Documents, Essais

Explorer le monde avec l’Atlas Obscura

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« 650 lieux étranges et merveilleux à explorer ». Il n’en fallait pas plus pour me donner envie de plonger dans l’Atlas Obscura proposé par les éditions Marabout. Et comme parfois j’ai de la chance, je l’ai gagné grâce au site Lecteurs.com.

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En quelques mots, la présentation de l’atlas a su capter mon attention et provoquer ma curiosité. Mystère, étrange, merveilleux, secrets… ce sont des mots qui me parlent (surtout à mon imagination !).

Les auteurs de l’Atlas Obscura nous présentent des endroits à visiter, hors des sentiers battus  et des lieux présentés dans les guides habituels. Classés par continents et sous-classés par pays, ces lieux sont de tous genres : temples, musées (souvent macabres), châteaux et monuments, aires naturelles, cimetières, architecture insolite, collections extraordinaires, rituels et rites…  Ils permettent de découvrir des faces cachées des pays. Les explications sont toujours intéressantes : en quelques lignes, les auteurs nous apprennent des  coutumes des populations et des épisodes historiques peu connus. C’est parfait pour apprendre de manière ludique.

Quelques exemples : un temple bouddhiste construit avec des bouteilles de bière en Thaïlande, un musée des relations rompues en Croatie (avec notamment des lettres et une hache dont une femme s’est servie pour briser les meubles de son ex), le dernier pont de corde inca au Pérou (qui ressemble aux ponts qu’on peut voir dans les Indiana Jones par exemple), des centrales nucléaires abandonnées, et…le buste de Lénine en Antarctique !

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On peut se servir de l’Atlas Obscura pour préparer ses prochaines vacances mais aussi pour découvrir le patrimoine de zones géographiques difficilement accessibles. Les nombreuses illustrations et cartes en font un ouvrage agréable à feuilleter. Avec son index par thème et son index alphabétique, c’est aussi un livre pratique qui permet de retrouver des lieux facilement. Il plaira aux aventuriers intrépides comme aux curieux.

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Le souffle d’octobre 1917 – Bernard Pudal et Claude Pennetier

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2017 est l’année du centenaire de la révolution russe. Certains parlent de révolutions russes au pluriel, parce qu’il y a d’abord eu le renversement du tsar en février, puis la prise du pouvoir par les bolcheviks en octobre. Si le titre de l’ouvrage parle du « souffle d’octobre 1917 », c’est parce que, comme le sous-titre « L’engagement des communistes français » l’indique, il s’intéresse au régime communiste et à l’engouement qu’il a provoqué en France.

Tout ce qui concerne la Russie me passionne, aussi, dès que je vois un livre traitant de ce pays, je ne résiste pas. Quand j’ai vu cet ouvrage dans la liste des livres proposés par Babelio lors du dernier Masse critiques, j’ai sauté sur l’occasion. Le livre de Pudal et Pennetier réunit deux aspects qui m’intéressent : l’histoire de l’URSS et l’étude du Parti communiste français (PCF) (mes études en science politique jouent beaucoup dans cet intérêt !).

La question à laquelle tente de répondre le livre est : pourquoi, en France, tant de personnes d’horizons divers ont adhéré à la discipline du PCF, imposée par Moscou ? Si l’on s’intéresse à ces engagements militants à travers notre regard, l’adhésion au parti peut nous sembler étrange, voire risible. Quoi, des gens ont cru au projet soviétique ? sommes-nous tentés de nous demander avec un accent moqueur dans la voix. Alors qui étaient-ils ? Des utopistes qui ne voyaient pas la répression mise en place par le Parti communiste, ou qui ne voulaient pas la voir ? Certains auteurs ont répondu en parlant d’illusion : les militants étaient aveuglés par la propagande communiste. Cette thèse ne paraît pas satisfaisante aux yeux des auteurs.

