Visites et rencontres

Apollinaire, le regard du poète, au Musée de l’Orangerie

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Bonjour à tous,

Je vais aujourd’hui inaugurer mon nouveau chez moi avec un compte rendu d’exposition et c’est Guillaume Apollinaire qui a l’immense chance d’être l’objet de ma première chronique. Il est mis à l’honneur au Musée de l’Orangerie dans une exposition intitulée “Apollinaire : le regard du poète”. Pourquoi le regard ? Parce qu’en plus d’être poète, Apollinaire fut aussi critique d’art. Il a fait découvrir de nombreux peintres et s’est imposé comme une figure de la modernité.

Je ne vais pas vous présenter un compte rendu tel quel de tout ce que j’ai vu au cours de cette exposition mais je vais vous présenter quelques points que j’ai trouvés particulièrement intéressants.

Pourquoi ai-je voulu visiter cette exposition ?

Mon intérêt pour Apollinaire remonte à mon année de khâgne (il y a 4 ans…!) J’ai étudié le recueil Alcools, et ai apprécié les vers du poète. Certains de ses vers me sont restés en tête, et je prends toujours plaisir à feuilleter le recueil et à relire quelques poèmes de temps en temps. Quand j’ai appris que je pouvais en apprendre plus sur ses critiques d’art, je n’ai pas hésité.

Quelques repères

Guglielmo Alberto Wladimiro Alessandro Apollinare de Kostrowitzky nait en 1880 à Rome, d’une mère issue de l’aristocratie polonaise désargenté et de père inconnu. Il s’installe à Paris avec sa famille en 1900. Il enchaine quelques petits boulots avant de collaborer à des revues en tant que journaliste et critique d’art. Il rencontre Picasso en 1905. Très vite, ils forment, avec le poète Max Jacob, l’avant-garde artistique. Picasso lui présente un autre peintre, Marie Laurencin, dont Apollinaire tombe rapidement amoureux. Leur relation durera cinq ans. C’est en 1913 qu’est publié le premier recueil de poèmes d’Apollinaire, Alcools. Avec des amis, il crée la revue Les soirées de Paris en 1912. La direction en revient au poète. Il se sert de la revue pour mettre en avant le cubisme et son ami Picasso. En 1914, à Nice, il rencontre Louise de Coligny-Châtillon, qu’il célébrera sous le diminutif “Lou”. Ils commencent une liaison, mais la demande de naturalisation de Guillaume Apollinaire est acceptée et il part combattre sur le front. Son histoire avec Lou se termine en 1915. Le 17 mars 1917, Apollinaire est blessé à la tempe par un éclat d’obus. Rapatrié à Paris, il publie Les Calligrammes en 1918 avant de mourir de la grippe espagnole en novembre 1918.

L’affiche de l’exposition

Affiche de l'exposition Apollinaire le regard du poète au Musée de l'Orangerie

L’affiche m’a tout de suite interpellée. A cause des lunettes sur la statue, j’ai cru qu’on avait retouché un tableau (oui, j’ai encore de grosses lacunes sur l’art). Elles donnent un côté très actuel à la peinture Mais non, pas de retouche. Tout est bien d’origine. Le peintre Chirico (apprécié des surréalistes puis critiqué par les mêmes) dédie ce tableau à son ami Apollinaire, qui l’a beaucoup aidé. Le premier titre de l’oeuvre est L’homme-cible. Elle sera ensuite ré-intitulée Le portrait prémonitoire de Guillaume Apollinaire. En effet, l’oeuvre acquiert un caractère prémonitoire lorsque le poète sera blessé à la tempe par un éclat d’obus. Sur le tableau, on peut apercevoir sur l’ombre en arrière plan (le profil de Guillaume Apollinaire) un cercle blanc qui représente une cible à l’endroit-même où Apollinaire sera touché ! Quant au premier plan, on peut y voir Apollinaire représenté sous les traits d’Orphée, dont on voit les attributs sur le côté droit. Les lunettes pourraient représenter la cécité, caractéristique des sages. Dans l’Antiquité, on considère que le sage voit au-delà de la réalité. J’ai eu un véritable coup de coeur pour ce tableau (dont j’ai même acheté l’affiche). Apollinaire y est à la fois dans l’ombre et la lumière, dans l’ombre des artistes qu’il soutient et dans la lumière de son propre art (interprétation personnelle qui vaut ce qu’elle vaut).

