Romans

Continuer – Laurent Mauvignier

Continuer. On pourrait confondre l’infinitif avec l’impératif. Continuez. Comme un conseil. Un ordre.

Continuer, c’est poursuivre ce qu’on a commencé. Sybille poursuit sa vie. Sans but. Elle erre. Elle erre dans l’hôpital où elle travaille, et elle erre chez elle, sans autre objectif que celui de reproduire inlassablement les mêmes gestes.

Continuer, c’est répéter une même action. Sybille travaille, puis rentre chez elle, et allume une cigarette avant de boire quelques verres. Chaque jour. Elle continue et se perd. Elle perd aussi son fils, Samuel, un adolescent renfermé sur lui-même qui se confie de moins en moins. Sybille et Samuel vivent à deux, ils se ressemblent, mais ne se connaissent plus. Ils ne se parlent plus.

Ils continuent mais font du sur-place.

Mais continuer c’est aussi ne pas abandonner. C’est ne pas perdre espoir et avancer, coûte que coûte. Ce « continuer » rythme le récit de Laurent Mauvignier du début à la fin, de Bordeaux au Kirghizistan.

C’est Sybille qui a l’idée de ce voyage. Elle est à bout de souffle et ne sait plus que faire avec Samuel, dont la dernière incartade l’a mené tout droit au poste de police. Alors, malgré les réticences de son fils, malgré les moqueries de son ex compagnon, malgré ses propres doutes, Sybille décide de traverser le Kirghizistan à cheval. Elle traine derrière elle un Samuel maussade qui espère secrètement que quelque chose les empêchera d’effectuer ce voyage. Et pourtant ils continuent. Loin du confort quotidien, ils entreprennent ce périple qui marque leur corps et leur esprit. Loin de tout, mère et fils réapprennent à se connaître et se découvrent sous un nouveau jour. Peu à peu, Sybille et Samuel se dévoilent l’un à l’autre et au lecteur. On découvre dans cette femme à l’apparence fragile, une mère dont la force insoupçonnée l’amènera à braver l’inconnu pour sauver son fils.

On retrouve avec plaisir le style si caractéristique de Laurent Mauvignier. La voix du narrateur se mêle sans cesse à celles des personnages. Les mots se bousculent, les phrases s’allongent, les virgules se multiplient jusqu’à nous faire perdre haleine. Le lecteur se retrouve embarqué dans une course effrénée dont il découvre au fil des pages ses adversaires : l’ignorance et la peur.

« Et puis à ce moment-là, il serait aussi prêt à penser que sa mère est une femme d’un courage extraordinaire, qu’elle tient tête à tout le monde, même si le plus souvent elle donne l’impression de s’effondrer à chaque secousse de la vie. Mais en fait non, elle tient bon, elle continue toujours, elle tombe et se relève, et elle reprend, infatigable, à chaque fois. » (p.136)livre_galerie_9782707329837

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s