Un hiver en Russie

Un hiver en Russie : un vent culturel venant de l’Est s’installe sur le blog [1er décembre/1er mars]

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L’envie de lire des livres sur la Russie et/ou d’auteurs russes se fait toujours plus forte quand l’hiver arrive. Avec un imaginaire qui associe ce pays au froid et à la neige, on se dit que l’hiver est la saison parfaite pour se plonger dans sa culture. Je vous l’ai d’ailleurs dit plusieurs fois : je rêve d’aller en Russie, mais ce voyage n’étant pas encore possible, j’ai décidé de le faire grâce à la littérature.

J’ai eu l’idée de vous proposer une sélection d’articles sur la Russie après avoir visionné des films sur ce pays pendant l’Arras Film Festival. Je me suis dit que c’était l’occasion d’écrire des articles autour du thème : un hiver en Russie.

Ca tombe bien : l’actualité est avec moi. 2017 marque le centenaire des révolutions russes, donc de nombreuses publications sont disponibles sur le sujet. Il y aura l’élection présidentielle russe en 2018, et Livre Paris 2018 met à l’honneur la littérature russe !

Si ça vous intéresse, vous pouvez enfiler chapkas et manteau de fourrure (fausse, de préférence) et découvrir la Russie avec moi !

Je vous publierai des articles sur ce thème du 1er décembre au 1er mars : je décale les dates de la saison car je préfère commencer un début de mois ; et j’ai choisi un temps assez long pour écrire mes articles. Bien sûr, cela ne veut pas dire que je vais rester en Russie jusqu’en mars : la magie de la littérature, c’est qu’on peut faire des allers-retours assez facilement entre les pays et les cultures.

Ce n’est pas un challenge : il n’y a pas de nombre de livres à lire ou d’autres règles, et pas d’inscription non plus. Si vous voulez participer, il vous suffira de m’envoyer le lien vers votre article (en commentaire ou via les réseaux sociaux, les liens sont en haut à droite). Je les partagerai sur les réseaux sociaux et je ferai un article récapitulatif mensuel, où je présenterai les articles qui auront été publiés ici et chez vous. Vous pouvez utiliser la bannière qui ouvre cet article si vous en avez l’envie.

Que lire ? On va prendre le thème au sens large :

  • Ca peut être des livres sur la Russie mais aussi sur l’URSS (vous comprendez que « hiver soviétique », c’était moins facile à adopter comme nom).
  • On peut lire des auteurs russes, des auteurs de pays membres de l’ex-URSS, mais aussi des auteurs d’autres nationalités.
  • On peut même s’intéresser à des auteurs russes dont les livres ne se déroulent pas en Russie.
  • De la fiction, des récits de voyage, mais aussi des essais/documents.
  • Des classiques, des moins classiques, des livres des siècles passés et des contemporains.
  • Je parle de livres, mais vous pouvez aussi écrire sur des films, des séries, sur vos voyages si vous en avez faits, et sur tout ce qui concerne le pays. Exemple : je vais peut-être profiter de l’élection présidentielle russe pour parler de sujets politiques.

Quelques idées (liste non exhaustive) :

  • Dostoïevksi, Tolstoï, Pouchkine, Gogol, Boulgakov, Nabokov, Soljenitsyne…
  • Pour les essais : Hélène Carrère d’Encausse, Svetlana Alexievitch, Jean des Cars, Vladimir Fédorovsky (par contre je vous déconseille sa biographie de Poutine, un peu trop orientée), Michel Eltchaninoff … De nombreux livres ont été publiés à l’occasion des révolutions russes, un petit tour dans les rayons « Histoire » des librairies devrait vous inspirer !
  • Les livres de Sylvain Tesson, Seule sur le Transsibérien de Géraldine Dunbar, et et d’autres récits de voyage.
  • Michel Strogoff de Jules Verne, Les Justes d’Albert Camus.

Les articles sur mon blog[Rentrée littéraire] La princesse de Bakounine de Lorenza Foschini : portrait d’une princesse russe énigmatique  ;  Retour sur les premières relations franco-russes avec l’exposition Pierre le Grand un tsar en France au château de Versailles  ;  Le souffle d’octobre 1917 – Bernard Pudal et Claude Pennetier  ;  La guerre et la paix de Tolstoï #1 – Entre roman et traité d’histoire  ;  Dans les forêts de Sibérie – Sylvain Tesson

Chez les autres blogueurs, je vous conseille : la sélection du Libriosaure (qui a eu la même idée que moi !)  ;  La mort du Vazir-Moukhtar chez Célestine-Aude  ; La tête en claire ; les lectures d’Emi, grande lectrice de littérature russe.

Livre Paris a dévoilé les noms de 19 auteurs russes (sur les 30) qui viendront au Salon ! C’est l’occasion de découvrir les auteurs contemporains.

Enfin, une liste plus complète sur Babelio.

Si vous avez d’autres conseils de lectures, vous pouvez les partager en commentaires ! J’espère que ce thème pour l’hiver vous plaira. Dîtes-moi ce que vous en pensez.

Je vous souhaite un bel hiver avec 20 jours d’avance !