Pour répondre à la question de l’engagement des militants français, les deux auteurs se sont penchés sur des documents d’une grande richesse : des notices biographiques rédigées par les militants. Ceux-ci devaient en effet répondre à des questionnaires établis par Moscou. Les catégories de questions sont les suivantes : origine et situation sociale ; situation de parti ; instruction et développement intellectuel ; participation à la vie sociale ; répressions subies et casier judiciaire.

Recueillis par le PCF, les documents étaient ensuite envoyés illégalement à Moscou. Le but était de contrôler les militants et de savoir lesquels pouvaient constituer des sources d’ennuis, comme des militants qui se révéleraient être des taupes par exemple. Mais Moscou se sert aussi de ces autobiographies pour valoriser les bons éléments. Ce sont donc des évaluations qui permettent au Parti de contrôler ce qui se passe au-delà des frontières de l’URSS. Pour les auteurs, ces documents sont riches d’enseignement.

« Ce qui caractérise ce questionnaire, c’est donc son extrême précision qui n’a pas seulement un sens policier ou politique mais aussi une dimension sociologique. » (p.53)

Dimension sociologique parce qu’il faut « constater la diversité des trajectoires conduisant au PC, la singularité de chaque destin militant, mais aussi la pluralité des rapports au « Parti », du fidéisme sans faille au doute dévastateur ». (p.19)

C’est ce qu’étudient dans ce livre les auteurs. Les documents reposaient en Russie mais ont été mis à la disposition des chercheurs il y a quelques années. Ces archives ont fait l’objet d’un travail de dépouillement de 1992 à 2014. C’est donc un important travail qui a été effectué pour analyser les documents. Je tenais à le préciser parce que c’est un travail de fourmi qui fait de ce texte un document de référence.

Après des explications générales sur l’importance de ces autobiographies, que les auteurs mettent en lumière avec l’histoire du PC, viennent des parties thématiques constituées d’informations et de la retranscription de notices biographiques. La lecture des réponses des adhérents est passionnante. Nous plongeons dans l’histoire de ces hommes et de ces femmes venant de tous les horizons. Ces derniers sont mis en évidence par les parties thématiques : nous découvrons donc des anarchistes, des ouvriers, des syndicalistes, des paysans, des Juifs, des Algériens, des catholiques, des intellectuels… Leurs réponses aux questionnaires nous renseignent sur leurs motivations et leurs rapports au Parti.

Les aspirations sont diverses. Lutte contre le capitalisme. Défense des droits des ouvriers et des ouvrières. Souhait d’une société plus juste et équitable. Défense des minorités. Pour certains, c’est la volonté de faire partie d’un groupe qui les motive. Il faut savoir que le Parti communiste français n’encadrait pas seulement ses membres pour les questions politiques mais les accompagnait dans tous les aspects de leur vie. C’était pour beaucoup d’entre eux bien plus qu’un parti politique. Les témoignages nous permettent d’en savoir plus sur ce qu’apportait le PCF à ces militants.

Le souffle d’octobre 1917 est donc une petite mine d’or, un concentré d’archives passionnantes savamment éclairées par des explications très intéressantes. L’ouvrage peut plaire aux politistes et historiens mais aussi à un plus large public puisque les auteurs contextualisent les témoignages.

A mettre entre les mains des curieux qui se demandent pourquoi octobre 1917 a provoqué un tel engouement en France !

Je remercie Babelio et les éditions de l’Atelier pour cette belle découverte.

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Documents, Essais·Romans

La guerre et la paix de Tolstoï #1 – Entre roman et traité d’histoire

J’ai lu La guerre et la paix.

Mais que dire après avoir fait ce constat ? Que dire après avoir ressenti, avouons-le, une certaine fierté d’être venue à bout de ces nombreuses pages ? On en a déjà tellement dit sur cette fresque passionnante. Alors, après ma lecture, une question m’a occupé l’esprit : que pourrai-je dire de ce livre ? Et après y avoir longuement réfléchi, la réponse est : beaucoup de choses. Il y a plusieurs aspects que je souhaiterais traiter et c’est pourquoi je vais réserver plusieurs articles à Guerre & Paix.

