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Estelle, disparue : un documentaire France Culture qui ne laisse pas indifférent

Estelle, disparueUn documentaire France Culture, par Michel Pomarède

Estelle Mouzin avait 9 ans lorsqu’elle a disparu, en janvier 2003. Aujourd’hui, elle a/aurait dû avoir 24 ans. Nous avons, elle et moi, un an de différence. Comment ne pas se sentir touchée par cette histoire ? J’avais 10 ans lorsqu’elle a disparu, et je me souviens de la photo de cette petite fille brune au pull rouge. Quatorze ans plus tard, c’est toujours le flou. Personne ne peut dire ce qui s’est passé le 9 janvier 2003. Parfois, de nouvelles pistes redonnent de l’espoir, mais elles ne mènent pas vers Estelle.

Je n’aime pas les émissions sur des enquêtes criminelles. Le ton des présentateurs, les images, la musique…tout me fait peur (je suis une froussarde sur ce point). Mais le feuilleton de France Culture sur Estelle Mouzin m’a tout de suite plu. J’ai entendu le premier épisode par hasard, puis chaque semaine j’ai téléchargé les podcast dès qu’ils étaient disponibles. L’émission ne joue pas sur le sensationnel ni sur le pathos. Elle est touchante par sa sobriété. Chaque semaine, France Culture propose un chapitre thématique composé de 5 épisodes de 10 minutes chacun. Ces épisodes peuvent être téléchargés avant leur diffusion à la radio dans le cours de la semaine.

Les chapitres disponibles sont les suivants :

1/La mobilisation

2/L’enquête de la police

3/La contre-enquête des avocats

4/Le combat d’un père

5/Le regard des journalistes

6/Le travail des associations

Chaque épisode est l’occasion d’entendre des personnes ayant un lien avec l’affaire mais aussi de re-découvrir des archives d’émissions qui ont été diffusées tout au long de ces 14 années. “Estelle, disparue” nous fait plonger dans l’enquête et dans les arcanes judiciaires et médiatiques. Et au milieu de tout ça, il y a une famille. La personne que nous entendons le plus, parmi les proches d’Estelle Mouzin, est son père. Il a souhaité dès le début médiatiser la disparition d’Estelle, dans le but de la retrouver plus facilement. C’est avec beaucoup de pudeur qu’il revient sur ces années de recherche et sur ce que la disparition de sa fille a changé. C’est touchant de l’entendre parler d’Estelle, de l’entendre évoquer les bons moments qu’il a vécus avec elle, et les moments qu’il voudrait vivre à ses côtés. Eric Mouzin est un homme engagé et se bat pour que les techniques de recherche d’enfants disparus s’améliorent. Il s’est notamment battu pour la mise en place de l’alerte enlèvement.

L’émission nous fait re-vivre l’enquête et la diversité des points de vue nous aide à y voir plus clair sur le rôle joué par chacun. Faire les entretiens 14 ans après la disparition d’Estelle permet à chacune des personnes interrogées de prendre du recul et de réfléchir à ce qui a été fait et à ce qui a manqué. Chez toutes ces personnes, on retrouve la difficulté de ne pas trop s’impliquer émotionnellement dans l’affaire. Certaines évoquent la nécessité de mettre une barrière pour ne pas être détruites psychologiquement, mais cette barrière est bien peu de chose quand on prend part à une telle enquête.

La disparition d’Estelle a marqué toutes les personnes interrogées dans l’émission. Quatorze ans plus tard, l’enquête n’est pas terminée. Il y a eu une forte mobilisation, mais aussi des lacunes et des erreurs dans la recherche de la petite fille. Est-elle vivante ? Où est-elle ? Que s’est-il passé ? Ces questions reviennent dans chaque épisode. L’exemple de Natacha Kampusch est cité à plusieurs reprises pour montrer qu’on ne peut pas abandonner la recherche d’Estelle car il y a toujours l’espoir qu’elle soit vivante. On touche alors à la question du deuil, impossible à faire dans ce cas.

Ce feuilleton permet d’apprendre beaucoup de choses sur les enquêtes sur les disparitions d’enfants, sur la vie d’une famille après un tel drame et sur l’impact sur la société. Bien que des membres de la famille d’Estelle se confient, il n’y a aucun voyeurisme dans cette émission. Michel Pomarède (qui réalise ce feuilleton et les entretiens) ne pose pas de questions trop personnelles, mais il sait faire parler les personnes, simplement. J’apprécie tout particulièrement la place laissée aux silences. Parfois, l’absence de mots en révèle bien plus que de longues phrases. Ces silences nous disent toute la souffrance avec laquelle vivent les proches d’Estelle et les personnes concernées par l’enquête.

Il reste deux chapitres mais sais d’avance que ce sera trop court et que j’en voudrais plus parce qu’il y a énormément de choses à dire sur Estelle Mouzin et sur l’impact de sa disparition. En attendant la fin, je vous recommande vivement ce feuilleton qui ne laisse pas indifférent.

Le lien : Estelle, disparue

Vous pouvez aussi télécharger les épisodes en passant par l’application RF Podcast.

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