temps, je ressens le besoin de faire une petite pause lecture lorsque j’ai terminé un livre. Alors que j’avais l’habitude de commencer un nouveau livre juste après  avoir lu la dernière page du précédent, j’apprécie en ce moment de souffler un peu, et de prendre le temps de réfléchir.

Mais je n’arrête pas de lire pour autant, on ne se refait pas ! J’aime lire des magazines, mais j’en parle peu ici (seulement un article). J’ai lu deux numéros du Nouveau magazine littéraire, et j’apprécie beaucoup sa nouvelle ligne éditoriale.

Le Magazine littéraire, fondé en 1966, a marqué ma scolarité et mes deux années de prépa littéraire. Avec ses articles sur des écrivains contemporains mais aussi des siècles précédents, ce magazine était mon compagnon pour préparer mes dissertations. Mais comme pour beaucoup de parutions papier, le magazine a eu du mal à relever les défis lancés par le numérique.

Depuis décembre 2017, nous ne parlons plus du Magazine littéraire mais du Nouveau magazine littéraire. Avec Raphaël Glucksmann aux manettes, la ligne éditoriale a été complètement revue. Avec un thème pour chaque numéro, le magazine met en avant le débat d’idées et place la littérature à un carrefour de disciplines : philosophie, sociologie, histoire, science politique, art… Une pluridisciplinarité qui me plait beaucoup et dans laquelle je me reconnais : après deux ans de prépa littéraire, j’ai fait des études de sciences politiques et sociales. J’aime me nourrir de plusieurs disciplines et comparer les points de vue.

Je considère que la littérature se nourrit de tout ce qui l’entoure. Quelle que soit la forme, quel que soit le genre, les livres nous parlent de nous. Alors, garder la littérature au coeur du magazine tout en la faisant interagir avec d’autres horizons m’intéresse beaucoup.

Les différents thèmes proposés depuis décembre sont liés à l’actualité : l’utopie, les droits des femmes, mai 68, les GAFA, la tyrannie… J’ai lu les numéros sur les droits des femmes et sur les GAFA et j’ai apprécié les différents points de vue présentés.

La littérature, loin d’être le parent pauvre, l’oubliée, de cette nouvelle ligne éditoriale, est présente tout au long des numéros : parfois en fond, parfois à travers des écrivains qui prennent la plume pour proposer leurs réflexions sur notre société. La littérature est aussi présente dans les critiques d’ouvrages proposées à la fin du magazine. Fictions et non-fictions sont sur un même pied d’égalité et c’est aussi un point que j’apprécie.

Le nouveau magazine littéraire

Raphaël Glucksmann présente ce magazine comme un média de gauche progressiste, et cette orientation politique se remarque dans les personnalités invitées à y écrire. Alors, bien sûr, on n’est pas toujours d’accord avec ce qu’on lit, et c’est aussi ce que j’attends dans mes lectures : je veux qu’on me fasse réfléchir. Le débat naît des désaccords.

Je ne pense pas m’abonner car j’aime varier les magazines et les choisir en fonction des dossiers présentés, mais je pense acheter le dernier numéro (sur la tyrannie). Les articles sont denses et j’ai à peine fini un numéro quand le prochain est déjà disponible ! Il faut dire que je suis lente pour lire les magazines, j’aime prendre mon temps et lire un article de temps en temps.

Et vous, avez-vous lu le Nouveau magazine littéraire ? Que pensez-vous des changements entrepris par la nouvelle équipe ?

Romans

Déguster Une sacrée salade de Jacques Laurent

Une sacrée salade de Jacques Laurent
Édition 2018 – Source : éditions de la Table Ronde

Peny (Claude-Andrée-Pénélope) va-t-elle avouer à l’inspecteur général adjoint Forbin qu’elle a avorté ? C’est la question que l’on se pose tout au long de la lecture de ce huis-clos. Interrogée dans le cadre d’une enquête sur le médecin Danieli, accusé de pratiquer une intervention médicale encore interdite, Penny risque, en avouant son avortement, de faire déclarer coupable le médecin. En disant : « Oui, j’ai avorté », elle rendrait également coupable son compagnon qui, par déduction, du moins aux yeux de Forbin, aurait encouragé une pratique illégale en favorisant la rencontre entre la jeune femme et le médecin. Sauf que Peny en a plusieurs, des compagnons.

Nous sommes en 1954. L’avortement est illégal, et on attend des femmes qu’elles aient une vie bien rangée : petit ami qui deviendra fiancé puis mari. Mais Peny a 22 ans et ne rêve pas de cette vie qu’on veut lui imposer.

« On ne le répétera jamais assez, le roman noir, contrairement au roman policier, est un roman de la critique sociale. Il s’agit d’appuyer là où ça fait mal dans une société et de montrer des hommes et des femmes qui ne sont plus vraiment certains de trouver la frontière entre le bien et le mal parce que tout ça n’est plus très clair. » (Préface – Jérôme Leroy)

La préface de Jérôme Leroy (préface qui ne révèle aucun élément de l’intrigue, fait assez rare pour être souligné !)  résume bien le sujet de ce roman noir initialement publié en 1954 aux éditions de la Table Ronde. Neuf ans après la fin de la Seconde Guerre mondiale, la société française, en proie à une situation politique jugée instable et à des conflits coloniaux, semble préoccupée par bien d’autres sujets. Mais la jeunesse était alors bien décidée à faire parler d’elle et à revendiquer l’évolution des moeurs.

