Romans

LoveStar – Andri Snaer Magnason

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A une époque inconnue, un scientifique islandais crée l’homme sans fil pour mettre fin au dérèglement de la nature. Les sternes arctiques s’étaient installées à Paris et les abeilles avaient envahi Chicago, transformant la ville en une gigantesque réserve de miel. Mourir englué dans du miel étant gênant, il fallait trouver une solution. LoveStar, s’inspirant de la connexion sans fil qui unit les animaux d’une même espèce, bouleverse la société en permettant aux hommes de communiquer sans émettre d’onde et donc aux animaux de ne plus subir d’interférences.

« Contre toute attente, les ondes des oiseaux avaient ouvert un champ inexploré et grandiose qui finirait par libérer les mains de l’humanité et rendre définitivement inutiles les canalisations en cuivre, la fibre optique, les satellites et les générateurs de micro-ondes. En quelques années, les découvertes du département d’Études des oiseaux et papillons transformèrent le monde. On peut affirmer que les ondes des oiseaux ont permis un grand pas dans l’évolution de l’humanité. Ce fut l’avènement de « l’homme sans fil », doté d’un sens de l’orientation plus développé que le labbe parasite et plus libre que le papillon monarque. » (p.25)

Une idée ne venant jamais seule, LoveStar conçoit d’autres programmes qui modifient considérablement la société. Ainsi de Regret, qui aide les individus à ne pas avoir de regret mais qui les empêche aussi de se remettre en question. Chaque innovation apporte son lot de dégâts. Celle qui bouleverse le plus la vie des deux personnages principaux, Indridi et Sigridur est InLove. InLove facilite la vie des individus en leur trouvant leur âme-sœur. Indridi et Sigridur savent qu’ils sont faits pour être ensemble. Entre eux, c’est le grand amour. Mais InLove en décide autrement. D’après ses calculs, Sigridur correspond à quelqu’un d’autre. Les deux amoureux ne peuvent rien faire contre ce calcul car, comme le dit LoveStar :

“Chaque âme ne correspond qu’à une autre dans le monde. De la même manière que les deux fragments d’un symbole, une clef dans une serrure ou une pierre cassée en deux s’imbriquent parfaitement, il existe pour chaque individu un autre individu qui le complète. Or, nous venons de découvrir une méthode permettant de déterminer pour tout un chacun, et avec la plus grande précision, celui ou celle qui est son autre moitié.[…] Lorsque nous aurons calculé l’autre moitié de chaque personne sur terre, l’amour coulera comme une rivière de lait entre les frontières. Les guerres et les conflits appartiendront au passé parce qu’un Suédois uni à une Chinoise comprendra qu’il est en réalité à moitié chinois, l’Indien qui aura été calculé avec un Allemand ou une Allemande sera, de ce simple fait, à demi allemand. Quand chaque petit d’homme aimera un être humain vivant aux antipodes et n’aura besoin de rien d’autre pour son bonheur, la haine et la cupidité n’auront plus leur place en ce monde. Personne n’osera bombarder qui que ce soit à l’aveuglette, par peur de tuer son seul et unique véritable amour. En deux générations, les gens cesseront de se définir en termes de famille, de richesse, de pouvoir ou de nation, mais se verront simplement comme des terriens.” (p.143-145)

Si la finalité semble louable, il n’en reste pas moins que les individus sont dépossédés de leur libre arbitre. Plus aucune décision ne leur appartient. Certains vont même jusqu’à faire louer la zone langagière de leur cerveau par des entreprises et deviennent ainsi “aboyeurs”, criant des publicités à n’importe quel moment. Après l’amour, c’est à la mort que LoveStar s’attaque. Grâce à lui, les morts sont envoyés dans l’espace pour se transformer en pluie d’étoiles. Voilà de quoi vider les cimetières. Mais une fois encore, une idée ne vient jamais seule. LoveStar s’arrêtera-t-il un jour ? Sa dernière idée se dévoile au fil des pages et si sa force destructrice ne fait plus aucun doute, on se demande jusqu’à la fin si le mystérieux inventeur va aller au bout. LoveStar justifie son acharnement par une vérité toute simple : si je ne le fais pas, quelqu’un d’autre le fera. Cela suffit-il à excuser ses actions ? Cette question, qui se pose à chaque époque, à chaque découverte, à chaque invention, rythme l’intrigue. Indridi et Sigridur, quant à eux, tentent de faire survivre leur amour alors que leur entourage les exhorte à se quitter. On ne peut lutter contre le programme InLove.

Les pages de LoveStar font réfléchir par l’absurdité des situations qu’elles décrivent. Les individus semblent se complaire dans cette nouvelle vie que leur apporte le progrès. Personne ne remet en cause le système établi. Et le lecteur ne sait s’il doit s’amuser ou s’inquiéter de ces comportements absurdes. Peut-être doit-il rire pour ne pas pleurer, comme en lisant les pièces de Beckett.

Sous une apparente légèreté, ce roman révèle une réalité tragique : si, guidés par nos envies de progrès, nous oublions de réfléchir aux conséquences, alors nous courons à la catastrophe.

Un autre avis : celui de Madame lit

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2 réflexions au sujet de « LoveStar – Andri Snaer Magnason »

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