Politique&Culture·Visites et rencontres

Politique&Culture #1 -Napoléon III & le musée d’archéologie nationale

L’idée de vous proposer des articles mêlant culture et politique me trottait dans la tête depuis quelques temps et c’est en entendant la proposition du candidat à l’élection présidentielle François Fillon que j’ai eu envie de faire cet article. Il proposait d’ajouter au musée d’Orsay le nom de Valéry Giscard d’Estaing, comme cela a été fait récemment pour le musée du Quai Branly – Jacques Chirac. Et pourquoi pas faire de même pour le musée d’archéologie nationale de Saint-Germain-en-Laye, créé par Napoléon III ? me suis-je dit. Les présidents de la Ve République n’ont pas été les premiers à créer des musées ou bibliothèques. A croire que c’est une tradition. En politique, on aime se mêler de culture, comme en culture on se préoccupe de la politique. En faire des articles, c’est l’occasion rêvée pour moi de parler de ces deux domaines qui me passionnent et que j’ai étudiés. Et les sujets ne manquent pas, j’aurai beaucoup de choses à vous proposer !

Commençons par le musée d’archéologie nationale et Napoléon III. Je suis passionnée par l’empereur et le Second Empire, et j’ai visité il y a quelques mois le château de Saint-Germain-en-Laye, qui abrite le musée. Lorsque j’ai appris l’histoire de ce musée pendant ma visite, j’étais  d’autant plus heureuse d’y être allée. Si aujourd’hui nous pouvons découvrir le château et le musée, c’est grâce à l’empereur !

Le château de Saint-Germain-en-Laye

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L’ancienne résidence royale construite au XIIe siècle était devenue un pénitencier militaire au XIXe siècle. Lorsque Napoléon III arrive au pouvoir en 1848 en tant que président de la République (il devient empereur en 1852), le bâtiment est dans un état déplorable, proche de la destruction, mais abrite toujours le pénitencier. L’empereur décide dès 1853 de faire transférer le pénitencier et de restaurer le château. Mais c’est en 1855 que les détenus quittent l’ancienne résidence royale, à l’occasion de la venue de la reine Victoria et d’Albert de Saxe-Cobourg. Le couple royal vient visiter l’Exposition universelle mais la reine souhaite voir l’ancienne résidence où avaient vécu les Stuart en exil au XVIIe siècle. C’est la première fois depuis le XVe siècle qu’un souverain anglais vient en France. Les relations sont au beau fixe entre le couple royal anglais et le couple impérial français. Napoléon III et Eugénie étaient en effet allés en Angleterre en avril 1855 et Victoria sera la marraine du prince impérial en 1856. Mais même pour la reine d’Angleterre, le nettoyage est rudimentaire. Quelques coups de balai pour que les robes des dames n’attirent pas toute la poussière, et tout est prêt pour la visite. Il faut attendre 1862 pour le commencement des travaux. Cette année-là, Napoléon III décide d’installer le musée des Antiquités celtiques et gallo-romaines (l’ancien nom du musée d’archéologie nationale) dans le château, qui est alors classé monument historique (1863). La restauration peut commencer. L’empereur souhaite que le château retrouve son aspect Renaissance, d’où la présence de nombreux « F » et de la salamandre, pour François Ier. C’est d’ailleurs assez étrange de se dire que les symboles d’un Valois sont là grâce à un Bonaparte ! Les travaux sont confiés à Eugène Millet, un élève d’Eugène Viollet-le-Duc. La restauration ne prend fin qu’au début du XXe siècle mais l’inauguration du musée a lieu en 1867.

Un musée pour une finalité politique

Mais pourquoi Napoléon III a-t-il voulu créer un musée d’archéologie ? Au XIXe siècle, l’archéologie commence à peine à être un sujet d’intérêt. L’empereur en est passionné et contribue au développement de la discipline. Il écrit en 1866 une Histoire de Jules César. Il s’entoure de scientifiques et fait venir dans le musée des objets trouvés lors de fouilles organisées en France et notamment dans la Somme et dans la forêt de Compiègne. Mais le musée sert aussi et surtout, dans l’esprit de Napoléon III, à mettre en avant une découverte majeure : la localisation d’Alésia, située à Alise-Sainte-Reine (qui sera remise en cause pour défier l’empereur). Le but est politique : réunir les Français autour d’un héros national (et autour de l’empereur, surtout). De 1861 à 1865, les fouilles archéologiques effectuées à Alise-Sainte-Reine en Bourgogne (et financées par la cassette personnelle de l’empereur !) permettent de trouver des pièces au nom de Vercingétorix. Un héros gaulois, c’est parfait pour cette période où les relations avec la Prusse ne sont pas des plus chaleureuses. Il faut montrer que les Français n’ont pas peur des Teutons et qu’ils peuvent « défier l’univers » (inscription sur la statue de Vercingétorix édifiée à Alise-Sainte-Reine, au nom de Napoléon III).

La création du musée des Antiquités celtiques et gallo-romaines est bien liée à cette volonté politique de créer une identité commune pour réunir les Français (ça vous rappellera peut-être Nicolas Sarkozy qui disait il y a quelques mois qu’être Français, c’est avoir pour ancêtres les Gaulois). Mais cette volonté politique n’a pas empêché le musée de devenir un lieu important pour l’archéologie. Créé par décision de Napoléon III, il était le premier consacré à l’archéologie, et est encore aujourd’hui le seul entièrement destiné à cette discipline en France. Il est toujours alimenté par des fouilles actuelles. On peut y voir des objets trouvés en France mais aussi à l’étranger, dans le but de les comparer. La science a pris le pas sur la politique.

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©Musée d’archéologie nationale – L’ancienne salle de bal abrite aujourd’hui les collections d’archéologie comparée

J’espère que cet article et le thème Politique&Culture vous ont plu. Si des sujets vous intéressent et que vous aimeriez que je les aborde, dîtes-le moi !

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2 réflexions au sujet de « Politique&Culture #1 -Napoléon III & le musée d’archéologie nationale »

  1. C’est très intéressant. Je n’ai encore jamais eu l’occasion d’aller visiter le château de St Germain en Laye ; ta chronique va m’inciter à le faire. Je ne savais pas que la découverte d’Alesia datait de la période de Napoléon III. On voit que l’ « invention » du récit national joue un rôle majeur au 19ème siècle. Au plaisir de découvrir d’autres billets sur ton blog !

    Aimé par 1 personne

    1. J’espère que vous aurez l’occasion de visiter le château de Saint-Germain-en-Laye et de l’apprécier. Le récit national est en effet utilisé par Napoléon III, notamment pour réunir les Français et faire oublier les oppositions à son règne. Mais le roman national plaît toujours à certains de nos hommes politiques !
      Merci pour votre passage !

      Aimé par 1 personne

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