Fait surprenant, l’auteur de ce roman noir qui dénonce l’interdiction de l’avortement, est un homme de droite, ancien militant de l’Action française. Il était malgré tout un défenseur des libertés et notamment de la liberté sexuelle. Élu à l’Académie française en 1986, il a écrit des romans et des essais, sous son nom mais aussi avec des noms d’emprunt, comme Cécil Saint-Laurent. C’est d’ailleurs sous ce pseudonyme qu’il a publié Une sacrée salade.

Le roman nous transporte tout droit au 36 quai des Orfèvres, au bureau 353 pour être précis. Forbin, poussé par son supérieur, doit à tout prix faire révéler son avortement par Peny. Mais celle-ci est une adversaire redoutable. Au cours de ce long interrogatoire, qui prend parfois des airs de simple conversation (ruse de Forbin pour faire oublier à la jeune femme qu’elle se trouve au Quai des Orfèvres), Peny raconte tout, ou presque, car elle aussi use de stratégie pour faire oublier le sujet principal de l’interrogatoire.

Elle narre ainsi ses aventures, de Besançon à Paris en passant par le sud de la France. Son récit est rythmé par ses rencontres amoureuses : Pierre, Alain, Buck, Philippe…Peny s’amuse à perdre son interlocuteur et Forbin a quant à lui du mal retenir toutes les informations, malgré les notes qu’il prend consciencieusement. Mais qui, parmi ces hommes, est celui à l’origine de la grossesse de Peny ?

« -Il n’y a rien de sale, dans mes histoires à moi, que des choses tristes, d’autres gaies, d’autres qui ont tourné d’une drôle de façon. Je me suis débrouillée au milieu de tout ça.

-Ça s’est passé tout de suite ?

-Vous tombez bien, le soir-même.

-Un vrai hussard !

Peny ébaucha un sourire, les yeux mi-clos, comme si elle revoyait des souvenirs précis.

-À moins que ça n’ait été moi, la hussarde.

Elle rit tout à fait et regarda l’inspecteur avec feu.

-Vous voudriez que je sois confuse, hein ? La pauvre jeune fille séduite qui…

Elle le fixa avec haine.

-Vous retardez.

-Je retarde sur quoi ?

-Sur votre époque. Nous ne sommes plus des saintes-nitouches. Nous n’attendons plus que nos parents nous marient. Nous vivons à nos risques et périls. » (page 68)

Les répliques fusent entre la jeune femme et l’inspecteur, et celui-ci n’est pas toujours sûr de vouloir aller au bout de l’interrogatoire. Pris malgré lui dans l’histoire qu’elle lui raconte, il pose toujours plus de questions : pour la faire lâcher le morceau, ou par simple curiosité ?

On sourit souvent, amusé par l’audace de Peny et par ses réparties cinglantes. On s’indigne, aussi, quand on réalise qu’elle doit se justifier sans cesse sur ses choix et sur sa vie privée. Demandait-t-on à cette époque aux hommes d’expliquer pourquoi ils ne restaient pas avec la même femme ?

Véritable récit dans le récit, l’histoire que nous conte Peny est une sacrée salade qui fait tout le charme de ce roman noir. Une salade composée de multiples ingrédients, de personnages qui vont et viennent au gré des humeurs de la narratrice. Et si on se demande si ce qu’elle raconte est vrai, tant elle souhaite détourner l’attention de Forbin, on se rend compte que ce qui est le plus important est sa volonté de rester maîtresse de sa vie… et donc de son corps. Mais si elle garde l’avantage en menant la conversation, elle doit bien admettre que Forbin est un adversaire de taille. Jacques Laurent sait quant à lui nous surprendre quand on croit avoir deviné la fin.

Vous l’aurez compris, j’ai beaucoup apprécié cette lecture. Je ne m’étais pas encore penchée sur les romans noirs de la collection La Petite Vermillon mais cette lecture, belle découverte, me donne envie d’en lire d’autres.

Un grand merci aux éditions de la Table Ronde pour m’avoir envoyé ce roman !

Une sacrée salade de Jacques Laurent La Table Ronde
Édition originale (1954) Source : éditions de la Table Ronde
Un hiver en Russie

Un hiver en Russie-Bilan de février et bilan général

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Non non je ne suis pas trompée de mois dans le titre de cet article : c’est bien un bilan du mois de février que je vous fais en…avril ! La liste des raisons/excuses pour expliquer ce retard est longue comme le bras (bon d’accord, peut-être pas) alors je vais vous épargner et passer directement au bilan de février et bilan général de cet hiver en Russie que je vous ai proposé de décembre à mars.

Retour sur le mois de février

Sur mon blog

Je me suis surpassée en février puisque je vous ai proposé 3 articles (+1 en avril, qu’on va compter dans le bilan parce que j’en ai envie). Quatre articles donc, que j’ai voulu assez variés.

Une journée en Russie (ou presque) : de la Basilique Saint-Denis au Château de Champs-sur-Marne : avec Steph du blog Temps H (dont je vous proposerai un article un peu plus bas), nous sommes allées visiter une exposition sur les Romanov à la Basilique Saint-Denis et une exposition sur un service de table ayant appartenu à l’Impératrice Catherine II au Château de Champs-sur-Marne. Une journée russe passionnante !

