Politique&Culture

Politique&Culture #2 – La nouvelle ministre de la Culture lit et édite des livres

Françoise Nyssen

C’est une nomination qui a été bien accueillie le 17 mai 2017 : une éditrice a pris la tête du ministère de la Culture au sein du gouvernement Édouard Philippe.

Une éditrice rue de Valois

Françoise Nyssen, née en Belgique en 1951, est à la tête de la maison d’édition Actes Sud. Cette maison avait été fondée par son père, Hubert Nyssen, en 1969, sous le nom Atelier de cartographie thématique et statistique (d’où le « Actes »). C’est en 1977 que Hubert Nyssen, sa femme Christine Le Boeuf ainsi que leur associé Jean-Philippe Gautier s’ouvrent à l’édition de livres et prennent le nom Actes Sud.

Françoise Nyssen s’intéresse d’abord à la chimie et à l’urbanisme avant de rejoindre Actes Sud. Depuis, la maison d’édition enchaîne les succès éditoriaux. Prix Médicis du roman étranger en 1993 avec Léviathan de Paul Auster ; en 1996, prix Goncourt des lycéens pour Instruments des ténèbres de Nancy Huston ; publication d’Une histoire de la lecture d’Alberto Manguel en 1998, entre autres.

2015 est l’année de la consécration : deux prix Goncourt (prix Goncourt pour Boussole de Mathias Enard et prix Goncourt du premier roman pour Meursault, contre-enquête de Kamel Daoud) et un prix Nobel de littérature avec Svetlana Alexievitch. 2015, c’est aussi l’année de publication de deux autres succès : Millénium 4 de David Lagercrantz et Le Charme discret de l’intestin de Giulia Enders.

Un point est important pour Françoise Nyssen : l’indépendance. C’est grâce à cette indépendance qu’Actes Sud publie tant d’ouvrages de qualité. Et pas seulement des œuvres de fiction. En 2011, une nouvelle collection voit le jour : le Domaine du possible « une collection qui rassemble des initiatives et propositions originales et innovantes sur des questions écologiques, économiques, énergétiques ». Domaine du possible, c’est aussi le nom d’une école que Françoise Nyssen a créée avec son mari en 2015, pour accompagner les enfants en difficulté, de la maternelle au lycée. L’éditrice n’a donc pas peur de proposer des alternatives innovantes.

La lauréate du prix Veuve-Cliquot de la femme d’affaires de l’année (1991) a fait d’Actes Sud une maison d’édition de premier plan, tout en gardant son originalité face au milieu éditorial français. Ouverte à la nouveauté, en ce qui concerne l’édition mais aussi les initiatives citoyennes, Françoise Nyssen est une femme engagée, qui ne manquera pas de dynamisme pour mener à bien les missions du ministère de la Culture.

Cette nomination enchante les acteurs de la chaîne du livre. Et pour cause ! Sans remettre en doute son objectivité, on peut s’attendre à ce que Françoise Nyssen rééquilibre les subventions aux différents domaines culturels. Le Monde signalait, dans un article d’avril dernier, qu’en 2016, le Centre national de la cinématographie et de l’image animée s’était vu attribué une subvention de 639 millions d’euros ;  contre 30 millions pour le Centre national de la chanson, des variétés et du jazz ; le Centre national du livre avait, lui, bénéficié de 28 millions d’euros ; et l’association pour le soutien au théâtre privé, 8 millions. L’importance du lobbying dans ce ministère clientéliste est l’une des explications avancées par cet article, qui souligne la capacité du milieu du cinéma à oublier les querelles internes pour faire front. Mais n’oublions pas qu’Audrey Azoulay, ancienne ministre de la Culture et de la Communication, avait travaillé au sein du Centre national de la cinématographie et de l’image animée.

Un changement de nom significatif pour le ministère

Le ministère est devenu ministère de la Culture, après avoir été ministère de la Culture et de la Communication. La culture a rarement eu un ministère rien que pour elle. Créé en 1959 par Michel Debré, sur demande de Charles de Gaulle, le ministère (spécialement créé pour André Malraux) fut d’abord consacré aux affaires culturelles. Mais un ministère rien que pour la Culture, c’est beaucoup trop…

Petite liste non exhaustive des ministères de la Culture créés par nos anciens gouvernements.

-En 1974, c’est un ministère des Affaires culturelles et de l’Environnement qui est proposé à Alain Peyrefitte. Association qui nous paraîtrait bien étrange aujourd’hui.

-La culture côtoie la communication dans un ministère pour la première fois en 1978.

-En 1988, nous avons un ministère de la Culture, de la Communication, des Grands travaux et du Bicentenaire. On ne savait pas où les mettre, alors on les a casés dans un seul ministère. Pratique.

-En 1992, on met ensemble la culture et l’éducation nationale. C’est peut-être parce qu’on apprend à lire à l’école ?

-En 1993, on change encore pour un ministère de la Culture et de la Francophonie.

-En 1995, ô joie, un ministère de la Culture-tout-court (jusqu’en 1997) !

1997 : retour du ministère de la Culture et de la Communication, jusqu’en mai 2017.

Les noms des ministères renseignent sur les orientations des gouvernements. A titre d’exemple : le nouveau ministère de l’Europe et des Affaires étrangères illustre la volonté du président de la République de faire du projet européen le cœur de son quinquennat. Le fait de créer un ministère entièrement dédié à la culture montre l’importance qui lui est accordée. Emmanuel Macron veut sûrement faire taire ses détracteurs qui critiquaient la légèreté de son programme en ce qui concernait ce domaine.

Et vous, que pensez-vous de l’entrée de Françoise Nyssen au ministère de la Culture ?

Publicités

8 réflexions au sujet de « Politique&Culture #2 – La nouvelle ministre de la Culture lit et édite des livres »

  1. Je me réjouis de cette nomination dans une époque où la culture est considérée, souvent à tort, comme encore inaccessible au plus grand nombre. Voilà quelqu’un qui maîtrisera parfaitement son sujet et domaine et qui je l’espère viendra en aide aux divers domaines culturels et si je parle de livre, au monde de l’édition et aux librairies qui peinent de plus en plus face au géant mondial que je ne nommerai pas (comme Voldemort il ne faut prononcer son nom haha) … J’espère qu’elle aura la liberté pour agir dans ces domaines ô combien nécessaires.

    Aimé par 1 personne

    1. Je suis bien d’accord en ce qui concerne Celui-Dont-On-Ne-Doit-Pas-Prononcer-Le-Nom ! Françoise Nyssen hérite de dossiers ô combien difficiles mais elle a l’air déterminé. Et quand on connaît la qualité des ouvrages d’Actes Sud, je me dis qu’on peut lui faire confiance en ce qui concerne l’édition 🙂

      J'aime

  2. Je trouve que c’est une excellente nouvelle ! Une ministre éditrice ne peut que faire du bien au monde de livre, surtout qu’elle a eu l’occasion de publier des ouvrages de qualité, je suis très curieuse maintenant de ce qu’elle va faire !

    Aimé par 1 personne

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s