 

 

 

 

 

 

 

Cinéma

L’Arras Film Festival, une parenthèse cinématographique enchantée

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Du 3 au 12 novembre a eu lieu la 18e édition de l’Arras Film Festival. Pendant 10 jours, la ville d’Arras a vécu au rythme des nombreuses projections et rencontres organisées par l’équipe du festival. Difficile de faire des choix tant la programmation était riche et les thématiques intéressantes. Il y en avait pour tous les goûts. Avec 45 000 places de cinéma vendues pour cette 18e édition, l’Arras Film Festival confirme d’année en année à la fois son ancrage territorial et son rayonnement national. Les réalisateurs, acteurs, critiques de cinéma, ont à chaque fois souligné le plaisir qu’ils ont eu à venir et à présenter leur travail.

Cela fait un mois que j’écris des articles pour un journal à Arras. J’ai donc pu obtenir une accréditation presse et profiter du festival. J’ai assisté à plusieurs séances et rencontres et ai profité de cette belle parenthèse cinématographique.

Pour cette 18e édition, le programme se divisait en plusieurs thématiques. Entre autres : les avant-premières et les films inédits (environ 70 !) ;  la compétition européenne ; le festival des enfants ; Napoléon et la campagne de Russie ; les révolutions russes ; Whodunit, qui a commis le crime ?

Je vais vous présenter les films que j’ai vus. Cette sélection est loin de refléter la grande diversité de la programmation mais il fallait faire des choix !

Les avant-premières

Les avant-premières se déroulaient en présence des équipes des films en règle générale (ce qui n’était pas le cas pour Battle of the Sexes évidemment) et c’était très intéressant d’entendre les explications des réalisateurs et acteurs. Le festival a été ouvert par la projection de Jalouse. David et Stéphane Foenkinos et Karin Viard sont venus présenter le film. Ils ont été adorables, j’aurais pu écouter Karin Viard pendant des heures ! Pour La promesse de l’aube, c’est le réalisateur Eric Barbier qui est venu et nous a appris, par exemple, qu’il avait tout de suite eu en tête Pierre Niney dans le rôle de Romain Gary lorsqu’il a commencé à travailler sur le film. Quant à Sparring, Mathieu Kassovitz n’a pas pu venir mais la rencontre avec le réalisateur Samuel Jouy et le boxeur Souleymane M’Baye a été très intéressante.

 

guerre et paix article aff

Je voulais absolument voir cette adaptation depuis que j’ai lu le livre l’année dernière. Je ne l’avais pas trouvée alors le festival était l’occasion idéale pour se plonger dans le film (qui était de plus en version restaurée). Nous pouvions soit le voir un dimanche après-midi (avec des pauses entre les différentes parties, je vous rassure) ou en plusieurs séances dans la semaine. J’ai choisi de voir le film en une fois, le dimanche. Nous étions nombreux dans la salle !  Il y a beaucoup de choses à dire sur cette adaptation donc je lui consacrerai un article.

les révolutions russes

 

L’association France-Russie d’Arras a présenté, en parallèle du festival, une exposition d’affiches de propagande soviétiques. C’était un complément intéressant aux films projetés dans le cadre du centenaire des révolutions russes.

 

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J’aurais aimé voir plus de films mais il fallait faire des choix et je ne pouvais pas passer toutes mes journées dans les salles de cinéma, malheureusement. Une déception : je n’ai pas pu voir l’épisode spécial des Petits meurtres d’Agatha Christie (en présence des acteurs !) car il n’y avait plus de place lorsque j’ai voulu réserver. Mais globalement j’ai vu les principaux films que j’avais sélectionnés et j’ai fait de belles découvertes.

Je suis très heureuse d’avoir pu profiter de ce festival. Le cinéma s’empare de toute la ville et l’ambiance est chaleureuse. Préparez-vous pour la 19e édition en novembre 2018 !

Site officiel de l’Arras Film Festival

 

 

Ma vie de lectrice

Tag Liebster Award – Où je réponds aux questions d’Elsa

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Bonjour à tous,

Une fois n’est pas coutume, on se retrouve aujourd’hui pour un tag. Elsa, du blog Arts&Stuffs, m’a nommée pour le tag Liebster Award dont le principe est : dire 11 choses sur soi, répondre à 11 questions et nommer à son tour des blogueurs.

Merci Elsa d’avoir pensé à moi !

  • 11 choses sur moi

1/ J’ai fait des études de science politique après une classe préparatoire littéraire.

2/ Dans le cadre de ma dernière année d’étude, j’ai réalisé un mémoire de recherche sur Gilberte Brossolette. Epouse puis veuve de Pierre Brossolette, elle a eu une carrière parlementaire à la Libération. Elle s’est battue pour qu’on se souvienne de Pierre Brossolette et elle est à l’origine du transfert des cendres de son mari au Panthéon (elle avait demandé à sa nièce, Mona Ozouf, de défendre l’entrée au Panthéon de Pierre Brossolette). Décédée en 2004, elle n’a malheureusement pas pu assister à cet événement.

3/ Même si j’ai beaucoup râlé lors de la rédaction de ce mémoire, j’ai adoré le faire. Le parcours de Gilberte Brossolette est passionnant. Je continue d’ailleurs d’écrire sur elle, en espérant, pourquoi pas, être un jour publiée et la faire connaître.

4/ Je cherche un emploi.

5/ En attendant d’en trouver un, je suis correspondante de presse pour un journal local.

