Cinéma·Politique&Culture·Un hiver en Russie

Guerre et paix de Sergueï Bondartchouk ou comment vaincre Napoléon en pleine Guerre froide

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Après avoir lu Guerre et paix l’année dernière, je voulais retrouver les personnages qui m’avaient fait vivre tant d’aventures à travers les adaptations cinématographiques et télévisées. J’ai tenu deux ou trois minutes devant l’adaptation de King Vidor (avec Audrey Hepburn). Le film réécrit l’histoire dès les premières secondes : ça ne m’allait pas, non, je voulais une adaptation fidèle. J’ai regardé le premier épisode de la série tv réalisée par Tom Harper pour la BBC (2016, avec notamment Lily James et James Norton). Je n’ai pas poursuivi. Malgré le décor (des scènes ont été tournées dans le Palais d’Hiver à Saint-Pétersbourg), je n’ai pas accroché à cause des acteurs qui ne correspondaient pas à l’idée que je me faisais des personnages. J’apprécie Lily James, je l’ai notamment trouvée très bien dans Les heures sombres dernièrement, mais elle ne me paraissait pas convaincante en Natacha Rostov.

Heureusement pour moi, ce ne sont pas les seules adaptations du chef d’oeuvre de Tolstoï. Il y en avait une que je rêvais de voir : celle réalisée par Sergueï Bondartchouk. Quand l’occasion s’est présentée, je n’ai pas hésité : j’ai pu voir le film pendant l’Arras Film festival en version restaurée. Je n’ai pas regretté de passer sept heures au cinéma (oui, sept, mais avec des pauses, je vous rassure !). Pourquoi ? Je vous explique tout !

(Petite précision : je dévoile un élément du récit dans l’avant-dernière partie de mon article (la partie sur les incohérences). Ce n’est pas un fait majeur, mais je préfère prévenir.)

Un contexte particulier

Guerre et Paix a été réalisé de 1965 à 1967. Les préparatifs remontent quant à eux à 1962.   Nous sommes alors en pleine Guerre froide. En 1962, la crise des missiles de Cuba fait craindre le pire. Les chefs d’Etat américain et russe ne sont pas loin d’appuyer sur le bouton nucléaire. Le monde entier retient son souffle. La crise est ensuite désamorcée et un dialogue s’établit entre Kennedy et Khrouchtchev. Mais les rivalités demeurent et d’autres points de discorde vont les alimenter, à travers notamment ce qu’on appelle les guerres périphériques. Dans ce contexte, la culture est un bon moyen d’affirmer sa supériorité sur les autres peuples. C’est qu’il faut motiver les troupes ! Ne serait-ce pas de la propagande, tout ça ? Et oui ! Le film Guerre et Paix est un produit de propagande soviétique.

Sergueï Bondartchouk avait la confiance du pouvoir : « Artiste du peuple soviétique », il a reçu les prix Staline et Lénine en 1952, et a été fait membre de l’Ordre de Lénine en 1967.

Il faut également préciser que l’adaptation de King Vidor date de 1956. Ce film avait reçu le Golden Globe du meilleur film étranger. On peut donc voir l’adaptation du réalisateur soviétique comme une réponse à ce film.

Et le film, alors ?

C’est un film de propagande, certes, mais il n’en reste pas moins une fidèle adaptation du roman. Les acteurs correspondent tout à fait à l’image que je me faisais d’eux. Andreï Bolkonsky et Natacha Rostov m’ont particulièrement plu. La prestance du prince et son sens du devoir sont telles que décrites par Tolstoï. Quant à Natacha, l’actrice parvient à merveille à faire ressentir les paradoxes qui habitent le personnage : mélange de candeur, de naïveté et de maturité, elle est volatile mais ferme une fois qu’elle a pris une décision. L’une de mes scènes préférées, dans le livre et dans le film, est lorsque Natacha et son frère Nicolas se rendent chez leur oncle à la campagne. Le soir venu, Natacha danse au son d’une chanson populaire russe. Elle qui ne connait que les bals de Moscou et Saint-Pétersbourg, danse sur cet air comme si elle l’entendait depuis toujours. L’âme russe, si mystérieuse, est personnifiée par cette Natacha dansant. Et c’est beau, tout simplement. (j’ai cherché l’extrait sur youtube mais ne l’ai pas trouvé)

Difficile de retranscrire les atermoiements des personnages dans un film. Le tour de force de celui-ci, à mes yeux, est d’entrer dans la tête des personnages. Nous les entendons parler en leur for intérieur, ce qui permet de mieux les comprendre. Pour un récit comme Guerre et Paix, dans lequel la description des pensées prend autant (voire plus) de place que les dialogues, c’est un procédé intéressant qui évite de faire perdre de la profondeur aux personnages.

