Visites et rencontres

Retour sur les premières relations franco-russes avec l’exposition Pierre le Grand un tsar en France au château de Versailles

expo pierre le grand

Cette année, il y a deux expositions que je voulais absolument visiter : l’exposition « Pierre le Grand, un tsar en France, 1717 » à Versailles, et l’exposition sur Napoléon au musée des beaux arts d’Arras (à partir d’octobre). Pour la première, c’est désormais chose faite ! Et encore une fois, j’ai fait cette visite en compagnie de Steph du blog Temps H (grande connaisseuse du château de Versailles, elle ne pouvait pas refuser de m’accompagner) !

Vous le savez peut-être déjà (j’en parle ici et ici), je suis passionnée par la Russie. Alors, dès que je vois quelque chose en lien avec ce pays (littérature, articles politiques, récits de voyage, et j’en passe), je n’hésite pas et je m’intéresse à tout ce que je peux trouver. Forcément, je me suis plongée dans l’histoire de la dynastie des Romanov, et quelle histoire ! Des meurtres, de la folie, des faux tsars, des personnes enfermées dans des couvents et des monastères, de la haine, du mystère, des questions…

Pierre le Grand n’est pas le premier tsar de cette dynastie. Le premier, c’est Michel Ier, son grand-père. Mais Pierre reste l’un des tsars les plus connus. Il fut le premier tsar à venir en France, en 1717, d’où cette exposition organisée au château de Versailles, en partenariat avec le musée d’Etat de l’Ermitage.

Mais avant de vous parler de l’exposition, quelques lignes sur l’histoire de Pierre le Grand.

Un règne mouvementé

Petite précision : l’histoire des Romanov étant très compliquée, je ne peux évidemment pas être exhaustive dans les explications. Je vous conseillerai des lectures en fin d’article pour en savoir plus.

Pierre nait en 1672. Il est, comme je le disais plus haut, le petit-fils de Michel Ier, premier Romanov à devenir tsar, et le fils d’Alexis Ier. Il est important de savoir que Michel Ier a été porté au trône par une assemblée, nommée l’Assemblée de la terre (le Sobor), constituée de 500 à 700 membres. Avant sa mort, il avait nommé comme héritier son fils aîné, Alexis Ier, qui en fit de même lorsque son tour vint. Mais le successeur d’Alexis Ier, Théodore, meurt, sans enfant. Alexis Ier avait eu deux épouses : une première avec qui il avait eu 13 enfants, dont Sophie, Theodore et Ivan ; et une seconde qui fut la mère du futur Pierre le Grand. A la mort de Théodose, deux clans (les familles des deux épouses) s’opposent (dans la violence, bien sûr). C’est une nouvelle fois l’Assemblée de la terre qui va décider de la succession. Elle nomme alors les demi-frères Ivan et Pierre co-tsars et Sophie régente. Oui : des co-tsars ! Pierre n’a alors que 10 ans et assiste, impuissant, au massacre de sa famille par Sophie. Après des années de complots politiques, les hommes forts du royaume décident de ne nommer qu’un tsar, Pierre le Grand. Sophie se rend à son demi-frère, qui décide de l’enfermer dans un couvent.

Pierre a alors 17 ans et n’a pas envie de régner, pas tout de suite, en tout cas. Il préfère parfaire son apprentissage (en art militaire et dans les sciences notamment) et laisse sa mère prendre la régence. Celle-ci s’entoure de son frère et du patriarche Joachim pour régner. Mais le patriarche s’oppose à toute ouverture vers l’Occident (contrairement à l’orientation voulue par Michel Ier et Alexis Ier). Tous trois mènent des politiques désastreuses et vont léguer à Pierre un pays dévasté. Le règne du tsar commence véritablement en 1694, à la mort de sa mère.

DSC03603
Portrait de Pierre Ier, Enrico Belli (1859-1860), d’après Godfrey Kneller (1646-1723), Musée de l’Emitage

Pierre le Grand, qui a eu l’occasion d’approcher le cercle polaire arctique et d’observer les eaux gelées qui entourent la Russie et l’empêchent de devenir une puissance navale, est convaincu qu’il faut obtenir l’accès à des mers non gelées, ce qu’il fait en commençant son règne par une guerre contre l’Empire ottoman. Après sa victoire, il veut ouvrir à nouveau la Russie vers l’extérieur et notamment vers l’Occident. C’est la raison de sa première grande ambassade en Europe en 1697-1698 (il veut aussi trouver des alliés contre l’empire Ottoman). Il voyage incognito en Europe (en tout cas c’est ce qu’on lui laisse croire puisqu’en réalité, on sait très bien qui il est) et travaille notamment sur des chantiers navals dans les Provinces-Unies. Une révolte en Russie l’oblige à mettre fin à cette ambassade. S’éloigner pendant si longtemps ouvre la voie aux complots politiques, d’autant plus que la manière dont le tsar est arrivé sur le trône rend le pouvoir très instable.