6/ Je vis à nouveau à Arras (j’y avais vécu quand j’étais en prépa, il y a plusieurs années) depuis quelques mois et j’adore cette ville !

7/ Je n’achète qu’un livre par mois, pour le reste, je fais des emprunts à la bibliothèque.

8/ Je n’ai pas de Pile à lire (PAL) !

9/ J’achète le plus possible mes livres dans des librairies indépendantes.

10/ Je n’ai jamais fait d’achat sur un célèbre site internet dont le nom commence par « A » et finit par « N ».

11/ Je me suis mise au tricot ! C’est l’activité parfaite pour s’occuper tout en écoutant des podcasts.

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  • Mes réponses aux 11 questions d’Elsa

1/ Depuis combien de temps blogues-tu ? Depuis longtemps. Ce blog date d’avril 2016, mais j’étais auparavant sur la plateforme Blogger. Avant ça, j’ai tenu un blog sur mes lectures vers la fin du collège/lycée, puis j’ai arrêté pendant mes deux années de prépa.

2/ Quelle histoire se cache derrière le nom de ton blog ? Je voulais un nom en rapport avec la mer. Je suis née et ai grandi à Dunkerque. J’ai toujours aimé aller à la plage et je m’intéresse tout ce qui touche à l’univers maritime.

3/ Qu’est-ce qui t’a motivée à te lancer dans le blogging culturel ? Au début, je voulais surtout parler de mes lectures. J’en parlais autour de moi (avec ma mère, des amis) mais quand j’aime un livre, j’aimerais que tout le monde le lise, alors j’avais besoin d’en parler à plus de personnes ! C’était aussi un moyen d’écrire. Puis peu à peu j’ai pris plaisir à parler de mes visites de châteaux et de musées. Les années que j’ai passées à Paris m’ont entraînée à donner une nouvelle dimension à mon blog et à inclure des chroniques autres que sur mes lectures.

4/ La plus belle expérience que tu aies vécue grâce au blog ? A chaque fois que je lis un commentaire sur mes articles, qu’on me dit que j’ai donné envie de lire un livre, c’est une petite victoire. J’ai aussi fait de belles rencontres « en vrai », notamment celles d’Amandine de L’ivresse littéraire et d’Armandine du Salon des lettres. Grâce à mon blog, j’ai pu parler avec Jon Monnard de son premier roman, et j’ai aimé ces échanges ! Dernièrement, on m’a proposé de m’inscrire sur la liste d’invitations des événements du Centre des monuments nationaux. A chaque fois, ce sont de belles surprises que je vis grâce au blog, plus ou moins grandes, plus ou moins étonnantes, et toujours enrichissantes !

5/ Ta pire expérience avec le blog ? Pour le moment, je n’en ai pas à l’esprit.

6/ Ce qui t’a le plus surprise en devenant blogueuse ? En créant un nouveau blog à la fin de mes années prépa, j’ai été surprise des grands changements qu’il y avait eus dans la gestion des blogs ! J’ai commencé à entendre parler de « calendrier éditorial », de gestion des réseaux sociaux, de graphisme et de plein d’autres notions professionnelles. Lorsque j’étais au lycée, on tenait un blog sans se prendre la tête. Mais je me suis habituée à cette évolution et je prends beaucoup de plaisir à développer mon blog.

7/ Pour toi, bloguer c’est quoi en 3 mots ? Apprendre, écrire, partager.

8/ Quel est ton média favori (Twitter, Facebook, Instagram…) et pourquoi ? J’ai mis du temps à m’inscrire sur ces réseaux, mais celui que je préfère c’est Instagram. je présente à la fois des photos très simples de mes lectures, et des photos de mes visites culturelles.

9/ De nouveaux projets en ce moment ? Mes projets pour le blog sont assez divers. J’aimerais créer un nouveau logo (et là on relit ma réponse à la question 6 ahah !) ; reprendre ma rubrique « Politique&Culture » pour laquelle je cherche des sujets. Je pense aussi à présenter des discours politiques pour en montrer l’aspect littéraire (est-ce que ça vous intéresserait ?). Mais pour faire tout ce que je voudrais, il me faudrait des heures et des heures !

10/ Ton anecdote historique/littéraire préférée ? J’aime l’histoire de la fuite de Louis-Napoléon Bonaparte (futur Napoléon III) du fort de Ham. Après un coup d’Etat raté, le jeune Louis-Napoléon a été enfermé dans ce fort. Les conditions étaient rudes et la cellule du futur empereur était très humide (ce qui provoqua ses problèmes de santé). Des ouvriers étaient venus pour restaurer une partie du bâtiment, et, aidé de ses amis, Louis-Napoléon Bonaparte a volé les affaires d’un maçon et s’est enfui, calmement. Ce maçon aurait eu pour nom Badinguet, ce qui expliquerait pourquoi l’on donna ce surnom à Napoléon III. Lorsque les autorités se rendirent compte de l’absence de Bonaparte, ce-dernier était déjà loin.

11/ Ton monument historique/littéraire favori ? Question difficile ! Je dirais le château de Fontainebleau parce que je l’ai visité 4 ou 5 fois et que je ne m’en lasse pas. Ce château a vu une succession de rois/empereurs et chacun y a apporté quelque chose. Le château de Fontainebleau est un livre d’Histoire grandeur nature et montre qu’il y a une réelle continuité entre les régimes politiques.