Il faut aussi voir cette adaptation pour les scènes de bataille. Elles sont grandioses : des figurants par milliers (on raconte qu’il y aurait eu 120 000 figurants, des soldats, pour la seule bataille de Borodino (bataille de la Moskova pour nous, Français) mais Sergueï Bondartchouk a nié). Le spectateur est plongé dans les guerres napoléoniennes. Les scènes de bataille se suivent et ne se ressemblent pas. L’une d’entre elles dure pas moins de 45 minutes. Les stratégies militaires sont détaillées et les mouvements de troupes impressionnants.

Mais si vous n’aimez pas les batailles, n’ayez crainte. Les scènes de bal n’ont rien à leur envier. Des centaines de danseurs nous font tourner la tête dans des palais luxueux. Les costumes sont sublimes, les musiques entraînantes et les mouvements des acteurs plein de grâces. On en prend plein les yeux.

Mais quelques incohérences…

Quelques détails m’ont tout de même chagrinée. Après la fameuse bataille de Borodino (dans la deuxième moitié du film), que le réalisateur déclare gagnée par les Russes (en réalité, l’issue est mitigée et il n’y a ni vainqueur ni perdant, on comprend donc pourquoi le film redouble d’attention sur cette scène !), l’adaptation m’a paru perdre en cohérence. Cela tient notamment à un élément concernant Pierre Bézoukhov (joué par Sergeï Bondartchouk lui-même). Il se trouve que ce personnage entre dans la franc-maçonnerie au cours du récit. Et ça, les Soviétiques n’allaient sûrement pas l’évoquer… surtout pour un personnage joué par le réalisateur ! Mais au lieu de supprimer toutes les scènes ayant trait de près ou de loin à cette appartenance maçonnique, le réalisateur a gardé certains éléments, comme un ami de Pierre, recherché par les autorités, et que Pierre cache chez lui. Alors que la Grande armée entre dans Moscou, un soldat français élit domicile chez Pierre et découvre cet homme. L’ami de Pierre se cache et est devenu fou : impossible de comprendre pourquoi si on n’a pas lu le livre…

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Sur l’affiche, Pierre Bezoukhov interprété par Sergueï Bondartchouk

Dans l’ensemble, à partir de l’incendie de Moscou, j’ai trouvé que le film souffrait de longueurs. Etait-ce parce que j’avais passé trop de temps au cinéma et que j’avais besoin d’une pause plus longue ? Peut-être. Mon attention s’est en tout cas un peu relâchée.

Devient-on communiste après avoir vu le film ?

Clairement, non, ce n’est pas l’objectif du film ! J’ai mis cette question en sous-titre parce qu’en faisant mes recherches, j’ai lu dans un forum : « Mais non ce film n’est pas de la propagande, il se passe au XIXe siècle, rien à voir avec l’URSS ! ».

Effectivement, on ne parle pas communisme dans Guerre et Paix, ce serait légèrement anachronique. Mais il y a bien un message politique : quiconque ose s’aventurer sur le territoire russe sans autorisation sera sévèrement puni. Les Soviétiques nous disent, et préviennent les Américains : « Voyez ce qui est arrivé à Napoléon, l’un des plus grands chefs militaires de l’Histoire ». Napoléon, qui a gagné de nombreuses batailles, qui a étendu son influence sur une grande partie de l’Europe, n’a pas pu vaincre la Russie. Voilà ce que nous dit Guerre et Paix. Le film montre les immenses terres russes, qui peuvent devenir redoutables pour celui qui ne connait pas l’hiver de ce pays. Napoléon, ce grand vainqueur, s’est laissé prendre au piège des saisons. 

Guerre et Paix montre également la grandeur des Russes. En l’occurence, c’est surtout l’aristocratie qui nous est présentée. Aristocratie, qui, il est vrai, a été combattue par les bolcheviks (mais la propagande n’en est pas à une incohérence près). En plusieurs personnages principaux réside un grand amour pour leur pays. Ils aiment la Russie et sont prêts à la défendre, quitte à y perdre la vie. Le courage des soldats est lui aussi illustré à plusieurs reprises.