L’amitié Apollinaire / Picasso

Portrait d'Apollinaire par Picasso

Tout commence en 1905, quand les deux artistes sont présentés par un ami commun. Ils ont tous les deux la vingtaine, ils sont arrivés il y a peu à Paris, et ils sont tous deux animés par une grande énergie créatrice. Il n’en fallait pas plus pour qu’ils deviennent de très grands amis. Apollinaire admire les oeuvres de Picasso, oeuvres que Matisse appellera “cubes”, donnant nom à un mouvement : le cubisme. Apollinaire écrit en 1912 : “A mon sens, ce qu’on a voulu appeler cubisme est la manifestation artistique la plus élevée de notre époque.” Il publie d’ailleurs en 1913 l’ouvrage Les Peintres cubistes, méditations esthétiques. Les deux amis s’inspirent l’un l’autre. Picasso fait des portraits d’Apollinaire, dont l’un figure sur le frontispice d’Alcools. Quant à Apollinaire, il dédie le poème “Fiançailles” à son ami peintre. Leur amitié dépasse cependant le cadre artistique. Ils s’envoient de nombreuses lettres et cartes (que l’on peut admirer lors de la visite). Ils sont témoins à leur mariage respectif. Picasso écrit à Apollinaire : “J’ai reçu ton livre Alcools. Tu sais comme je t’aime et tu sais la joie que j’ai. Lisant tes vers je suis heureux.” Néanmoins, une ombre plane sur leur amitié : un projet commun qui ne verra jamais le jour, Picasso ayant changé d’avis après avoir évoqué des projets avec le poète. Peut-être par peur de rester dans l’ombre de son ami.

Apollinaire, conseiller du marchant d’art Paul Guillaume

La lampe électrique de Gontcharova

Paul Guillaume ouvre sa première galerie en 1914. Il connait Apollinaire depuis le début des années 1910 et bénéficie de ses nombreux conseils. C’est grâce au poète qu’il fait la rencontre de plusieurs artistes. Apollinaire fait la promotion de plusieurs événements de la galerie et écrit notamment les préfaces des catalogues des expositions. La première exposition de Paul Guillaume est consacrée aux oeuvres de Larionov et de Gontcharova. Cette-dernière s’était fait remarquée pour ses décors pour les Ballets russes. En 1918, ce sont Picasso et Matisse qui sont mis à l’honneur dans une même exposition. Guillaume Apollinaire et Paul Guillaume partagent également un intérêt pour les arts extra-occidentaux. Paul Guillaume obtient des statuettes d’Afrique et des pièces venant d’Océanie. A ce sujet, Paul Guillaume dit de son ami : “Je ne rencontrerai sans doute plus de ma vie un esprit aussi enthousiaste, aussi clairvoyant que l’était Guillaume Apollinaire devant l’oeuvre d’art qui révèle quelque chose de rare et d’étrange.” C’est toujours suite aux conseils du poète que le marchand d’art lance la revue Les Arts à Paris. La carrière du galeriste a été ainsi fortement marquée par le poète.