Pourquoi je suis passée à côté d’Eugène Onéguine de Pouchkine : ça fait des années que je voulais lire ce classique de la littérature russe, mais ça n’a pas été le coup de coeur auquel je m’attendais.

Pouvoir et violence avec La saga des Romanov de Jean des Cars : un livre que m’a offert Steph (toujours la même !) et que j’ai beaucoup aimé. L’histoire des Romanov est passionnante, faite d’intrigues toutes plus incroyables les unes que les autres. Impossible de s’ennuyer !

Et enfin le quatrième, publié en avril mais sur un livre lu en novembre/décembre 2017 : Découvrir la vie quotidienne avant et après la chute de l’URSS avec La fin de l’Homme rouge de Svetlana Alexievitch . C’est un recueil de témoignages poignants, mêlés d’espoir, de peurs, de déceptions et de regrets.

Chez les autres

Plusieurs blogueuses ont participé en février, et j’en suis ravie !

Chez Purple nous a proposé des articles originaux : un article sur un dessin animé ; et un article spécial Saint-Valentin à base de littérature russe.

Moustafette a publié un article sur deux témoignages portant sur le pouvoir des livres et des bibliothèques. Dois-je préciser que j’ai noté ces deux titres dans ma liste de livres à lire ?

Temps H nous a parlé de la mort du tsar Pierre le Grand le 8 février 1725. Cette mort a provoqué de grandes querelles en Russie, de nombreuses personnes souhaitant s’emparer du trône.

Merci à vous trois pour votre participation en février !

Bilan général

Dix-neufs articles ont été publiés dans le cadre de mon Hiver en Russie ! Je suis très heureuse d’avoir été accompagnée par plusieurs blogueuses. Les articles publiés sont très différents les uns des autres et montrent le grand choix d’oeuvres (littéraires et autres) qui s’offrent à nous lorsqu’on s’intéresse à un pays. Grâce à ce rendez-vous, j’ai découvert des blogs que je ne connaissais pas et des livres dont j’ai précieusement noté les titres.

Je ne ferai pas ce genre de rendez-vous régulièrement car mon rythme de publication est assez lent. Mais pourquoi pas reprendre cet hiver russe en décembre ? On verra !

Lors du Salon Livre Paris 2018, j’ai pu découvrir d’autres auteurs et j’ai acheté trois livres dont je vous parlerai bientôt (un roman, une Bande dessinée et un recueil de poésie). Donc ma découverte de la Russie ne s’arrête pas maintenant.

Un grand merci aux personnes qui m’ont accompagnée !

 

Documents, Essais·Un hiver en Russie

Découvrir la vie quotidienne avant et après la chute de l’URSS avec La fin de l’Homme rouge de Svetlana Alexievitch

La fin de l'homme rouge - Svetlana Alexievitch

Le voici enfin : le dernier article (hors bilan) de mon hiver en Russie ! Je ne respecte pas mes propres règles, mais il faut dire qu’entre mon séjour en Irlande et les heures supplémentaires au travail pour terminer des dossiers avant mon départ, le mois de mars est passé beaucoup trop rapidement.

Pour terminer l’hiver en Russie sur le blog, je voulais vous parler d’un livre que j’ai lu en novembre dernier et qui m’a beaucoup marquée. Ça fait des années que je voulais lire La fin de l’Homme rouge de Svetlana Alexievitch. Lors de mon année de L3 Science politique, une chargée de TD nous avait vivement recommandé cette lecture. Trois ans plus tard, je m’y suis enfin plongée.

Quelques mots sur Svetlana Alexievitch

Née en 1948 en Ukraine, de nationalité biélorusse, Svetlana Alexievitch a travaillé comme journaliste pendant de nombreuses années. Elle a notamment couvert la guerre en Afghanistan, la catastrophe de Tchernobyl et la fin de l’URSS.

Son premier livre publié est La guerre n’a pas un visage de femme (1985). Ces témoignages d’anciennes combattantes de la Seconde Guerre mondiale ont été jugés antipatriotiques. L’auteur continue de déranger avec la publication d’autres ouvrages reposant sur des témoignages : sur la guerre d’Afghanistan, sur Tchernobyl, et sur la fin de l’URSS. On lui décerne le prix Nobel de littérature en 2015.

Lorsqu’on l’interroge sur sa manière de travailler, Svetlana Alexievitch répond :

« Je ne suis donc pas journaliste. Je ne reste pas au niveau de l’information, mais j’explore la vie des gens, ce qu’ils ont compris de l’existence. Je ne fais pas non plus un travail d’historien, car tout commence pour moi à l’endroit même où se termine la tâche de l’historien: que se passe-t-il dans la tête des gens après la bataille de Stalingrad ou après l’explosion de Tchernobyl? Je n’écris pas l’histoire des faits mais celle des âmes. » (source : le site d’Actes Sud).

Le putsch de Moscou (1991) comme point de départ de La fin de l’Homme rouge

Difficile de donner une date précise à un événement issu d’un processus aux multiples causes. C’est le cas de la fin de l’URSS. Plusieurs événements permettent d’identifier les étapes (la chute du Mur de Berlin par exemple ; ou les revendications indépendantistes des Etats membres de l’Empire comme les Etats baltes) mais il n’y a pas une date qui permette de dire : c’est là, à cet instant précis, que ça a commencé.