Enfin, je pense que le film sert aussi de poudre aux yeux : il faut montrer aux Occidentaux qu’en URSS, on est prêt à dépenser énormément d’argent pour un film. Preuve (ou pas), que les caisses sont pleines. Les Soviétiques veulent montrer qu’ils ont les moyens, financiers et techniques, de faire de grandes productions. Le film a d’ailleurs  été présenté au Festival de Cannes en 1967 (sélection hors compétition) et a reçu l’Oscar et le Golden Globe du meilleur film étranger en 1969.

 

***

Bien sûr, si l’envie vous prend de visionner cette adaptation, rien ne vous obligera à penser à la Guerre froide. Guerre et Paix peut se regarder comme un film de divertissement et/ou comme un film historique sur l’époque napoléonienne. Vous pourrez apprécier l’histoire des personnages (de l’amour, de la haine, de la rancoeur, des espoirs déçus, de la cupidité, de l’envie…) et admirer les paysages, les palais et les costumes. Les différents niveaux de lecture offerts par ce film en font une oeuvre passionnante que je vous recommande. Il faudra toutefois vous intéresser un minimum à l’histoire et aux personnages avant de le visionner : la lecture d’un résumé détaillé ne sera pas de trop. J’ai entendu des spectateurs qui ne connaissaient pas l’histoire et ils n’ont pas compris certaines scènes du film.

 

Politique&Culture

Politique&Culture #2 – La nouvelle ministre de la Culture lit et édite des livres

Françoise Nyssen

C’est une nomination qui a été bien accueillie le 17 mai 2017 : une éditrice a pris la tête du ministère de la Culture au sein du gouvernement Édouard Philippe.

Une éditrice rue de Valois

Françoise Nyssen, née en Belgique en 1951, est à la tête de la maison d’édition Actes Sud. Cette maison avait été fondée par son père, Hubert Nyssen, en 1969, sous le nom Atelier de cartographie thématique et statistique (d’où le « Actes »). C’est en 1977 que Hubert Nyssen, sa femme Christine Le Boeuf ainsi que leur associé Jean-Philippe Gautier s’ouvrent à l’édition de livres et prennent le nom Actes Sud.

Françoise Nyssen s’intéresse d’abord à la chimie et à l’urbanisme avant de rejoindre Actes Sud. Depuis, la maison d’édition enchaîne les succès éditoriaux. Prix Médicis du roman étranger en 1993 avec Léviathan de Paul Auster ; en 1996, prix Goncourt des lycéens pour Instruments des ténèbres de Nancy Huston ; publication d’Une histoire de la lecture d’Alberto Manguel en 1998, entre autres.

2015 est l’année de la consécration : deux prix Goncourt (prix Goncourt pour Boussole de Mathias Enard et prix Goncourt du premier roman pour Meursault, contre-enquête de Kamel Daoud) et un prix Nobel de littérature avec Svetlana Alexievitch. 2015, c’est aussi l’année de publication de deux autres succès : Millénium 4 de David Lagercrantz et Le Charme discret de l’intestin de Giulia Enders.

Un point est important pour Françoise Nyssen : l’indépendance. C’est grâce à cette indépendance qu’Actes Sud publie tant d’ouvrages de qualité. Et pas seulement des œuvres de fiction. En 2011, une nouvelle collection voit le jour : le Domaine du possible « une collection qui rassemble des initiatives et propositions originales et innovantes sur des questions écologiques, économiques, énergétiques ». Domaine du possible, c’est aussi le nom d’une école que Françoise Nyssen a créée avec son mari en 2015, pour accompagner les enfants en difficulté, de la maternelle au lycée. L’éditrice n’a donc pas peur de proposer des alternatives innovantes.

La lauréate du prix Veuve-Cliquot de la femme d’affaires de l’année (1991) a fait d’Actes Sud une maison d’édition de premier plan, tout en gardant son originalité face au milieu éditorial français. Ouverte à la nouveauté, en ce qui concerne l’édition mais aussi les initiatives citoyennes, Françoise Nyssen est une femme engagée, qui ne manquera pas de dynamisme pour mener à bien les missions du ministère de la Culture.