Je propose à Cécile (Cécile-voyage), Saleanndre (Le Monde dans les livres) et Steph (Temps-H) de faire ce tag et de répondre à mes 11 questions ci-dessous !

  • Quel type d’articles préfères-tu écrire ?
  • Combien de temps en moyenne passes-tu à rédiger tes chroniques ?
  • Quel article rêves-tu d’écrire ?
  • As-tu des chroniques en retard ?
  • A l’inverse, en prépares-tu en avance ?
  • Depuis quand blogues-tu ?
  • Qu’est-ce que le blogging t’apporte ?
  • Ecris-tu toujours tes articles à un moment particulier ?
  • As-tu un endroit préféré pour écrire ?
  • Sur quel(s) autre(s)s sujet(s) aurais-tu pu écrire ?
  • Qu’est-ce qui a changé depuis que tu blogues (habitudes…) ?

Si vous avez envie de répondre à une ou des questions, vous pouvez le faire en commentaire !

 

 

Visites et rencontres

Ma découverte de la préfecture du Pas-de-Calais à l’occasion des JEP 2017

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Plus d’un mois après les Journées européennes du patrimoine (JEP) qui avaient lieu les 16 et 17 septembre, je publie enfin mon article ! Pas de visite parisienne avec Steph (Temps H) cette année, mais une découverte du patrimoine d’Arras. J’aime profiter des JEP pour visiter des lieux qui sont d’habitude fermés au public. A Arras, il y a plusieurs hôtels particuliers privés mais heureusement, d’autres abritent des services de l’Etat et ouvraient leurs portes aux visiteurs à l’occasion des journées du patrimoine. J’ai eu un coup de coeur pour la préfecture du Pas-de-Calais.

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L’hôtel a été construit en 1759 par l’évêque Jean de Bonneguise. Une cathédrale se trouvait à proximité du palais épiscopal (elle fut ensuite vendue comme bien national à la Révolution, rasée et transformée en jardin, avant la construction de l’actuelle église Saint-Nicolas-en-Cité). Lors de la Révolution, le propriétaire du palais épiscopal, l’évêque Louis de Conzié, fuit les lieux. Le bâtiment, sans propriétaire, est donc parfait pour accueillir le premier préfet du Pas-de-Calais, Poitevin de Maissemy (1800).

L’hôtel particulier est alors bien différent du bâtiment d’aujourd’hui. Il a subi des dégradations pendant la période révolutionnaire, puis un incendie en 1836, avant d’être touché par des bombardements pendant la Première Guerre mondiale.

Le bâtiment est la résidence du préfet et abrite aussi certains services de la préfecture. Lorsque des chefs d’Etats et ministres se déplacent dans le département, ils séjournent dans cet hôtel. Ainsi, lors de ma visite, j’ai marché sur les pas de Charles X, Napoléon III, Sadi Carnot, Charles de Gaulle, Valéry Giscard d’Estaing et Jacques Chirac ! En avril 2017, notre ancien président de la République François Hollande est venu déjeuner avec le premier ministre canadien Justin Trudeau.

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Lorsqu’il est venu, Justin Trudeau s’est installé à la place que l’on voit au premier plan. Cette chaise est réservée aux invités pour qu’ils puissent bénéficier de la vue sur le jardin.

Le mobilier de l’hôtel particulier ayant été volé pendant la Révolution, les meubles ont été remplacés au fil du temps. On retrouve donc plusieurs styles apportés par les différents locataires des lieux. 

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J’ai beaucoup aimé cette visite qui mêlait histoire et politique. J’attends chaque année les Journées européennes du patrimoine pour découvrir ces lieux de pouvoir qui nous permettent d’apprendre mais aussi d’admirer leur mobilier exceptionnel.

Participez-vous aux JEP ? Quel a été votre coup de coeur pour l’édition 2017 ?

 

Le petit bonheur hebdomadaire

Le petit bonheur hebdomadaire #2

les petits bonheurs hebdomadaires

 

On se retrouve pour le rendez-vous instauré par Gaëlle du blog Pause Earl Grey pour parler de nos petits plaisirs simples du quotidien. Je n’ai pas participé la semaine dernière parce que je n’avais pas publié d’article après la première édition de ce rendez-vous et je ne souhaitais pas qu’il y en ait deux à la suite.

Et la rédaction d’article est justement le petit bonheur hebdomadaire dont j’ai souhaité vous parler aujourd’hui !

 

Rédiger une chronique lecture

En l’espace d’une semaine j’ai réussi à publier deux chroniques sur mes lectures. Quel plaisir ! J’aime prendre du temps pour m’arrêter sur un livre que je viens de lire. Cela me permet de ne pas le quitter tout de suite. Je ne le range pas, il reste posé sur mon étagère ou sur la table, et il attend patiemment que je le feuillette à nouveau pour relire des passages qui m’ont plu et interpellée. Je réfléchis : que vais-je dire de cette lecture ? Qu’ai-je envie de présenter ? Quels points vais-je aborder ? Je prolonge le plaisir de la lecture en écrivant et en mettant des mots sur mon ressenti. Un vrai petit bonheur dont je ne me lasse pas !