Svetlana Alexievitch a fait le choix de prendre comme point de rupture le putsch de Moscou d’août 1991. Ce coup d’Etat raté a été organisé par un groupe favorable à une ligne dure du Parti communiste de l’Union soviétique. Ce groupe s’oppose vigoureusement à Mikhaël Gorbatchev (trop faible à leurs yeux) et profite de l’absence de ce-dernier, parti en Crimée pour quelques jours de vacances, pour renverser le pouvoir à Moscou et prendre les rênes du Parti. Le Comité d’Etat pour l’état d’urgence (d’après le nom que se sont donnés les membres du groupe) annonce alors que Gorbatchev ne peut plus exercer ses fonctions pour raison de santé, et lance les hostilités.

Boris Eltsine prend la défense du pouvoir officiel et s’oppose au coup d’Etat. L’image de Boris Eltsine défendant Moscou, sur un char, fait le tour du monde et le porte comme nouvel homme fort de l’URSS.

La première moitié du livre de Svetlana Alexievitch porte sur ce point de rupture. Les personnes que l’auteur interroge expriment leurs ressentis sur ce coup d’Etat et sur la fin de l’URSS. On ressent l’émotion des personnes qui étaient jeunes en 1991 : elles étaient pleines d’espoir, croyant vivre la fin de l’oppression et de la pauvreté. Mais la déception est vite arrivée.

C’est après la chute de l’URSS que certains Russes découvrent les inégalités. Ça peut paraître paradoxal, mais c’est ainsi que les Russes, en règle général, le ressentaient : jusqu’en 1991, tout le monde était pauvre (sauf les privilégiés à la tête du Parti communiste). Après la chute de l’URSS et l’ouverture au capitalisme, certains profitent de l’occasion pour s’enrichir tandis que d’autres perdent tout. C’est en partie cette augmentation des inégalités qui provoque un sentiment de nostalgie chez les laissés-pour-compte.

Des tranches de vie bouleversantes

Les témoignages des personnes interrogées par l’auteur nous font découvrir le quotidien  pendant l’URSS et après la chute. On découvre des personnes qui ont souffert, qui ont vécu des choses inimaginables, et qui pourtant peuvent aussi parler d’événements heureux et de l’amour par exemple.

Svetlana Alexievitch parle des « conversations de cuisine« . Les Russes et autres habitants de l’URSS parlaient politique dans cet espace réduit, confiné, où les bruits pouvaient empêcher des oreilles indiscrètes d’écouter les confidences politiques des uns et des autres. Certains y ont imaginé des révolutions, d’autres ont dessiné leur société idéale ou ont rêvé de plus de libertés. Ces conversations de cuisine reviennent régulièrement entre des chapitres et montrent à quel point la société était imprégnée d’idéalisme. Ces conversations ne sont pas de réels projets, mais un moyen pour les habitants de garder l’impression d’avoir une emprise sur le futur et de pouvoir le changer. Après ces discussions, le quotidien reprend le pas, avec son lot de pertes et de difficultés.

On s’indigne, on s’émeut, parfois on sourit (dans les rares moments d’humanité), mais souvent, malheureusement trop souvent, on est effrayé par ce que l’homme peut faire à ses semblables. L’angoisse permanente, l’impossibilité de faire confiance aux autres, même à sa propre famille, sont le lot de chacune des personnes qui se racontent.

De la difficulté de comprendre l’idée du pouvoir en Russie

C’est une question qui revient sans cesse, notamment ces dernières semaines avec la réélection de Vladimir Poutine. Pourquoi les Russes ont-ils une conception du pouvoir qui diffère tant de la nôtre ? Leur histoire est marquée par les pouvoirs autoritaires et totalitaires. Pourquoi ?

« Le peuple, ce qu’il attend, ce sont des choses simples. Des montagnes de pain d’épice. Et un tsar ! Gorbatchev n’a pas voulu être tsar. Il a refusé. Prenez Eltsine… En 1993, quand il a senti vaciller son fauteuil de président, il n’a pas perdu le nord, il a donné l’ordre de tirer sur le Parlement. En 1991, les communistes ont eu peur de tirer… Gorbatchev a abandonné le pouvoir sans verser de sang. Mais Eltsine, lui, a fait tirer les tanks. Il a provoqué un carnage. Eh bien…On l’a soutenu ! »

« Et puis, les Russes ne veulent pas simplement vivre, ils veulent avoir un but. Ils veulent prendre part à quelque chose de grandiose. »

Ce livre ne nous donne pas de réponse à cette question du pouvoir, mais il nous permet d’avoir un aperçu de ce qui intéresse les Russes au quotidien (en tout cas d’après ces témoignages). Pour certains, l’arrivée du capitalisme a tout changé (généralement, c’est la pensée des personnes qui vivent dans les grandes villes), et pour d’autres (ceux qui vivent au-delà de l’Oural notamment), le quotidien est toujours le même. C’est un autre paradoxe : le passage du socialisme au capitalisme a été un véritable bouleversement, et pourtant :  

« Maintenant, on dit qu’on était une grande puissance et qu’on a tout perdu. Mais qu’est-ce que j’ai perdu, moi ? Je vivais dans une petite maison sans aucun confort – sans eau, sans canalisations, sans gaz – et c’est toujours comme ça. J’ai travaillé honnêtement toute ma vie. (…) Je mangeais des nouilles et des patates, et je mange toujours la même chose. La vieille pelisse que je porte, elle date de l’Union soviétique. »

« Ce qui se passe dans la capitale ? Moscou, c’est à mille kilomètres d’ici. La vie là-bas, on regarde ça à la télé, c’est comme au cinéma ».

