Romans

Petit Pays – Gaël Faye

Quel est ce petit pays que le narrateur recherche en vain ? Est-ce le Burundi, qu’il a quitté alors qu’il n’était qu’un enfant ? Ou est-ce l’enfance, ce petit pays, ce pays des petits, ce territoire que l’on quitte dès lors que l’on porte sur le monde un regard d’adulte ? A travers le Burundi, où il espère retourner, c’est bien ses souvenirs d’enfant que tente de faire revivre Gabriel. Des souvenirs où ses journées étaient rythmées par l’insouciance des enfants heureux. S’amuser avec les copains, écrire à Laure, la correspondante française, échapper à l’attention des parents pour faire les quatre cents coups. N’avoir pour seul but que rire.

La fin de l’enfance approche lorsque les parents de Gabriel décident de se quitter. Un divorce difficile, des disputes à répétition que l’on tente de cacher aux enfants mais dont ils ne sont pas dupes. Le père de Gabriel est français. Sa mère est originaire du Rwanda et ne s’est jamais sentie à sa place au Burundi. Et déjà on voit se profiler les signes annonciateurs de la tragédie, inéluctable.

Le Rwanda s’enflamme. Puis le Burundi. Les parents de Gabriel se déchirent en même temps que les États. Il y a parfois de l’espoir, des élections qui laissent croire que tout va s’arranger. Mais la violence reprend. Le conflit s’immisce jusque dans les relations qu’entretient Gabriel avec ses amis. Les garçons se mettent à parler comme des grands, ils se disputent sur la question des Hutus et des Tutsis. Et, hauts comme trois mangues, veulent former un gang pour défendre leur territoire : leur ruelle, celle qui a abrité leurs jeux d’enfants. Gabriel ne veut pas prendre position. Il veut rester un enfant. Il veut continuer à aller chercher des mangues dans le jardin de leur voisine grecque pour les dévorer dans le repaire qu’il a trouvé avec ses copains. Mais ce repaire n’est déjà plus celui de l’enfance. Il a été gangrené par la violence du monde des adultes.

Tout s’effondre autour de Gabriel et c’est avec une naïveté lucide, ou une lucidité naïve, qu’il nous raconte comment il a quitté son petit pays. Avec les mots d’un enfant et la maturité d’un adulte.

Il y a des pages qui font sourire et qui font rire. D’autres qui questionnent. D’autres encore qui émeuvent. Du chaos naît un récit empreint de poésie dont la musicalité rappelle les premières amours de Gaël Faye.

“Cet après-midi là, pour la première fois de ma vie, je suis entré dans la réalité profonde de ce pays. J’ai découvert l’antagonisme hutu et tutsi, infranchissable ligne de démarcation qui obligeait chacun à être d’un camp ou d’un autre. Ce camp, tel un prénom qu’on attribue à un enfant, on naissait avec, et il nous poursuivait à jamais. Hutu ou tutsi. C’était soit l’un soit l’autre. Pile ou face. Comme un aveugle qui recouvre la vue, j’ai alors commencé à comprendre les gestes et les regards, les non-dits et les manières qui m’échappaient depuis toujours.

La guerre, sans qu’on lui demande, se charge toujours de nous trouver un ennemi. Moi qui souhaitais rester neutre, je n’ai pas pu. J’étais né avec cette histoire. Elle coulait en moi. Je lui appartenais.” (p.133)

Livre lu dans le cadre des Matchs de la Rentrée littéraire. Petit pays fait partie de la sélection de Moka, l’une des marraines des MRL 2016.  Un grand merci à Price Minister !petit-pays

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16 réflexions au sujet de « Petit Pays – Gaël Faye »

      1. J’ai déjà craqué pour « the girls » que je n’ai d’ailleurs toujours pas lu… donc je vais attendre ^^
        En ce moment je suis à fond dans la littérature de jeunesse, avec le défi Babelio. D’ailleurs je ne te vois plus sur le blog, snif… Il y a une nouveauté sur laquelle j’aimerais avoir ton avis 🙂

        Aimé par 1 personne

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