Pourquoi je suis passée à côté d’Eugène Onéguine de Pouchkine

Eugène Onéguine est souvent décrit comme étant LE chef d’oeuvre de la littérature russe, LE livre à lire pour sonder l’âme russe. C’est un monument littéraire. Je souhaitais le lire depuis déjà quelques années, alors mon hiver russe était l’occasion idéale. J’étais dans les meilleures dispositions pour plonger dans ce roman en vers et, honnêtement, je n’avais aucun doute quant au fait que j’allais l’aimer. 

Mais…

Mais je suis passée à côté.

Pourquoi ?

Je suis restée à la surface. Ce ne sont pas les vers qui m’ont gênée. Je tiens d’ailleurs à préciser que j’ai lu la traduction d’André Markowicz et qu’elle est sublime. Au bout de quelque pages, je me suis mise à lire à voix haute, savourant le travail autour des sons et des rimes. Mais j’avais le sentiment que tout allait trop vite, que je n’aurais pas le temps de bien connaître Eugène Onéguine avant la fin. Cela est en réalité en partie fait exprès : Eugène est un héros romantique, sombre, dont il est difficile de savoir ce qu’il cache au fond de lui. Mais moi j’aime quand on gratte, quand on ouvre la tête et la poitrine pour savoir de quoi sont faits le cerveau et le coeur.

Il y a de nombreuses références à d’autres textes, références que je n’ai pas et qui m’ont empêchées de plonger complètement dans l’histoire d’Eugène. Malgré les notes de bas de page, ne pas connaître les textes cités empêche de comprendre où veut en venir l’auteur.

L’intention de l’auteur : un autre point intéressant mais je manque d’information pour bien le comprendre. On sent poindre l’ironie à de multiples reprises dans ce roman en vers. Alexandre Pouchkine se moque parfois de ses personnages, mettant à distance le tragique de l’histoire. Il s’adresse aussi directement au lecteur, mettant le récit en pause pour parler de ses propres expériences. Je dois avouer que ce dernier point, auquel je ne m’attendais pas, m’a quelque peu surprise.

Pour toutes ces raisons, cet article diffère de ce que je vous propose d’habitude : pas d’éléments contextuels, pas de point plus développé sur l’intrigue ou les personnages. Je vais prendre le temps de faire des recherches, de lire des analyses, d’écouter des spécialistes, et relire le roman pour voir si, avec toutes les clefs en main, j’apprécierai davantage le récit.

En attendant, je vous propose un extrait. Tatiana se rend chez Eugène, absent.

« Là, dans la chambre solitaire,

Comme arrachée à notre terre,

Enfermée seule tout à coup,

Elle pleura, longtemps, beaucoup.

Puis elle examina les livres.

D’abord, ce fut distraitement,

Mais, peu à peu, l’assortiment

Lui en parut étrange. A suivre

Titre après titre, alors s’ouvrit

Un monde neuf pour son esprit.

(…)

Trouvant sur de nombreuses pages

Des marques d’ongles acérés,

Tania plonge dans ces passages

Son attention exaspérée.

Elle a, tremblante, devant elle,

Telle expression frappante, telle

Pensée vue par notre héros,

Ou ce qu’il laisse sans un mot,

Elle découvre dans les marges

Les signes d’un crayon hâtif.

Partout son âme parle au vif,

Se juge à charge ou à décharge,

Sans le vouloir, d’un mot, d’un trait,

D’un point d’exclamation discret.

Et peu à peu, elle commence

A comprendre plus clairement

A qui l’étrange Providence

Aura lié son coeur aimant

D’un lien si fort qu’il lui résiste :

Oui, ce toqué funeste et triste,

Issu des cieux ou de l’enfer,

Ange ou démon, timide ou fier,

Qui est-ce ? Une ombre insignifiante,

Une copie, un rien du tout

Qui joue Harold en plein Moscou,

Reflet de fantaisies errantes

Venues d’ailleurs, tourments redits, –

Un homme ou une parodie ? » (pages 216-218)

J’espère ne pas vous avoir découragés à découvrir ce livre de Pouchkine. Ma lecture n’a pas du tout été désagréable, loin de là ! Les vers sont de véritables pépites et j’ai pris beaucoup de plaisir à les lire.

Et vous, avez-vous lu Eugène Onéguine ?

Un autre avis mitigé chez Histoires vermoulues ; plus d’enthousiasme chez Moka ; et chez Madame lit

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21 commentaires sur “Pourquoi je suis passée à côté d’Eugène Onéguine de Pouchkine

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    1. La visite devait être passionnante !

      Je ne dirais pas qu’il est à éviter, c’est une histoire de ressenti. Tu as dans ces commentaires deux liens vers des articles écrits par des blogueuses qui ont aimé Eugène Onéguine. Le mieux est de lire le roman pour se faire son propre avis 🙂

      C’est le seul texte de cet auteur que j’ai lu donc je ne peux pas t’en conseiller d’autre. Mais Pouchkine a écrit des nouvelles, c’est aussi un bon moyen de le découvrir.

      J'aime

  1. J’ai le même avis que toi, je suis passée un peu à côté, j’avais vraiment l’impression qu’il me manquait la base culturelle pour l’apprécier !
    Je conçois complètement ses qualités mais je n’ai pas pris vraiment plaisir à le lire.
    Merci pour ton avis 🙂

    Aimé par 1 personne

  2. J’ai lu Pouchkine, mais « La dame de Pique » et « Les récits de feu Ivan Petrovitch Belkine ». Je n’ai pas eu cette impression d’être totalement « passée à côté » mais je n’en ai pas un grand souvenir, c’est donc qu’il m’a manqué quelque chose… En revanche, Clémentine Beauvais a publié une très jolie réécriture d' »Eugène Onèguine », le conte en contemporain ! Un roman pour la jeunesse mais en vers. Très original. ça devrait te plaire et peut-être te réconcilier avec ce classique ? Tu peux lire ma chronique (https://librairieenfolie.wordpress.com/2018/02/12/songe-a-la-douceur-clementine-beauvais/) si tu as envie d’en savoir plus !

    Aimé par 1 personne

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