« Nous, ici, on continue à vivre comme on a toujours vécu. Sous le socialisme, sous le capitalisme… Pour nous, les Blancs, les Rouges, c’est du pareil au même. Faut tenir jusqu’au printemps. Planter les patates. »

La variété des points de vue est passionnante. On découvre des avis contraires, qui nous montrent que les différentes perceptions des événements rendent impossible une généralisation des témoignages. Les personnes interrogées viennent de territoires et de catégories sociales très différents et cette diversité est très intéressante.

Ces tranches de vie nous font découvrir le quotidien d’un peuple dont l’histoire peut parfois nous paraître irréelle. Si le livre n’aide pas à lever le voile de mystère qui entoure cette population, il nous permet néanmoins de découvrir le paradoxe qui l’agite depuis la fin de l’URSS : entre joie d’avoir plus de libertés, espoirs déçus face des inégalités plus visibles qu’auparavant, et colère à l’idée de ne plus être la grande puissance d’autrefois (NB : le livre a été publié en 2013 et les témoignages datent du début des années 2000, d’où cette idée de ne plus être une puissance qui compte dans les relations internationales).

Avez-vous déjà lu des livres de Svetlana Alexievitch ? 

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Documents, Essais·Un hiver en Russie

Pouvoir et violence avec La saga des Romanov de Jean des Cars

La saga des Romanov de Jean des Cars

Avant-dernier article de mon hiver russe (je triche et le publie après le 1er mars, mais je n’ai pas pu le préparer avant), dans lequel je vais me pencher sur les Romanov.

Impossible de passer à côté des Romanov quand on s’intéresse à la Russie. Cette dynastie a régné sur l’immense empire de 1613 à 1917. Des siècles de pouvoir, de crimes, de sang versé, de complots, mais aussi de changements et d’évolutions décisives pour le pays. Sur le trône impérial, des hommes et des femmes (!) bien déterminés à laisser leur trace dans l’Histoire.

Quand Steph (Temps H), m’a offert le livre dédicacé de Jean des Cars, j’ai été plus que ravie ! Je n’ai jamais lu de livre de cet auteur, dont Steph m’avait parlé à de multiples reprises. C’était donc l’occasion de le découvrir enfin, qui plus est avec un sujet qui me passionne.

Jean des Cars réussit à merveille à mêler une plume agréable et un souci du détail. Les explications sont précises, vont au fond des choses, sans perdre le lecteur. La lecture est très fluide. Pour autant, Jean des Cars ne raconte pas les faits comme on raconte une fiction : il cite ses sources (je précise, parce que j’ai parcouru des ouvrages d’Histoire qui ne citaient pas de source, sacrilège !), et apporte des précisions pour nous dire si des informations ont été vérifiées ou non.

J’ai beaucoup aimé le premier chapitre « En attendant Pierre le Grand » (donc avant 1682), dans lequel Jean des Cars explique la naissance de la Russie. L’une des villes les plus importantes dans les premières années de construction de ce territoire est Kiev, aujourd’hui capitale de l’Ukraine. C’était il y a des siècles, mais aujourd’hui encore Kiev est forte d’un pouvoir symbolique aux yeux des Russes, ce qui éclaire en partie les conflits actuels (en partie seulement, car ce n’est pas la seule raison, d’autres intérêts entrent en jeu, et ce n’est pas une justification).

Vladimir Ier de Russie
Vladimir Ier de Russie, considéré comme l’un des fondateurs de la Russie

A raison d’un chapitre environ par empereur à partir de Pierre-le-Grand, Jean des Cars détaille chaque règne et chaque succession. Les successions sont le grand problème : sources de conflits, elles se terminent en général dans le sang, avant qu’un empereur ou une impératrice ne s’arroge le pouvoir. Jusqu’à Catherine II, la règle de succession n’est pas claire (voire inexistante). En France, à partir d’Henri IV, c’est relativement simple : le fils aîné est l’héritier au trône. En Russie, jusqu’au XVIIIe siècle, ce n’est pas le cas. L’empereur peut décider qui sera son successeur, et généralement ce n’est pas son aîné. Pierre Ier a fait tuer son fils, et des années plus tard Catherine II aurait nommé tsarévitch son petit-fils Alexandre (mais à sa mort, son fils Paul Ier aurait brûlé son testament). Les successions chez les Romanov sont loin d’être un long fleuve tranquille ! A partir de la mort d’Alexandre Ier (1777-1825), les successions sont plus calmes : c’est son frère (Nicolas Ier) qui hérite du trône. Puis ce sont les fils qui sont les tsarévitch.