Pour ce premier article, abordons le genre de La guerre et la paix.

Entre roman et traité d’histoire

Je me suis lancée dans la lecture de Guerre et Paix en croyant que c’était un roman. Un grand roman dans lequel je suivrai des familles sur plusieurs années. Mais ce n’est pas un roman à part entière. Je fus assez surprise de lire, après quelques chapitres, des pages sur la stratégie militaire et le sens de l’Histoire. Ce sont des pages qui sortent complètement du récit pour aborder des points théoriques.

« Qu’est-ce que La guerre et la paix ? Ce n’est pas un roman, moins encore un poème, moins encore une chronique historique. La guerre et la paix est ce qu’a voulu et a pu exprimer l’auteur dans la forme où cela s’est exprimé. » (Tolstoï)

Des intrigues romanesques

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Moscou en 1800, par Fedor Yakovlevich Alekseev

L’incipit nous fait entrer de plain-pied dans un salon bien connu de la haute société pétersbourgeoise : celui d’Anna Pavlovna Scherer, demoiselle d’honneur de l’impératrice douairière. La conversation tourne, comme souvent depuis quelques temps, autour de Napoléon, qu’on appelle « Buonaparte » pour montrer qu’on ne l’apprécie guère. Le ton est donné : Guerre et Paix traite des guerres napoléoniennes. De 1805 à 1820, nous suivons plusieurs familles de l’aristocratie russe dont les jeunes fils participent aux conflits qui rythment ce début XIXe siècle.

Difficile de ne pas se perdre, au début, avec tous ces personnages qui gravitent dans la société et sur le champ de bataille. Les présenter un à un serait laborieux, pour vous comme pour moi. Mais présentons quelques uns d’entre eux. Pierre Bézoukhov, de retour d’une dizaine d’années passées en Europe, a du mal à se faire aux mœurs russes et n’hésite pas à parler des idées révolutionnaires qui ont forgé sa pensée. Ce n’est bien sûr pas du goût de tous, d’autant plus que Pierre a été conçu hors mariage. Un homme de peu, en somme, bien que la fortune de son père soit considérable. Personne ne croyait que l’héritage de celui-ci reviendrait à son fils illégitime, c’est pourtant ce qui arrive. Et comme l’argent rend sympathique, Pierre, désormais comte Bézoukhov, se retrouve entouré d’amis. Il peut heureusement compter sur André Bolkonsky, dont le père a multiplié les exploits militaires sous le règne de Catherine II. André, marié depuis peu, est sur le point de devenir père. Il n’a pourtant qu’une envie : rejoindre le champ de bataille. Il emmène sa femme, Lise, à Lyssia Gory, la propriété de son père (Nicolas, prince Bolkonsky). Lise y retrouve Marie, la soeur d’André, martyrisée par son père tyrannique. Marie est la femme que les grandes familles veulent comme belle-fille, à cause de la fortune de son père. Parmi ces familles, il y a les Rostov. Nicolas et Natacha, l’aîné et la cadette des enfants, font le bonheur de leurs parents et sont appréciés de tous. Le comte et la comtesse Rostov comptent sur leur fils pour faire un beau (entendez riche) mariage et renflouer leurs dettes. Mais Nicolas est depuis longtemps amoureux de sa cousine Sonia et lui a promis de l’épouser. Quant à Natacha, c’est une jeune fille vive, positive, qui aime tout le monde et tombe amoureuse à de multiples reprises. Elle vit chaque instant intensément, ne cachant pas ses émotions. Elle représente la bouffée d’air frais dont ont besoin les Russes lorsque les défaites arrivent.

Tous ces personnages se rencontrent, en rencontrent d’autres, grandissent, et vivent les guerres napoléoniennes de différentes manières.

