Romans

Repose-toi sur moi – Serge Joncour

« Repose-toi sur moi », quatre mots que l’on souhaite entendre quand nos vies pèsent trop lourdement sur nos épaules. Aurore voudrait qu’on les lui dise, ces mots, tant la pression qu’elle ressent lui paraît insurmontable. Chef d’entreprise et styliste, elle doit faire face à son associé, Fabian, qui lui met des bâtons dans les roues. Et ce n’est pas auprès de sa famille qu’elle trouve le réconfort espéré. Richard, son conjoint, est un homme d’affaire brillant qui ne pense qu’à conquérir de nouveaux marchés. Entre Aurore et lui, les conversations tournent principalement autour des soucis financiers de l’entreprise d’Aurore. La seule chose qu’ils partagent désormais est leur appartement. Quant aux enfants, ils grandissent et apprennent peu à peu à se débrouiller sans leur mère. Accaparée par son travail, notre héroïne se sent coupable de ne pas passer assez de temps avec ses jumeaux.

Aurore ne sait comment gérer tous les aspects de sa vie. Aussi, quand deux corbeaux font irruption dans la cour de son immeuble, son havre de paix qui la sépare du tumulte parisien et lui offre un repos éphémère avant de rejoindre son appartement, c’est comme si sa vie entière s’effondrait. Ces deux corbeaux l’observent et lui rappellent chaque jour à quel point elle se sent seule et désespérée. Elle aurait bien besoin de quelqu’un pour s’en débarrasser, elle qui se sent incapable d’affronter ses problèmes. Ça tombe bien, Ludovic, qui vit de l’autre côté de l’immeuble, du côté vieux et non rénové, n’a rien contre le fait de tuer ces oiseaux pour rassurer cette voisine qu’il ne comprend pas. Mais la mort des corbeaux n’arrange rien aux soucis professionnels d’Aurore et Ludovic est entraîné dans une série d’événements dont il perd vite le contrôle.

Les deux voisins n’ont a priori rien en commun. Elle est l’archétype de la working girl parisienne toujours pressée et toujours bien habillée. Ancien fermier, il a quitté la propriété familiale pour laisser le futur héritage à sa soeur et à son beau-frère. Elle voyage souvent. Il ne connaît que les paysages qui bordent la route qu’il prend pour rendre visite à ses parents. Elle aime la ville et lui ne se sent bien que près des champs. Elle est styliste, il travaille dans le recouvrement de dettes. Elle prend tout à coeur alors que lui, rien ne paraît l’atteindre. Cette alliance des contraires bouleverse l’ordre établi. Ensemble, Aurore et Ludovic brisent leur solitude mais cette histoire d’amour naissante est bien trop risquée. Ils se livrent et se dévoilent l’un à l’autre, et cette mise à nu les fragilise. Peuvent-ils se faire confiance ? Aurore ne se sert-elle pas de Ludovic pour résoudre ses problèmes ? Ludovic ne profite-t-il pas de l’apparente fragilité d’Aurore ? Lancés dans une course contre la montre pour sauver l’entreprise d’Aurore, les deux amants vont devoir apprendre à lâcher prise et à accepter que l’on prenne soin d’eux.

L’amour, la solitude, la ville et la campagne, le business, le règne des apparences, autant de thèmes abordés dans ce roman dont le sujet, finalement, est notre société. Une société dans laquelle les voisins ne se parlent pas alors qu’ils se voient tous les jours. Une société dans laquelle les pesticides s’imposent aux agriculteurs. Une société dans laquelle l’ami de toujours peut devenir un concurrent redoutable. Dans tout ça, on se construit des boucliers pour ne pas être détruit par les autres, et on en vient à oublier que parfois, on nous veut du bien. Avec poésie, tendresse et sensualité, Serge Joncour nous montre que ces quatre mots, « Repose-toi sur moi », peuvent être prononcés par des personnes inattendues. La fragilité n’est pas toujours là où on le croit.

« Si bien que là, maintenant, en se posant enfin dans sa chambre, après la peur qu’elle avait eue à l’idée de passer la nuit dehors, elle eut tout d’un coup l’envie d’appeler quelqu’un, elle ne savait pas qui, une voix à l’autre bout du fil qui simplement lui réponde, une voix qui la rassure, une voix qui sache trouver les mots, même à minuit passé, une voix qui lui ferait ce don insensé de tout écouter, et qui à distance saurait l’apaiser, lui dire qu’elle allait dormir malgré ce lit froid. Elle songea à appeler Richard, mais ce soir il était à ce showcase qu’ils sponsorisaient, elle ne se sentait pas de débarquer dans sa sphère par un coup de fil, pour se plaindre, lui demander de l’aide, depuis Londres qu’est-ce qu’il pourrait faire pour elle ? » (p.72)

« C’était irrationnel, elle ne connaissait pas cet homme, mais il persistait en elle à l’état de présence, au moins autant que les corbeaux. Elle refusait de penser à lui, lui défendant le droit d’exister en elle, et pourtant il l’intriguait. Il y a des êtres comme ça, qu’on ressent fortement, et même si on ne les connaît pas, même si ça se passe mal, d’instinct on se sent liés à eux. Peut-être que ça existait ça, un homme qui donne du courage, un inconnu qui vous soutient quand les vôtres ne pensent même plus à le faire et que soi-même on ne veut pas leur demander. Ce serait inimaginable d’en faire un allié, encore moins un ami, ni quoi que ce soit d’autre, et pourtant cet être la rassurait, là sur le moment, sa présence l’accompagnait. » (p.118)

Je remercie l’équipe de Lecteurs et les éditions Flammarion pour cette très belle lecture !

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2 réflexions au sujet de « Repose-toi sur moi – Serge Joncour »

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