C’est donc une histoire passionnante, pleine de complots, de meurtres, de faux tsars (ils avaient beaucoup de succès !) et de violence. Les tsarines ne sont pas en reste et démentent l’idée répandue (et agaçante) que les femmes apportent de la douceur. Outre Catherine II, la plus célèbre des tsarines, on peut citer Anna Ivanovna, nièce de Pierre Ier, ou Elisabeth Pétrovna, fille du même Pierre. Femmes de caractère, elles ont montré que faire régner la terreur n’est pas le propre des hommes !

Elisabeth Iere de Russie
Elisabeth Iere de Russie, fille de Pierre Ier et impératrice de 1741 à 1762

Les derniers chapitres relatent le terrible assassinat de la famille de Nicolas II et de quelques-uns de leurs domestiques. Jean des Cars nous explique où en sont les dernières découvertes concernant cette fin tragique. Il explique notamment que la mystérieuse Anna Anderson, qui prétendait être l’archiduchesse Anastasia, aurait en réalité été au coeur d’une machination visant à récupérer de l’argent placé par Nicolas II en Angleterre   (machination mise en place par des proches de la famille impériale).

Si ce mystère est l’un des plus connus concernant les Romanov, il n’est pas le seul ! Mon préféré est celui entourant la mort du tsar Alexandre Ier (celui qui a vaincu Napoléon). D’aucuns prétendaient l’avoir reconnu sous les traits d’un pèlerin mystique parcourant la Sibérie. Lorsqu’on fit ouvrir son cercueil pour mettre fin à cette rumeur trop insistante, surprise : il était vide !

Ces mystères entourent les Romanov, du premier monarque de la dynastie (Michel Ier, dont le règne commence en 1613) au dernier à régner… Michel II (Nicolas II avait abdiqué en faveur de son frère, le grand duc Michel Alexandrovitch, qui est donc le dernier tsar) !

C’est une dynastie passionnante, qui a marqué la Russie et son histoire. Le livre de Jean de Cars éclaire l’actualité : en nous faisant mieux connaître les Romanov, il nous permet de comprendre la Russie d’aujourd’hui. Je pense que son livre est parfait pour des personnes qui ne connaissent pas les Romanov. Mais c’est une lecture qui peut aussi convenir à des lecteurs plus informés.

 

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Romans·Un hiver en Russie

Pourquoi je suis passée à côté d’Eugène Onéguine de Pouchkine

Eugène Onéguine de Pouchkine
Duel d’Onéguine et de Lensky par Ilia Répine, musée Russe de Saint-Pétersbourg (1899) – Illustration de la couverture du roman chez Folio

Eugène Onéguine est souvent décrit comme étant LE chef d’oeuvre de la littérature russe, LE livre à lire pour sonder l’âme russe. C’est un monument littéraire. Je souhaitais le lire depuis déjà quelques années, alors mon hiver russe était l’occasion idéale. J’étais dans les meilleures dispositions pour plonger dans ce roman en vers et, honnêtement, je n’avais aucun doute quant au fait que j’allais l’aimer. 

Mais…

Mais je suis passée à côté.

Pourquoi ?

Je suis restée à la surface. Ce ne sont pas les vers qui m’ont gênée. Je tiens d’ailleurs à préciser que j’ai lu la traduction d’André Markowicz et qu’elle est sublime. Au bout de quelque pages, je me suis mise à lire à voix haute, savourant le travail autour des sons et des rimes. Mais j’avais le sentiment que tout allait trop vite, que je n’aurais pas le temps de bien connaître Eugène Onéguine avant la fin. Cela est en réalité en partie fait exprès : Eugène est un héros romantique, sombre, dont il est difficile de savoir ce qu’il cache au fond de lui. Mais moi j’aime quand on gratte, quand on ouvre la tête et la poitrine pour savoir de quoi sont faits le cerveau et le coeur.

Il y a de nombreuses références à d’autres textes, références que je n’ai pas et qui m’ont empêchées de plonger complètement dans l’histoire d’Eugène. Malgré les notes de bas de page, ne pas connaître les textes cités empêche de comprendre où veut en venir l’auteur.

L’intention de l’auteur : un autre point intéressant mais je manque d’information pour bien le comprendre. On sent poindre l’ironie à de multiples reprises dans ce roman en vers. Alexandre Pouchkine se moque parfois de ses personnages, mettant à distance le tragique de l’histoire. Il s’adresse aussi directement au lecteur, mettant le récit en pause pour parler de ses propres expériences. Je dois avouer que ce dernier point, auquel je ne m’attendais pas, m’a quelque peu surprise.

Pour toutes ces raisons, cet article diffère de ce que je vous propose d’habitude : pas d’éléments contextuels, pas de point plus développé sur l’intrigue ou les personnages. Je vais prendre le temps de faire des recherches, de lire des analyses, d’écouter des spécialistes, et relire le roman pour voir si, avec toutes les clefs en main, j’apprécierai davantage le récit.

En attendant, je vous propose un extrait. Tatiana se rend chez Eugène, absent.

« Là, dans la chambre solitaire,

Comme arrachée à notre terre,

Enfermée seule tout à coup,

Elle pleura, longtemps, beaucoup.

Puis elle examina les livres.

D’abord, ce fut distraitement,

Mais, peu à peu, l’assortiment

Lui en parut étrange. A suivre

Titre après titre, alors s’ouvrit

Un monde neuf pour son esprit.