 

Et vous, quel était votre petit bonheur de la semaine ?

 

Les autres participations sont listées sur le blog de Gaëlle.

 

 

Documents, Essais

[Rentrée littéraire] La princesse de Bakounine de Lorenza Foschini : portrait d’une princesse russe énigmatique

La princesse de Bakounine de Lorenza Foschini

2017 est l’année du centenaire des révolutions russes de février et octobre 1917. A cette occasion, la maison d’édition La Table ronde publie plusieurs ouvrages sur la Russie et notamment La princesse de Bakounine de Lorenza Foschini (auteur du livre Le manteau de Proust ; décidément, Marcel me poursuit !). Si vous me suivez depuis quelques temps, vous savez peut-être déjà que je suis passionnée par la Russie. J’ai donc naturellement repéré cet ouvrage sur Zoé Obolenskaïa, une princesse russe née en 1828. Elle a rencontré à Naples Mikhaïl Bakounine, un anarchiste russe qui a réussi à fuir la Sibérie et a vécu illégalement en Italie. Cette rencontre a été déterminante pour ces deux personnes qui n’avaient a priori rien en commun.

Alors qu’elle faisait des recherches sur Renato Caccioppoli, un mathématicien originaire de Naples, Lorenza Foschini découvre que son grand-père n’est autre que Mikhaïl Bakounine. Dans les lectures de l’auteur apparaît alors le nom de Zoé Obolenskaïa, princesse oubliée qui a pourtant une postérité romanesque. On peut en effet la retrouver sous les traits de La Princesse Casamassima (Henry James), de Madame S. dans Sous les yeux de l’Occident (Joseph Conrad) et sous ceux d’Anna Karénine (Tolstoï). Lorenza Foschini, grâce à de nombreuses recherches et aux témoignages des descendants Obolenski, nous raconte la vie mouvementée de cette princesse qui a tout d’un personnage de roman.

Une famille malheureuse à sa façon

“Les familles heureuses se ressemblent toutes ; les familles malheureuses sont malheureuses chacune à leur façon.” (incipit d’Anna Karénine de Tolstoï).

Lorenza Foschini voit dans cette phrase qui ouvre le roman de Tolstoï une référence à Zoé Obolenskaïa. Elle fait d’ailleurs remarquer que l’incipit met en scène le frère d’Anna Karénine, Stépane Oblenski, dont le nom de famille n’a qu’une lettre de différence avec celui de Zoé. Cette ressemblance n’est sûrement pas une coïncidence : Tolstoï connaissait les Obolenski par l’intermédiaire de sa femme, une cousine de la famille.

Zoé Obolenskaïa fait partie de la haute noblesse russe. Elle est la fille du comte Sergueï Soumarokov et d’Alexandrine Maruzzi. Les origines italiennes de sa mère ne seront pas étrangères au choix de Zoé de s’installer en Italie. Elle a gardé de ses quelques séjours dans ce pays pendant son enfance des souvenirs de palais majestueux et de douceur de vivre. Des souvenirs qu’elle chérit d’autant plus que son mariage ne la satisfait pas. Zoé épouse le prince Alexeï Obolenski, un proche de l’empereur, qui fut gouverneur de Varsovie puis de Moscou. Vivre au sein de la haute noblesse russe, dans l’entourage de l’empereur, a des inconvénients : les nobles doivent respecter des règles et l’empereur a un droit de regard sur leur vie de famille. Ce contrôle permanent ne convient pas à la princesse. Zoé Obolenskaïa ne se sent pas à sa place dans l’aristocratie russe, prisonnière de la bienséance. Elle n’apprécie pas son mari et seuls ses cinq enfants la rendent heureuse.

Elle décide de partir pour Naples avec ses enfants en 1866, pour “raisons de santé”, d’après le prince Obolenski qui doit justifier ce départ à l’empereur. Zoé Obolenskaïa ne reviendra plus en Russie. C’est surtout sa vie en Italie que nous décrit Lorenza Foschini. Si elle fait parfois quelques retours en arrière pour tenter de mieux cerner la personnalité de la princesse (tenter seulement, car le personnage reste énigmatique), ce sont surtout ses moments passés aux côtés des anarchistes qui nous sont racontés.

En Italie : entre douceur de vivre et revendications politiques

Arrivée en 1866 à Naples, la princesse rencontre rapidement l’anarchiste Mikhaël Bakounine. L’exilé russe va prendre une grande place dans la vie de Zoé Obolenskaïa. Cette importance se traduit dans le livre par le nombre de chapitres consacrés à l’anarchiste. J’ai parfois regretté au cours de ma lecture que tant de pages relatent les aventures de l’exilé et occultent quelque peu la princesse. Mais il faut savoir que les sources sur Zoé Obolenskaïa ne sont pas nombreuses. C’est pourquoi s’attarder sur le parcours de Mikhaïl Bakounine permet de répondre à quelques questions sur la vie de Zoé en Italie.

