Romans

Le livre des Baltimore – Joël Dicker

Avec Joël Dicker, j’ai retrouvé le plaisir de lire des heures et des heures sans culpabiliser. Je fais partie de ceux qui se sentent mal dès qu’ils ne travaillent pas, dès qu’ils se reposent un peu trop sans accomplir quelque chose. Alors, même si je savoure mes heures de lecture, au fond, j’ai toujours l’impression d’être une mauvaise élève qui ne fait pas ses devoirs. Quand j’ai ouvert Le livre des Baltimore, il ne m’a fallu que quelques lignes pour plonger dans l’histoire de Marcus Goldman et oublier tout ce qui m’entourait. Deux jours plus tard, je tournais la dernière page, heureuse d’avoir lu le roman mais triste à l’idée de quitter ses personnages qui m’avaient accompagnée le temps de ma lecture.

C’est avec ce même sentiment de tristesse que j’avais dit au revoir à Marcus à la fin de La vérité sur l’affaire Harry Quebert. On retrouve le jeune écrivain à succès dans Le livre des Baltimore, roman qui peut être lu indépendamment du précédent. Quelques années après son enquête sur son professeur, Marcus écrit un nouveau livre. Cette fois, il raconte l’histoire de sa famille, une histoire marquée par les jalousies et les non-dits. Depuis l’enfance, Marcus divise les Goldman en deux groupes : les Goldman-de-Montclair et les Goldman-de-Baltimore. Les Goldman-de-Montclair, ce sont Marcus et ses parents. Ils font partie de la classe moyenne et vivent dans une petite maison dans le New Jersey. Les Goldman-de-Baltimore, ce sont l’oncle et la tante de Marcus et leurs enfants.Supérieurs aux Montclair, ils vivent dans une magnifique demeure d’un quartier chic. Marcus, enfant, admire les Baltimore et les envie. Il veut devenir un Baltimore. Il se sent même Baltimore, lorsqu’il va chez eux pendant les vacances, allant jusqu’à renier ses propres parents. Mais sur cette famille parfaite plane l’ombre du Drame. Dès la première page, Marcus nous apprend qu’un terrible événement a brisé la famille. Huit ans ont passé, et l’écrivain ressent le besoin de le raconter, alors même qu’il n’a toujours pas tous les éléments pour le comprendre.

Comme dans son précédent roman, Joël Dicker sait manier les retours en arrière pour ménager le suspens. Le modèle narratif ressemble à celui de La vérité sur l’affaire Harry Quebert mais ce n’est pas pour me déplaire. Les révélations rythment le récit sans temps mort et on tourne les pages sans s’en rendre compte. J’ai suivi avec plaisir les aventures du petit Marcus qui porte un regard naïf sur la vie a priori parfaite des Baltimore. Les trois cousins, Marcus, Hillel et Woody, forment le gang des Goldman, gang troublé par des tensions durant leur adolescence. Mais parce que les apparences comptent plus que tout, parce qu’ils ne veulent pas s’avouer leurs jalousies, les non-dits fragilisent l’amitié fraternelle des trois garçons.

Tout en laissant ses souvenirs le submerger, Marcus revient sur la vie d’écrivain, avec une remarque qui lui est faite au début du roman et qui revient comme un fil rouge jusqu’à la fin du roman : la vie d’un écrivain paraît simple, parce que l’écrivain ne donne pas l’impression de travailler. Le voisin de Marcus observe le jeune écrivain et estime qu’il ne travaille pas assez. Mais Le livre des Baltimore, en plus d’être l’histoire d’un drame, est aussi l’histoire de la construction d’un roman. C’est un roman dans le roman. La vérité sur l’affaire Harry Quebert nous offrait aussi une réflexion sur l’écriture, centrée sur la question de la page blanche et de l’inspiration. Ici, Marcus utilise l’écriture comme un exutoire : il a besoin de se débarrasser de tous ces secrets de famille, de toutes ces tensions, pour avancer. Son roman est un roman réparateur.

Grâce à Joël Dicker, grâce au Livre des Baltimore, je ne me suis pas posée de question existentielle pendant deux jours. J’ai tout oublié. Tout a disparu autour de moi. Je n’étais plus qu’une lectrice. Et je n’ai pas culpabilisé.

 « Écrire un livre, c’est comme ouvrir une colonie de vacances. Votre vie, d’ordinaire solitaire et tranquille, est soudain chahutée par une multitude de personnages qui arrivent un jour sans crier gare et viennent chambouler votre existence. Ils arrivent un matin, à bord d’un grand bus dont ils descendent bruyamment, tout excités qu’ils sont du rôle qu’ils ont obtenu. Et vous devez faire avec, vous devez vous en occuper, vous devez les nourrir, vous devez les loger. Vous êtes responsable de tout. Parce que vous, vous êtes l’écrivain. » (p.15)

« Pourquoi j’écris ? Parce que les livres sont plus forts que la vie. Ils en sont la plus belle des revanches. Ils sont les témoins de l’inviolable muraille de notre esprit, de l’imprenable forteresse de notre mémoire. » (p.476)

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9 réflexions au sujet de « Le livre des Baltimore – Joël Dicker »

  1. Bienvenue au club des gens qui ne savent pas s’arrêter et prendre du temps pour eux ! J’ai le même souci que toi, et c’est fort embêtant. J’ai adoré le premier opus, et j’ai ce roman dans ma PàL. Je pense le savourer prochainement, mais là je suis déjà dans un gros livre : Les Hauts de Hurlevent. 🙂

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    1. Il faut apprendre à souffler et accepter que si on n’est pas productif, ce n’est pas grave, mais ce n’est pas facile !
      J’espère que tu aimeras Le livre des Baltimore. Et je te souhaite une bonne lecture des Hauts de Hurlevent. C’est l’un de mes romans préférés (et j’adore Heathcliff !).

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    1. En effet, il faut lire La vérité sur l’affaire Harry Québert ! Le Livre des Baltimore peut être lu indépendamment mais le premier est tellement bien, ce serait dommage de passer à côté 🙂 J’espère que tu aimeras les deux !

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  2. Oh comme je comprends ce que tu veux dire quand tu parles de rester sans rien faire !! J’ai du mal, mais je m’y efforce de plus en plus (mais n’y arrive pas encore bien ^^). Et je vois bien, quand je suis énervée que je ne parviens même pas à lire tranquillement…. Heureusement ces périodes très désagréables où même lire ne me détend pas deviennent de plus en plus rares et surtout brèves. Enfin bon, fini de déblatérer sur mes atermoiements intimes ^^. J’ai très envie de lire ce roman, il me fait super super envie !! Et ton avis me confirme cela.

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    1. Ça me rassure de savoir que je ne suis pas seule ^^ C’est vraiment embêtant car ça empêche de profiter des moments de calme pour se détendre. Mais bon, comme toi, j’y arrive peu à peu.
      Du coup je t’encourage vivement à lire Le livre des Baltimore, surtout s’il te faisait déjà de l’oeil !

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  3. J’ai toujours le tome précédent à lire. Même si tu dis qu’ils peuvent se lire indépendamment, je vais tenter de les lire dans l’ordre. Avec ton avis, j’ai envie de me plonger très vite dans ces lectures. Je ne doute pas que ce livre-ci va me plaire car le sujet me parle. J’ai hâte de le découvrir !

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