(…)

Trouvant sur de nombreuses pages

Des marques d’ongles acérés,

Tania plonge dans ces passages

Son attention exaspérée.

Elle a, tremblante, devant elle,

Telle expression frappante, telle

Pensée vue par notre héros,

Ou ce qu’il laisse sans un mot,

Elle découvre dans les marges

Les signes d’un crayon hâtif.

Partout son âme parle au vif,

Se juge à charge ou à décharge,

Sans le vouloir, d’un mot, d’un trait,

D’un point d’exclamation discret.

Et peu à peu, elle commence

A comprendre plus clairement

A qui l’étrange Providence

Aura lié son coeur aimant

D’un lien si fort qu’il lui résiste :

Oui, ce toqué funeste et triste,

Issu des cieux ou de l’enfer,

Ange ou démon, timide ou fier,

Qui est-ce ? Une ombre insignifiante,

Une copie, un rien du tout

Qui joue Harold en plein Moscou,

Reflet de fantaisies errantes

Venues d’ailleurs, tourments redits, –

Un homme ou une parodie ? » (pages 216-218)

Eugène Onéguine Actes Sud

J’espère ne pas vous avoir découragés à découvrir ce livre de Pouchkine. Ma lecture n’a pas du tout été désagréable, loin de là ! Les vers sont de véritables pépites et j’ai pris beaucoup de plaisir à les lire.

Et vous, avez-vous lu Eugène Onéguine ?

Un autre avis mitigé chez Histoires vermoulues ; plus d’enthousiasme chez Moka ; et chez Madame lit

 

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Un hiver en Russie·Visites et rencontres

Une journée en Russie (ou presque) : de la Basilique Saint-Denis au Château de Champs-sur-Marne

Après avoir lu La saga des Romanov de Jean des Cars, j’avais très envie de visiter le cimetière russe de Saint-Geneviève-des-Bois. J’ai bien sûr voulu embarquer avec moi Steph de Temps H, qui m’a aussi parlé de l’exposition de la Basilique de Saint-Denis sur les Romanov. Il n’en fallait pas plus pour nous organiser une journée russe ! Mais la veille, nous nous sommes rendu compte que le cimetière était fermé le week-end… Steph m’a alors proposé d’aller au Château de Champs-sur-Marne pour y voir un service de table ayant appartenu à Catherine II, prêté par le domaine russe de Kouskovo. Notre journée russe était sauvée !

Les Romanov à Saint-Pétersbourg, d’une nécropole à l’autre – Basilique Saint-Denis

Les Romanov à Saint-Pétersbourg, d'une nécropole à l'autre - Basilique Saint-Denis
Source : site de la Basilique Saint-Denis

Cette exposition est née grâce au jumelage de la Basilique Cathédrale de Saint-Denis et de la Cathédrale Saint-Pierre-et-Paul de Saint-Pétersbourg. Installée dans la crypte, l’exposition nous fait découvrir la cathédrale russe à travers le destin de trois tsars et une tsarine : Pierre le Grand, Catherine II, Alexandre Ier et Nicolas II. Ces quatre souverains emblématiques sont présentés sur quatre colonnes agrémentées d’explications, d’illustrations et de quelques objets.

C’est Pierre Ier, créateur de la ville de Saint-Pétersbourg, qui ordonne la construction de la forteresse Pierre-et-Paul, où se trouve la cathédrale et nouvelle nécropole des Romanov. A partir de Pierre-le-Grand, tous les empereurs et impératrices y sont inhumés, sauf Pierre II, petit-fils de Pierre-le-Grand, qui repose à Moscou, et Ivan VI (empereur de 1740 à 1741 sous la régence de sa mère Anna Léopoldovna). Les Grands Ducs et Grandes Duchesses Romanov sont aussi inhumés dans la forteresse Pierre-et-Paul, d’abord dans la cathédrale, puis dans le mausolée grand-ducal de Saint-Pétersbourg parce qu’il manquait de place dans la cathédrale.

Les quatre souverains présentés dans l’exposition sont les plus connus de la dynastie. Pour Pierre le Grand et Catherine II, leur ambition n’a d’égale que la cruauté dont ils peuvent faire preuve. Le rôle important qu’ils ont joué dans l’entrée dans la modernité de la Russie peine à faire oublier les meurtres et tortures qu’ils ont ordonnés pour consolider leur pouvoir. Cette dualité fait d’eux des souverains fascinants. Alexandre Ier est quant à lui l’empereur ayant fait tomber Napoléon, et encore aujourd’hui il est connu pour son entrée triomphale à Paris. Enfin, on se souvient de Nicolas II pour sa fin tragique. Pour chacun des empereurs, des illustrations montrent les cortèges funéraires (sauf pour Nicolas II puisqu’il a été inhumés dans la cathédrale en 1998).

Si les explications se lisent rapidement, elles permettent tout de même d’avoir un aperçu global de ces quatre règnes. J’ai pour ma part beaucoup apprécié les tableaux présentés.