Cette vie est partagée entre les balades au cours de douces soirées et les réunions d’anarchistes. Zoé se prend de passion pour les revendications portées par Bakounine et ses proches. Le développement de ce groupe d’anarchistes se mêle au contexte politique italien, marqué par la réunification des territoires et par des luttes politiques menées notamment par Garibaldi. A plus grande échelle, c’est toute l’Europe qui est déstabilisée par l’émergence du socialisme. Zoé contribue de différentes manières à la naissance et au développement du groupe anarchiste de Bakounine. Elle apporte d’abord un important soutien financier : Bakounine, qui réclamait de l’argent aux uns et aux autres, peut enfin vivre sereinement sans craindre de se retrouver à la rue. L’argent de la princesse sert aussi aux dépenses courantes du groupe. Or, c’est de son mari et de son père que Zoé Obolenskaïa détient ses ressources financières. C’est ainsi, ironie de l’histoire, qu’Obolenski et Soumarokov, deux proches de l’empereur, ont aidé sans le savoir un ennemi du pouvoir. Zoé devient ensuite l’assistante personnelle de Bakounine : elle écrit la plupart des textes qu’il dicte et discute longuement avec lui de théorie. Enfin, lorsque les deux amis s’éloignent pour diverses raisons, la princesse prend une plus grande importance dans le mouvement anarchiste italien et sort de l’ombre de Bakounine.

Zoé Obolenskaïa s’émancipe. Elle transgresse les règles, loin de son mari et de la Russie impériale. Malgré la distance, l’empereur et toute la cour sont au courant des liens qu’entretient la princesse avec l’anarchisme et de sa liaison avec un anarchiste polonais. Ils obligent le prince Obolenski à réagir. Celui-ci décide alors de retirer les enfants à leur mère et vient les chercher lui-même.

Enlever ses enfants, c’était la pire punition que l’on pouvait infliger à la princesse. C’est un déchirement, à la fois pour elle et pour ses enfants. L’auteur parvient à nous faire ressentir leur détresse, notamment à l’aide de lettres que les enfants envoyaient à leur mère depuis la Russie.

Les deux enfants qu’elle a avec son second époux, Walerian Mroczkowski, ne compenseront pas la perte de ses cinq premiers enfants. Heureusement, elle aura l’occasion de les revoir.

Des descriptions fluides et minutieuses

La princesse de Bakounine est le résultat des travaux de recherche de Lorenza Foschini. L’auteur nous explique comment elle a mené ses recherches et quelles ont été les différentes étapes de son enquête. Cependant, ses descriptions nous donnent parfois l’impression de lire un récit romanesque. Elles nous font plonger dans les scènes qu’a peut-être vécues Zoé Obolenskaïa. Ces descriptions, nourries des nombreuses lectures de Lorenza Foschini sur la princesse et sur Bakounine, sont fluides et et plantent le décor dans l’esprit du lecteur.

“La rencontre entre Zoé et Mikhaïl a lieu dans la dernière pièce, plus petite que les autres. La princesse est assise dans un fauteuil recouvert d’un velours rouge passé. A ses côtés, des dames de la noblesse et des dames de compagnie. Et, debout, des hommes en frac. Ils conversent à voix basse, presque un murmure, dont on saisit des bribes, en français surtout, mais aussi en russe et en italien.

Tout autour, sur les murs tapissés de damas jaune d’or, des grandes toiles de Luca Giordano, Mattia Preti, Francesco Solimena, José de Ribera, dit “Spagnoletto”, s’élèvent les unes au-dessus des autres jusqu’au plafond.

Au centre de la pièce, une table dressée, avec des bouteilles de vodka, des hors-d’oeuvre et un samovar d’où s’échappe l’arôme d’un thé parfumé, semble remettre de l’ordre dans cette atmosphère bigarrée.

La maîtresse de maison est une princesse russe qui sert, avec une grâce innée, une tasse de thé noir à un hôte colossal. L’arôme à tous deux familier marque le début de leur amitié. On imagine comme Zoé a dû tressaillir d’émotion en entendant les premiers mots de Bakounine, qui allaient changer radicalement et pour toujours sa vie : “Princesse, depuis que j’ai conscience de moi-même, je suis révolutionnaire.”” (p.23-24)

Ces descriptions (des lieux, des personnes, des situations) nous aident à mieux cerner la personnalité de la princesse, bien qu’elle reste mystérieuse. Tout au long du livre, nous découvrons Zoé Obolenskaïa à travers les yeux de Bakounine, de ses enfants, des membres de la noblesse russe… Mais que ressentait-elle, qui était-elle vraiment ? Anna Karénine lui ressemble-t-elle tant que ça (on peut trouver de nombreuses différences entre les deux personnages) ? A la fin, la princesse reste une énigme. Et loin de me décevoir, ce constat attise ma curiosité et mon imagination.

La princesse de Bakounine offre un portrait saisissant d’une princesse russe qui ne se sentait pas à sa place et qui, loin de se résigner à son sort, a décidé de transgresser les règles pour vivre comme elle l’entendait. Si le trop d’attention accordée à Bakounine m’a gênée, cet ouvrage n’en reste pas moins un document intéressant sur la société russe de la fin du XIXe siècle et sur les idées nouvelles qui ont changé la vie politique européenne.

Je remercie les éditions de la Table Ronde pour cette belle lecture !