André Bolkonsky est mon personnage préféré. Son parcours donne à Guerre et Paix la dimension d’un roman d’apprentissage. Ses convictions sur la guerre et sur la manière dont on mène une bataille évoluent au fil des années et de son expérience sur le front. Voir la mort de près agit sur lui comme une révélation. Sombre et peu enclin aux plaisirs, il s’ouvre au monde en trouvant l’amour, mais c’est le pardon qu’il accorde à un ennemi qui lui fait prendre pleinement conscience de ce que la vie peut offrir. André est, à mon avis, le personnage le plus travaillé et le plus abouti de l’œuvre.

Guerre et Paix, c’est l’histoire de tous ces personnages. Une petite histoire qui s’inscrit dans la grande. Qu’ils soient les jouets du destin ou des personnages agissant librement, dans tous les cas, la politique les empêche de suivre le chemin qu’ils s’étaient tracé.

Une réflexion sur la guerre et l’Histoire

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Bataille de la Moskowa, par Louis-François Lejeune

Le récit sur les familles russes est régulièrement coupé par des considérations sur la guerre et le sens de l’Histoire. En Russie, Napoléon provoque des sentiments contradictoires. Il y a ceux qui le respectent pour avoir diffusé dans toute l’Europe l’esprit issu des Lumières (il faut par ailleurs savoir qu’en 1814 et en 1815, la Russie a occupé la France et le tsar Alexandre Ier s’est installé en France. La cohabitation entre les Français et les Russes s’est en règle générale bien passée et beaucoup de Russes ont voulu apporter dans leur pays ce qu’ils avaient vu en France). Et il y a ceux qui ne peuvent pas le voir en peinture. Tolstoï semble figurer dans la seconde catégorie. Dans Guerre et Paix, Tolstoï décrit Napoléon comme s’il n’était qu’un simple personnage, et nie le rôle qu’a pu jouer l’empereur dans les succès de l’armée française et de ses alliés. Mais loin d’être totalement chauvin, il fait de cette idée une thèse générale : qu’ils soient français ou russes, les décideurs n’ont pas eu l’importance qu’on leur prête en ce qui concerne les grandes batailles de notre Histoire. Mais alors, qui a eu le pouvoir de faire basculer les événements ? Qui a fait en sorte que les Français gagnent alors que tout les poussait à perdre, et inversement ?

Tolstoï évoque l’importance des soldats qui, réunis, forment une marée humaine capable de tout détruire. Mais après de multiples considérations, il en vient à sa conclusion et expose sa théorie : on ne peut pas expliquer les raisons d’une défaite ou d’une victoire parce que c’est une force indéfinissable qui les a provoquées.

« L’ensemble des causes d’un phénomène est inaccessible à l’intelligence humaine, mais le besoin de rechercher ces causes est inscrit dans l’âme de l’homme.[…] Il n’y a pas et ne peut y avoir de causes d’un événement historique en dehors de l’unique cause de toutes les causes. »

On peut y voir une théorie du déterminisme, de la fatalité. Quand on croit que Napoléon et Alexandre Ier ont pris des décisions qui ont influencé le cours de l’Histoire, Tolstoï nous dit qu’en réalité, ces décisions étaient indépendantes de leurs volontés. Elles leurs auraient été imposées par une force que Tolstoï ne peut pas nommer.

« De même qu’on ne peut répondre à la question : « quand fut décidé l’abandon de Moscou ? » on ne peut pas répondre à la question « quand et par qui fut prise la décision d’aller à Taroutino ? » C’est seulement lorsque les troupes arrivèrent à Taroutino sous l’action d’innombrables forces différentielles que les hommes se persuadèrent qu’ils l’avaient voulu et prévu depuis longtemps. »

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L’incendie de Moscou, par Viktor Mazurovsky

Si vous décidez de vous lancer dans la lecture de ce chef d’œuvre, attendez-vous à y trouver des pages sur les stratégies militaires et sur l’Histoire. Guerre et Paix est un savant mélange de fiction et de réflexion, et ne peut pas être rangé dans un seul genre littéraire. C’est une grande fresque réaliste que nous propose Tolstoï. Il nous décrit dans les moindres détails les sentiments qui animent les personnages et les scènes de guerre qui s’offrent à leurs yeux. Si je me suis parfois perdue dans le nom des nombreuses batailles, j’ai tout de même gardé le plaisir de lire ce grand livre.