En vrac…

Apollinaire a dit “Et moi aussi je suis peintre”, en référence à ses calligrammes. Chez lui, écriture et peinture étaient fortement liées. – Le poète a aussi écrit des oeuvres érotiques et a contribué à diffuser des pages de Sade. – Il est l’inventeur du terme “surréalisme”, qui fut ensuite repris par André Breton. – Il a été accusé, en 1911, d’avoir volé La Joconde. Un temps rejeté de tous, même de Picasso, il est par la suite défendu par des artistes qui signent une pétition. De son séjour à la prison de la Santé il écrit un poème :

J’écoute les bruits de la ville

Et prisonnier sans horizon

Je ne vois rien qu’un ciel hostile

Et les murs nus de ma prison

Le jour s’en va voici que brûle

Une lampe dans la prison

Nous sommes seuls dans ma cellule

Belle clarté Chère raison

C’est une exposition très riche que nous propose le Musée de l’Orangerie. Tableaux, vidéos, sculptures, objets divers… On peut même entendre Apollinaire réciter « Le pont Mirabeau ». Les salles sont suffisamment grandes pour que l’on puisse admirer les oeuvres sans être gêné et sans gêner les autres. J’ai passé 2 heures dans cette exposition et ai appris beaucoup de choses. Les courants artistiques présentés ne sont pas ceux que j’affectionne le plus mais j’ai beaucoup aimé les découvrir à travers le regard d’Apollinaire. Si vous passez par Paris, je vous recommande cette exposition passionnante.

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10 réflexions au sujet de « Apollinaire, le regard du poète, au Musée de l’Orangerie »

  1. Raaah j’étais à Paris samedi… trop tard ! J’avais étudié « Alcools » au lycée et j’aurais beaucoup aimé en apprendre plus sur cet écrivain, si en plus ça passe par la peinture, ça me donne encore plus envie. Si j’ai l’occasion de revenir à Paris avant la fin de l’expo j’y penserai !

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  2. Tutu d’abord, félicitations pour ce nouveau départ ! J’en ai étais tout surprise :-O J’espère que tu seras contente de ton choix et je suis ravie de te retrouver pour un nouvel article.

    Je ne suis jamais allée au musée de l’Orangerie mais il le faudra. Par contre, peut-être pas pour cette exposition-ci, même si tu donnes envie d’y aller. J’ai appris des choses grâce à ton article mais si j’ai acheté le recueil « Alcools », c’est uniquement car je devais l’étudier et que cela ne s’est pas fait (donc il traîne toujours dans ma bibliothèque et je ne le lirai pas avant un bon moment… à tort ou à raison). À voir si j’ai un moment mais il y sûrement d’autres expositions qui me tenteront plus

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    1. Merci pour ton passage ! J’ai eu l’occasion d’utiliser la plate-forme wordpress pour mon stage et je la préfère à celle de blogger. Je ne regrette pas mon choix.
      C’était aussi ma première visite du musée de l’orangerie et j’aimerais y retourner pour voir les collections permanentes. Pour Alcools, c’est dommage que tu ne l’aies pas étudié ! Tu pourrais essayer de lire un poème de temps en temps ? (Désolée, j’aime tellement ce recueil que je ne peux que le conseiller). Rien que le premier poème, Zone, vaut la peine d’être lu. Il confronte deux époques et parle de la modernité.

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  3. Oh, une ancienne khâgneuse ! ^^
    J’ai prévu d’aller faire un tour au musée de l’Orangerie un de ces jours. Je vais retourner vérifier les dates de l’expo, qui m’intriguait beaucoup. Je me demandais bien ce qu’elle allait présenter car certes, Apollinaire était critique d’art et avait beaucoup d’amis artistes, mais lui, n’a produit aucune peinture. Ton article est vraiment très bien fait. La mise en contexte permet de bien comprendre les enjeux. Tout est très bien expliqué, ça me donne encore plus envie de me dépêcher de faire l’exposition. J’apprécie assez Apollinaire poète, je trouve ses écrits vraiment intéressants. Je n’aime pas trop Calligrammes, mais beaucoup plus Alcools !

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    1. Merci à toi pour ton passage et ton message. Je suis contente que tu aies aimé Alcools. Si tu veux en savoir plus sur Apollinaire critique d’art, je te conseille les émissions que France Culture avait réalisées sur ce sujet 🙂

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