Documents, Essais

[Rentrée littéraire]Plongée dans l’adolescence de Marcel Proust et des jeunes filles en fleurs avec Une jeunesse de Marcel Proust d’Evelyne Bloch-Dano

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Parmi les nombreux ouvrages publiés pendant cette rentrée littéraire se cache cette pépite proustienne. Évelyne Bloch-Dano, auteur de Madame Proust (2004) se penche, dans son dernier livre, sur un questionnaire, mondialement connu sous le nom de “Questionnaire de Proust”. C’est en participant à une rencontre sur Marcel Proust, en 2007, au Grand Hôtel de Cabourg, qu’elle voit la page d’un cahier. Sur cette page figurent les réponses de Marcel Proust au questionnaire. Évelyne Bloch-Dano n’a qu’une envie : lire le reste du cahier et découvrir les réponses des camarades de Proust. Et grâce au directeur du Grand Hôtel, elle peut plonger dans ces pages qui font surgir toute une génération de jeunes gens. C’est de cette lecture que lui vient l’envie de comparer les réponses de Marcel Proust à celles des autres.

“N’étant ni sociologue, ni historienne des mentalités, je me suis donc surtout intéressée à la photographie d’ensemble, d’une part, et à Marcel Proust, de l’autre. L’intérêt n’est pas seulement documentaire. Je n’oublie pas qu’à l’origine de mon projet il y a cette interrogation : le “questionnaire de Proust” est toujours présenté et analysé seul. Qu’en est-il quand on compare les réponses de Marcel à celles de ses congénères ? Est-il vraiment si exceptionnel ? Sa singularité saute-t-elle déjà aux yeux ?” (p.169)

Des “Confessions – an album to record thoughts, feelings, etc,.” au “Questionnaire de Proust

Contrairement à ce que son nom semble indiquer, le questionnaire de Proust n’a pas été inventé par l’écrivain. Marcel Proust n’avait pas non plus pour habitude de poser ces questions à ses proches. C’est son amie, Antoinette Faure (la fille cadette du président de la République Félix Faure) qui s’était amusée à présenter le questionnaire à son entourage dans les années 1880. Le questionnaire s’appelle alors “Confessions – an album to record thoughts, feelings, etc,.”. C’est un petit cahier rouge avec un titre doré, ramené d’Angleterre où ce jeu de société est en vogue. Le titre “Confessions” fait référence à la religion. Répondre aux questions relève du paradoxe : on aborde des questions intimes tout en sachant qu’elles seront lues. Les personnes qui participent à ce jeu sont alors partagées entre l’envie de répondre sincèrement et celle de se donner une posture.

Marcel Proust et Antoinette Faure
Marcel Proust (au centre) et Antoinette Faure (à droite) – Photo trouvée sur le site d’Évelyne Bloch-Dano (lien à la fin de l’article)

Antoinette Faure avait oublié ce cahier rouge jusqu’à ce que son fils, André Berge, le retrouve. Il découvre alors la page de Marcel Proust et la publie en décembre 1924 (deux ans après la mort de l’écrivain) dans une revue qu’il dirige avec son frère, Les Cahiers du mois. En 1949, André Maurois ce sert de ces Confessions pour son livre A la recherche de Marcel Proust. Il utilise également un autre questionnaire : Marcel Proust avait en effet répondu, des années plus tard, à des questions dans un cahier Les confidences de Salon. Au fil des années, ces confidences furent mélangées et appelées “Questionnaire de Proust” et firent le tour du monde. Les magazines posent ces questions à des personnalités, et Bernard Pivot s’en inspire pour son émission Bouillon de Culture.

La presse, la télévision, Internet : les médias démultiplient le questionnaire, le relaient en le modifiant. Mais le petit cahier rouge d’Antoinette Faure n’en garde pas moins sa valeur : en 2003, mis aux enchères à Drouot, il est vendu 120 227 euros.

La jeunesse à la fin du XIXe siècle

Antoinette Faure fait partie de la bourgeoisie. Son père, Félix Faure, est un self-made-man du XIXe siècle à la française : issu d’une famille modeste, il fait fortune au Havre, puis prend part à la politique locale avant d’être élu député et nommé sous-secrétaire d’État (il entre à l’Élysée en 1895). La famille part alors vivre à Paris mais garde une villa au Havre et y séjourne régulièrement. Évelyne Bloch-Dano pose ce contexte pour montrer dans quel milieu vit Antoinette Faure. Cette contextualisation nous aide à comprendre pourquoi, dans son carnet, la cadette des Faure interroge son médecin Victorine Benoît ; sa soeur Lucie Faure ; des cousins et cousines ; et les amis de la bonne société : des enfants des connaissances du couple Faure, dont Marcel Proust fait partie notamment parce que son père Adrien Proust a eu l’occasion de rencontrer Félix Faure dans le cadre de ses travaux sur l’hygiène. Antoinette, en jeune fille bien éduquée, montre son carnet en premier lieu à sa famille et à son entourage proche et ensuite à ses amis.

C’est toute une génération qui reprend vie sous la plume d’Évelyne Bloch-Dano. L’auteur nous offre un portrait de la jeunesse de cette époque, une jeunesse marquée par la défaite de 1870 et par la Commune. Napoléon, Vercingétorix et Saint Louis font partie de leurs héros dans la vie réelle. Ces réponses, fortement influencées par l’enseignement de l’Histoire rendu obligatoire dès 1867, traduit une certaine idée de la France qu’ont ces jeunes. Leurs réponses à des questions sur la culture (auteurs et peintres préférés, héros dans la fiction notamment) illustrent leur connaissance des classiques et des artistes contemporains. Leurs lectures sont à la fois scolaires et personnelles et montrent leur grande curiosité.