Cette nomination enchante les acteurs de la chaîne du livre. Et pour cause ! Sans remettre en doute son objectivité, on peut s’attendre à ce que Françoise Nyssen rééquilibre les subventions aux différents domaines culturels. Le Monde signalait, dans un article d’avril dernier, qu’en 2016, le Centre national de la cinématographie et de l’image animée s’était vu attribué une subvention de 639 millions d’euros ;  contre 30 millions pour le Centre national de la chanson, des variétés et du jazz ; le Centre national du livre avait, lui, bénéficié de 28 millions d’euros ; et l’association pour le soutien au théâtre privé, 8 millions. L’importance du lobbying dans ce ministère clientéliste est l’une des explications avancées par cet article, qui souligne la capacité du milieu du cinéma à oublier les querelles internes pour faire front. Mais n’oublions pas qu’Audrey Azoulay, ancienne ministre de la Culture et de la Communication, avait travaillé au sein du Centre national de la cinématographie et de l’image animée.

Un changement de nom significatif pour le ministère

Le ministère est devenu ministère de la Culture, après avoir été ministère de la Culture et de la Communication. La culture a rarement eu un ministère rien que pour elle. Créé en 1959 par Michel Debré, sur demande de Charles de Gaulle, le ministère (spécialement créé pour André Malraux) fut d’abord consacré aux affaires culturelles. Mais un ministère rien que pour la Culture, c’est beaucoup trop…

Petite liste non exhaustive des ministères de la Culture créés par nos anciens gouvernements.

-En 1974, c’est un ministère des Affaires culturelles et de l’Environnement qui est proposé à Alain Peyrefitte. Association qui nous paraîtrait bien étrange aujourd’hui.

-La culture côtoie la communication dans un ministère pour la première fois en 1978.

-En 1988, nous avons un ministère de la Culture, de la Communication, des Grands travaux et du Bicentenaire. On ne savait pas où les mettre, alors on les a casés dans un seul ministère. Pratique.

-En 1992, on met ensemble la culture et l’éducation nationale. C’est peut-être parce qu’on apprend à lire à l’école ?

-En 1993, on change encore pour un ministère de la Culture et de la Francophonie.

-En 1995, ô joie, un ministère de la Culture-tout-court (jusqu’en 1997) !

1997 : retour du ministère de la Culture et de la Communication, jusqu’en mai 2017.

Les noms des ministères renseignent sur les orientations des gouvernements. A titre d’exemple : le nouveau ministère de l’Europe et des Affaires étrangères illustre la volonté du président de la République de faire du projet européen le cœur de son quinquennat. Le fait de créer un ministère entièrement dédié à la culture montre l’importance qui lui est accordée. Emmanuel Macron veut sûrement faire taire ses détracteurs qui critiquaient la légèreté de son programme en ce qui concernait ce domaine.

Et vous, que pensez-vous de l’entrée de Françoise Nyssen au ministère de la Culture ?

Politique&Culture·Visites et rencontres

Politique&Culture #1 -Napoléon III & le musée d’archéologie nationale

L’idée de vous proposer des articles mêlant culture et politique me trottait dans la tête depuis quelques temps et c’est en entendant la proposition du candidat à l’élection présidentielle François Fillon que j’ai eu envie de faire cet article. Il proposait d’ajouter au musée d’Orsay le nom de Valéry Giscard d’Estaing, comme cela a été fait récemment pour le musée du Quai Branly – Jacques Chirac. Et pourquoi pas faire de même pour le musée d’archéologie nationale de Saint-Germain-en-Laye, créé par Napoléon III ? me suis-je dit. Les présidents de la Ve République n’ont pas été les premiers à créer des musées ou bibliothèques. A croire que c’est une tradition. En politique, on aime se mêler de culture, comme en culture on se préoccupe de la politique. En faire des articles, c’est l’occasion rêvée pour moi de parler de ces deux domaines qui me passionnent et que j’ai étudiés. Et les sujets ne manquent pas, j’aurai beaucoup de choses à vous proposer !

Commençons par le musée d’archéologie nationale et Napoléon III. Je suis passionnée par l’empereur et le Second Empire, et j’ai visité il y a quelques mois le château de Saint-Germain-en-Laye, qui abrite le musée. Lorsque j’ai appris l’histoire de ce musée pendant ma visite, j’étais  d’autant plus heureuse d’y être allée. Si aujourd’hui nous pouvons découvrir le château et le musée, c’est grâce à l’empereur !