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L’évolution de la mode en Russie jusqu’à Pierre le Grand – Photo personnelle
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Entrée d’Alexandre Ier à Paris – Photo personnelle
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Nicolas II et l’impératrice Alexandra lors d’un bal costumé – Photo personnelle
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Sacre de Nicolas II – Photo personnelle

Quelques objets prêtés par la cathédrale Pierre-et-Paul apportent un intérêt supplémentaire à l’exposition. On peut ainsi voir un masque moulé sur le visage de Pierre-le-Grand, une empreinte de sa main et une clef symbolique de la porte Saint Pierre de Saint-Pétersbourg. J’aurais aimé voir plus d’objets mais c’est déjà exceptionnel d’avoir pu admirer ceux-ci !

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Photo personnelle
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Photo personnelle
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Photo personnelle

Un support numérique permet de voir des photos de la forteresse Pierre-et-Paul et de savoir où se trouvent les tombeaux de chacun. Pour chaque Romanov, un portrait et les dates. C’est un plus qui permet de terminer cette petite exposition sur une bonne note.

  • Basilique Saint-Denis – Centre des Monuments nationaux – Exposition jusqu’au 31 mars. Pour plus d’informations : *

Le Domaine de Kouskovo dresse la table à Champs : un service impérial d’exception – Château de Champs-sur-Marne

Le Domaine de Kouskovo dresse la table à Champs : un service impérial d'exception - Château de Champs-sur-Marne
Le château de Champs-sur-Marne – Photo personnelle

Après quelques mésaventures dues à des problèmes de transports en commun (merci la ligne 13, qui mérite bien son titre de pire ligne du métro de la capitale !), nous avons pu poursuivre notre journée russe au Château de Champs-sur-Marne. Notre visite fut plus rapide que prévu mais heureusement, nous avions déjà visité ce superbe château (que je vous recommande !) et nous n’avons donc pas été trop frustrées.

Comme pour l’exposition précédente, celle-ci a pu être organisée grâce à un jumelage : celui du Château de Champs-sur-Marne et du Domaine de Kouskovo. Ce château russe du XVIIIe siècle est l’une des premières résidences d’été russes. Il ressemble beaucoup à nos palais avec son parc à la française et sa façade dessinée par un Français. Les visiteurs de ce palais peuvent actuellement admirer une exposition de costumes de la mode européenne au XVIIIe, envoyée par le château de Champs-sur-Marne. Quant à nous, c’est un service de table ayant appartenu à la tsarine Catherine II que nous pouvons découvrir.

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Photo personnelle

Le service est composé de 126 pièces de porcelaine et de verrerie datant du XVIIIe siècle. Ce service est appelé « Service de Chaque Jour » et est destiné à l’usage personnel de l’impératrice, c’est-à-dire lors de ses repas quotidiens. Il a été créé entre 1770 et 1790 et a été ensuite complété jusque 1830 environ.

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Photo personnelle
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Photo personnelle
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Photo personnelle

Les pièces sont très belles et mêlent avec finesse élégance et simplicité. Elles sont présentées « à la russe », c’est-à-dire avec les verres posés sur la table, devant les assiettes. Le service à la russe a été introduit en France par l’ambassadeur Alexandre Kourakine en 1810 : les plats sont présentés à la suite des autres et les verres sont placés à table. A l’inverse, le service à la française, pratiqué depuis le Moyen-Age en France, présentait tous les plats en même temps sur la table et les personnes se servaient de chaque plat dans l’ordre qu’elles voulaient. Les verres étaient apportés puis débarrassés par les serviteurs après chaque usage.

Nous avons donc appris que nous prenons aujourd’hui nos repas selon la tradition russe ! 

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Photo personnelle

Nous pensions que notre voyage en Russie se terminerait avec ce service de table, mais une petite surprise nous attendait dans une autre pièce du château : des poupées datant de 1750 et présentant les modes des années 1730 à 1785 à la cour de Versailles.

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Photo personnelle

Les plus grandes présentent les grandes toilettes de cour, et les petites des tenues moins officielles. Ces poupées étaient appelées « Pandore » et étaient des ambassadrices de la mode française. Dès le XVe siècle, elles étaient envoyées dans les cours d’Europe pour diffuser la mode à la française, et ce même en temps de guerre (ces poupées bénéficiaient de laisser-passer !). Si le château les présente dans le cadre de son jumelage avec le château de Kouskovo, c’est parce que Pierre Ier a choisi l’habit français pour moderniser la cour russe, et a fait exposer ces poupées à l’entrée des villes, pour montrer aux Russes comment ils devaient s’habiller.

Je suis très contente d’avoir pu admirer le service de Catherine II et d’avoir appris l’existence des Pandore. L’art de la table et l’histoire de la mode permettent d’en savoir plus sur les moeurs d’un pays et d’une époque. J’ai maintenant très envie de visiter le Domaine de Kouskovo lors d’un voyage (que j’espère prochain) en Russie ! Par ailleurs, le Château de Champs-sur-Marne est superbe et met en valeur la porcelaine de Catherine II.   On s’attendait presque à voir arriver la tsarine !

  • Château de Champs-sur-Marne – Centre des Monuments nationaux – Exposition jusqu’au 15 mars. Pour plus d’informations : *  Je vous aussi invite à lire l’article de Steph sur le Château de Champs-sur-Marne.

J’espère que cette présentation des deux expositions vous a plu et vous donnera peut-être envie de les visiter à votre tour (bien qu’il ne reste plus beaucoup de temps).

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