Si les filles répondent sérieusement aux questions, et parfois en plusieurs langues, les garçons, eux, ont plutôt tendance à se moquer du jeu, à prendre de la distance et à répondre avec beaucoup d’humour.

Exemple avec Robert Dreyfus, un proche de Marcel Proust, élève comme lui au lycée Condorcet et habitué des jardins des Champs-Élysées :

“Votre occupation favorite : l’occupation du Tonkin.”

“Héroïne dans la fiction : Nana.”

“Héroïne dans la vie réelle : Mme Limouzin.” (une tenancière de maison close)

Et Proust ? Ses réponses ressemblent-elles à celles de ses camarades ?

Proust et les autres

Marcel Proust a 16 ans lorsqu’il répond au questionnaire d’Antoinette Faure. Mais il fait déjà preuve d’une grande maturité. Évelyne Bloch-Dano résume ainsi ses réponses :

“Ses réponses nous ont montré un garçon différent des autres. Elles ont confirmé la maturité de sa réflexion, son goût des nuances, sa délicatesse, son besoin de tendresse, son affectivité, son attachement à sa mère et aux valeurs transmises par celle-ci. Il a pris les questions au sérieux, contrairement à ses camarades, et fait preuve d’un certain courage car il est toujours plus facile de se cacher derrière l’humour ou la dérision. Mais des jeunes de son âge peuvent y voir de la “pose” – reproche qui lui sera souvent adressé. Plusieurs réponses le rapprochent des filles, soit parce qu’il les fréquente davantage, soit parce que ses goûts, hérités de sa mère et de sa grand-mère, font vibrer une sensibilité identique. Je trouve touchant qu’il ait vraiment essayé de répondre et fait de ces questions assez banales une véritable interrogation sur la vie, sur ses valeurs, sur la culture. C’est le propre de l’intelligence que de donner du sens à ce qui parfois n’en a pas pour le commun des mortels.” (p.220)

L’auteur revient alors sur l’adolescence de Marcel Proust et sur les moqueries qu’il subit de la part de ses camarades du lycée. Les jeunes hommes rient de sa sensibilité et devinent son homosexualité. Marcel, lui, ressent déjà un besoin qu’il exprimera dans le cahier Les Confidences de salon, le deuxième questionnaire auquel il a répondu, des années après celui d’Antoinette Faure :

“Votre idée du bonheur : aimer et être aimé.”

Une autre réponse en particulier dans le cahier d’Antoinette Faure illustre l’extrême sensibilité et la grande franchise de Marcel Proust :

“Your idea of misery : être séparé de maman.”

Quel adolescent de 16 ans oserait avouer une telle crainte ? Marcel, tout à son envie de répondre sincèrement au cahier de son amie Antoinette Faure, se confie. Il fait référence à plusieurs reprises à un idéal (“Where would you like to live ? : au pays de l’idéal, ou plutôt de mon idéal”).

Si ses camarades sont tout aussi cultivés que lui, Marcel Proust se différencie par le sérieux qui définit ses réponses et par sa sensibilité. Il ne savait pas que, bien des années plus tard, ses confidences seraient analysées pour mieux connaître le grand écrivain qu’il était devenu.

Réponses de Marcel Proust au questionnaire d'Antoinette Faure
Les réponses de Marcel Proust dans le cahier d’Antoinette Faure – Photo trouvée sur le site d’Évelyne Bloch-Dano (lien à la fin de l’article)

Une jeunesse de Marcel Proust : un document passionnant

  • J’ai aimé lire les recherches d’Évelyne Bloch-Dano et découvrir avec elle qui et comment étaient les jeunes gens qui ont connu Marcel Proust lors de son adolescence. Dans ce livre, on en apprend également sur l’éducation des jeunes filles et sur les perspectives d’avenir qui s’offraient aux jeunes femmes de la bourgeoisie (le mariage ou le travail, mais pas les deux en même temps ; en règle générale, lorsqu’une femme choisissait de se consacrer à un métier, elle restait célibataire). C’est toute une génération et une société qui surgissent sous la plume de l’auteur. Elle nous offre une plongée dans la bonne société, régie par des règles, avec des habitudes de vie et des rituels particuliers, comme les séjours récurrents en Normandie par exemple. On retrouve beaucoup de ces aspects dans A la recherche du temps perdu (notamment dans le comportement des jeunes filles en fleurs), ce qui fait du livre d’Évelyne Bloch-Dano un document qui ouvre une porte sur l’œuvre de Marcel Proust et qui permet de mieux l’appréhender. Une jeunesse de Marcel Proust est aussi le récit d’une enquête sur un questionnaire partagé à travers le monde mais dont l’histoire reste peu connue. C’est un livre qui ravira les lecteurs de Proust mais aussi ceux qui souhaitent plonger dans la vie de la bourgeoisie à la fin du XIXe siècle.

Les photos illustrant cet articles viennent du site d’Évelyne Bloch-Dano.

Un grand merci aux éditions Stock qui ont accepté de m’envoyer cet ouvrage !