Documents, Essais

Flamboyant Second Empire – Xavier Mauduit et Corinne Ergasse

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Visconti présente le projet d’achèvement du Louvre à Napoléon III et Eugénie en 1853, Ange Tissier, 1865, musée du château de Versailles

Le Second Empire souffre d’une mauvaise réputation. Il reste marqué par un coup d’État sanglant et des générations d’élèves ont découvert Napoléon III à travers les poèmes du recueil Les Châtiments de Victor Hugo. Le surnom de l’empereur, Napoléon le petit, a traversé les siècles. Généralement, le Second Empire est associé à un régime autoritaire, à des dépenses pharaoniques liées au rythme de vie de la famille impériale, à des répressions sanglantes et à la misère du peuple. Pourtant, cette période a été aussi celle des découvertes médicales, des innovations techniques, de l’industrialisation, et d’autres avancées. C’est ce que mettent en avant Xavier Mauduit et Corinne Ergasse dans Flamboyant Second Empire.

Pas de jugement moral sur cette période dans ce livre. Les auteurs ne prennent pas parti pour ou contre Napoléon III et ceux qui l’ont entouré à la tête de l’empire. L’ouvrage est divisé en huit parties thématiques : le quotidien ; l’urbanisme ; sciences et techniques ; économie ; culture, littérature et beaux-arts ; éducation et idées ; santé et social ; et politique. Ces parties constituent une description assez complète de la période et permettent au lecteur d’en comprendre les grandes lignes. On y retrouve les grandes dates et pour chacune d’entre elles, deux encadrés : le saviez-vous ? & Et ailleurs.

Les pages de ce livres regorgent d’anecdotes passionnantes. On y apprend des choses sur l’électricité, sur les transports, sur l’hygiène et les maladies, sur le canal de Suez, sur l’art, la presse, et j’en passe. Qu’on connaisse déjà bien la période ou non, on peut prendre plaisir à lire ce livre. Le ton des auteurs n’y est pas pour rien. Les faits sont présentés avec humour et de nombreux jeux de mots se cachent derrière les explications. C’est donc une lecture agréable et légère qui nous fait plonger dans une période charnière : celle de l’entrée de la France dans la modernité.

A lire d’une traite ou à feuilleter, Flamboyant Second Empire est un ouvrage de vulgarisation historique à la fois sérieux et drôle qui plaira aux passionnés et aux curieux.

“Quel foisonnement que cette période ! Politique, économie, arts et culture, urbanisme, architecture, éducation : innovations, inventions, idées nouvelles, ont vu le jour sous l’égide de femmes et d’hommes d’exception. Les voici, pêle-mêle, dans un incroyable cortège loin d’être exhaustif, certains étant passés à la postérité et d’autres quelque peu oubliés : les Becquerel (Antoine et Edmond, puis Henri), Louis Pasteur, Auguste Comte, les frères Pereire, Eugène Haussmann, le duc de Morny, Charles Frederick Worth, mais aussi George Sand, Gustave Flaubert, Charles Baudelaire, Dumas père et fils, Jacques Offenbach, Emile Gaboriau, Claude Monet, Auguste Renoir, Edouard Manet, Edgar Degas sans oublier Sarah Bernhart, la Païva, ou Marie Duplessis, l’impératrice Eugénie et bien sûr Napoléon III…” (p.12)