Le château de Saint-Germain-en-Laye

Château de Saint Germain En Laye

L’ancienne résidence royale construite au XIIe siècle était devenue un pénitencier militaire au XIXe siècle. Lorsque Napoléon III arrive au pouvoir en 1848 en tant que président de la République (il devient empereur en 1852), le bâtiment est dans un état déplorable, proche de la destruction, mais abrite toujours le pénitencier. L’empereur décide dès 1853 de faire transférer le pénitencier et de restaurer le château. Mais c’est en 1855 que les détenus quittent l’ancienne résidence royale, à l’occasion de la venue de la reine Victoria et d’Albert de Saxe-Cobourg. Le couple royal vient visiter l’Exposition universelle mais la reine souhaite voir l’ancienne résidence où avaient vécu les Stuart en exil au XVIIe siècle. C’est la première fois depuis le XVe siècle qu’un souverain anglais vient en France. Les relations sont au beau fixe entre le couple royal anglais et le couple impérial français. Napoléon III et Eugénie étaient en effet allés en Angleterre en avril 1855 et Victoria sera la marraine du prince impérial en 1856. Mais même pour la reine d’Angleterre, le nettoyage est rudimentaire. Quelques coups de balai pour que les robes des dames n’attirent pas toute la poussière, et tout est prêt pour la visite. Il faut attendre 1862 pour le commencement des travaux. Cette année-là, Napoléon III décide d’installer le musée des Antiquités celtiques et gallo-romaines (l’ancien nom du musée d’archéologie nationale) dans le château, qui est alors classé monument historique (1863). La restauration peut commencer. L’empereur souhaite que le château retrouve son aspect Renaissance, d’où la présence de nombreux « F » et de la salamandre, pour François Ier. C’est d’ailleurs assez étrange de se dire que les symboles d’un Valois sont là grâce à un Bonaparte ! Les travaux sont confiés à Eugène Millet, un élève d’Eugène Viollet-le-Duc. La restauration ne prend fin qu’au début du XXe siècle mais l’inauguration du musée a lieu en 1867.

Un musée pour une finalité politique

Mais pourquoi Napoléon III a-t-il voulu créer un musée d’archéologie ? Au XIXe siècle, l’archéologie commence à peine à être un sujet d’intérêt. L’empereur en est passionné et contribue au développement de la discipline. Il écrit en 1866 une Histoire de Jules César. Il s’entoure de scientifiques et fait venir dans le musée des objets trouvés lors de fouilles organisées en France et notamment dans la Somme et dans la forêt de Compiègne. Mais le musée sert aussi et surtout, dans l’esprit de Napoléon III, à mettre en avant une découverte majeure : la localisation d’Alésia, située à Alise-Sainte-Reine (qui sera remise en cause pour défier l’empereur). Le but est politique : réunir les Français autour d’un héros national (et autour de l’empereur, surtout). De 1861 à 1865, les fouilles archéologiques effectuées à Alise-Sainte-Reine en Bourgogne (et financées par la cassette personnelle de l’empereur !) permettent de trouver des pièces au nom de Vercingétorix. Un héros gaulois, c’est parfait pour cette période où les relations avec la Prusse ne sont pas des plus chaleureuses. Il faut montrer que les Français n’ont pas peur des Teutons et qu’ils peuvent « défier l’univers » (inscription sur la statue de Vercingétorix édifiée à Alise-Sainte-Reine, au nom de Napoléon III).

La création du musée des Antiquités celtiques et gallo-romaines est bien liée à cette volonté politique de créer une identité commune pour réunir les Français (ça vous rappellera peut-être Nicolas Sarkozy qui disait il y a quelques mois qu’être Français, c’est avoir pour ancêtres les Gaulois). Mais cette volonté politique n’a pas empêché le musée de devenir un lieu important pour l’archéologie. Créé par décision de Napoléon III, il était le premier consacré à l’archéologie, et est encore aujourd’hui le seul entièrement destiné à cette discipline en France. Il est toujours alimenté par des fouilles actuelles. On peut y voir des objets trouvés en France mais aussi à l’étranger, dans le but de les comparer. La science a pris le pas sur la politique.

Salle de bal du Château de Saint Germain En Laye

©Musée d’archéologie nationale – L’ancienne salle de bal abrite aujourd’hui les collections d’archéologie comparée

J’espère que cet article et le thème Politique&Culture vous ont plu. Si des sujets vous intéressent et que vous aimeriez que je les aborde, dîtes-le moi !

Sur Napoléon III : Flamboyant Second Empire – Xavier Mauduit et Corinne Ergasse