“L’homme (Napoléon III) est pourtant bien plus complexe que l’image caricaturale qui en a été faite. Il défendait les idées napoléoniennes bien sûr et dès 1844, le futur empereur avait rédigé un ouvrage sur l’Extinction du paupérisme. Arrivé au pouvoir, il mit en pratique ses longues années de réflexion pour améliorer la vie de ses concitoyens. Sous son autorité, la France connaît des transformations spectaculaires et grandioses, offrant le paysage urbain que l’on peut admirer encore aujourd’hui. Le baron Haussmann transforme Paris, les grandes villes profitent des améliorations techniques, les campagnes sont prospères, le chemin de fer traverse la France et l’utilisation du télégraphe devient une évidence. Un Français qui aurait quitté son pays en 1851 et n’y serait revenu qu’en 1870 aurait été stupéfait des changements. C’est d’ailleurs le cas de Victor Hugo. Figure de la victime posée sur l’île de Guernesey, il a assisté de loin à ce tourbillon d’inventions et d’innovations qui ont été le quotidien des Français pendant le Second Empire et dont l’empereur fut souvent le concepteur ou le fervent soutien.” (p.13)

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Passionnée par le Second Empire, je suis ravie d’avoir découvert ce livre. Un grand merci à l’équipe de Babelio et aux éditions Armand Colin !

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Premières lignes #2

Image premières lignesIl y a un peu plus d’un mois, je participais pour la première fois aux rendez-vous « Premières lignes » de Ma lecturothèque. Depuis, j’ai lu un nouvel essai. Sa lecture m’a pris du temps, parce que son nombre de pages est assez conséquent (700) mais aussi parce que c’est une lecture qui nous pousse à réfléchir. Cet essai, c’est Cosmos, de Michel Onfray.  Le titre nous renseigne d’office sur la volonté de l’auteur : parler de l’univers. Michel Onfray pratique une philosophie matérialiste, c’est-à-dire qu’il s’attache à ce qui est, la matière : la réalité, c’est la matière. Les premières lignes de Cosmos (la préface) relatent un événement personnel de la vie de l’auteur : la mort de son père. On devine alors que son livre ne sera pas un exposé de principes philosophiques abstraits, mais un ouvrage ancré dans le réel et qui se fonde sur ce que l’auteur vit, voit, sent, goûte, entend et touche.

« Préface

La mort

Le cosmos nous réunira

Mon père est mort dans mes bras, vingt minutes après le début de la nuit de l’Avent, debout, comme un chêne foudroyé qui, frappé par le destin, l’aurait accepté, mais tout en refusant de tomber. Je l’ai pris dans mes bras, déraciné de la terre qu’il avait soudainement quittée, porté comme Énée porta son père en quittant Troie. Ensuite, je l’ai assis le long d’un mur, puis, quand il fut clair qu’il ne reviendrait pas, je l’ai allongé de toute sa longueur sur le sol, comme pour l’aliter dans le néant qu’il semble avoir rejoint sans s’en apercevoir.

En quelques secondes j’avais perdu mon père. Ce que j’avais si souvent craint était arrivé, en ma présence. Je ne suis jamais parti donner des conférences en Australie ou en Inde, au Japon ou aux États-Unis, en Amérique du Sud ou en Afrique noire sans penser au fait qu’il aurait pu mourir pendant mon absence. Je songeais alors avec effroi qu’il m’aurait fallu faire un long retour en avion vers lui en le sachant mort. Or, il mourrait, là, avec moi, dans mes bras, seul à seul. Il profitait de ma présence pour quitter le monde en me le laissant. »

Dès ces premières lignes, j’ai trouvé la plume de Michel Onfray très agréable à lire. Avec cette préface, on se rend compte qu’on entre dans un livre très personnel, où l’auteur a mis beaucoup de lui. L’ouvrage contient des évocations de sa vie et nous montre que la philosophie nous accompagne à chaque instant. L’auteur a un don pour rendre chaque chose passionnante. J’ai dévoré les pages sur le parcours des anguilles et ai été frappée par ce que j’ai lu dans un chapitre consacré à ce qu’on appelle l’art africain. A travers cinq grandes parties (le temps, la vie, l’animal, le cosmos, le sublime), Michel Onfray nous aide à contempler le monde, avec une idée : « Le livre n’est grand que lorsqu’il apprend à se passer de lui, à lever la tête, à sortir le nez du volume pour regarder le détail du monde qui n’attend que notre souci » (p.37). Ce livre m’a vraiment aidée à ouvrir les yeux sur ce qui m’entoure. J’ai eu des révélations en le lisant, des moments où je posais le livre et où je me disais « Mais oui, pourquoi n’y avais-je jamais pensé ?! ».

Cosmos fait partie d’une trilogie dont le deuxième volume sera en librairie en 2017. Une certitude : je le lirai. Et je lirai aussi d’autres ouvrages de Michel Onfray. Sa manière d’aborder la philosophie est passionnante, bien loin des concepts que l’on nous oblige à apprendre par cœur sans vraiment les comprendre durant nos parcours scolaires et/ou universitaires.

Avez-vous déjà lu un livre de Michel Onfray ? Qu’en avez-vous pensé ?

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Premières lignes #1

Cette semaine, je rejoins Ma lecturothèque dans son rendez-vous « Premières lignes ». Le principe est simple : prendre un livre, et vous citer ses premières lignes. J’ai décidé d’axer ce rendez-vous sur mes lectures d’essais. J’espère que ce rendez-vous m’encouragera à en lire plus. Je ne participerai donc pas toutes les semaines mais en fonction des livres dont je pourrai vous parler.

Pour cette première participation, je vais vous parler d’un livre que l’on nous recommande souvent en science politique. Un incontournable. Un des livres de chevet du politiste. C’est Principes du gouvernement représentatif de Bernard Manin. Non non, ne vous sauvez pas, c’est un livre qui peut être lu par tout le monde ! Pas besoin de faire des études de science politique pour le comprendre.

Dans cet ouvrage, Bernard Manin interroge l’histoire politique pour savoir pourquoi et comment nous en sommes arrivés à considérer que l’élection était le meilleur moyen pour désigner nos gouvernants. Le texte est chronologique. Nous partons de l’Antiquité (grecque et romaine) pour arriver à notre crise de représentation actuelle. La partie que je préfère dans cet essai est celle sur la Grèce antique. Bernard Manin y explique le fonctionnement du tirage au sort. Tous les détails du processus y sont expliqués de manière claire. Pourquoi le tirage au sort n’est-il pas envisagé au XVIIIe siècle ? C’est le sujet de ce livre passionnant qui nous pousse à nous interroger sur ce qui nous semble aller de soi, comme l’utilisation du mot « démocratie » pour désigner notre système représentatif. Mais trêve de bavardages, place aux premières lignes !

« Les démocraties contemporaines sont issues d’une forme de gouvernement que ses fondateurs opposaient à la démocratie. L’usage nomme « démocraties représentatives » les régimes démocratiques actuels. Cette expression, qui distingue la démocratie représentative de la démocratie directe, fait apparaître l’une et l’autre comme des formes de la démocratie. Toutefois, ce que l’on désigne aujourd’hui sous le nom de démocratie représentative trouve ses origines dans les institutions qui se sont progressivement établies et imposées en Occident à la suite des trois révolutions modernes, les révolutions anglaise, américaine et française. Or, ces institutions n’ont nullement été perçues, à leurs débuts, comme une variété de la démocratie ou une forme du gouvernement par le peuple.

Rousseau condamnait la représentation politique par des formules péremptoires qui sont demeurées célèbres. Il dépeignait le régime anglais du XVIIIe siècle comme une forme de servitude ponctuée par de brefs instants de liberté. Rousseau voyait une immense distance entre un peuple libre se donnant à lui-même sa loi et un peuple élisant des représentants pour faire la loi à sa place. Mais il faut noter que les partisans de la représentation, même s’ils faisaient un choix opposé à celui de Rousseau, apercevaient également une différence fondamentale entre la démocratie et le régime qu’ils défendaient, régime qu’ils nommaient « gouvernement représentatif » ou encore « république ». »

N’hésitez pas à me dire ce que vous pensez de ce rendez-vous et si mon idée de vous présenter les essais que je lis vous plait !manin

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