DSC03609 (2)
Manoeuvres de la flotte hollande données en l’honneur de la visite de Pierre Ier

Ce premier voyage en Europe va avoir une influence sur la politique menée par Pierre le Grand, qui s’inspire de toutes les connaissances qu’il y a acquises. Il fonde Saint-Pétersbourg en 1703, symbole de l’ouverture vers l’Occident. Mais cette ouverture, qui peut donner l’impression d’un pouvoir éclairé, s’accompagne en réalité d’une sévère répression. Pierre le Grand veut assurer son pouvoir et use pour cela de tous les moyens en sa possession.

Il fait un nouveau voyage en Europe en 1717 et séjourne en France du 21 avril au 22 juin, dans le but, entre autres, d’obtenir une alliance contre la Suède. C’est l’objet de l’exposition du château de Versailles.

Un tsar en France

Après avoir séjourné 3 jours à Dunkerque, Pierre le Grand arrive à Paris le 7 mai. Louis XIV étant mort en 1715, c’est Louis XV qui est roi de France, sous la régence de Philippe d’Orléans (le neveu du Roi-Soleil).

(à gauche, tableau de Philippe d’Orléans, Régent de France et de la marquise de Parabère en Minerve, par Jean-Baptiste Santerre ; à droite, buste du roi Louis XV)

Après avoir présenté Pierre le Grand et évoqué sa première ambassade, l’exposition s’attache à montrer plusieurs aspects de la visite du tsar en France et l’impact qu’elle a eu en Russie comme en France.

Nous sont présentés certains effets personnels du tsar, comme un costume d’été et sa pharmacie de campagne, par exemple.

DSC03625
Globe terrestre de poche

Une salle dédiée à la cour de France nous montre comment fut reçu le tsar et quels honneurs lui furent accordés. J’ai été étonnée de voir que c’est le Régent puis le roi qui se sont déplacés pour rencontrer Pierre le Grand, et non l’inverse. Signe que la France reconnait en Pierre le Grand le dirigeant d’une grande puissance ? Louis XV attendra pourtant 1745 pour reconnaitre au tsar le titre de Grand et d’Empereur de toute la Russie  (alors qu’il portait ce titre depuis 1721). Quoi qu’il en soit, le tsar bénéficie des hommages dus aux monarques. Les succès militaires de Pierre le Grand ont changé le regard que portent les monarques européens sur la Russie, qui est désormais reconnue comme étant une puissance à prendre en compte.

Le tsar impressionne par sa stature (il mesure deux mètres !) et marque les esprits.

Le célèbre Saint-Simon fait le portrait de Pierre dans ses Mémoires : « […] Tout son air marquait son esprit, sa réflexion et sa grandeur, et ne manquait pas d’une certaine grâce. […] Dans cette simplicité, quelque mal voituré et accompagné qu’il pût être, on ne s’y pouvait méprendre à l’air de grandeur qui lui  était naturel. »

Nous sommes à la Cour de France, où l’étiquette régit tous les comportements. Pierre le Grand, qui impressionne déjà par sa taille, fait aussi réagir les Français par son comportement. Une scène en particulier va étonner la Cour. Le 10 mai, le roi Louis XV rend visite au tsar. Ce-dernier, faisant fi du protocole, prend le roi dans ses bras (Louis XV a alors 7 ans). Personne n’aurait osé agir ainsi.

DSC03636
Louis XV rend visite à Pierre le Grand à l’hôtel de Lesdiguières, le 10 mai 1717, Louise-Marie-Jeanne Hersent, née Mauduit (1784-1862), 1838, Château de Versailles

Outre son physique et son comportement, Pierre le Grand fait aussi parler de lui pour l’intérêt qu’il porte aux sciences et aux techniques. Une salle de l’exposition est dédiée à cette passion et nous présente les multiples objets que le tsar a acquis en France et rapportés en Russie. Il fait de nombreuses visites (Manufacture des Gobelins, Jardin des Plantes, bibliothèques etc,.), pour ses propres connaissances mais aussi pour développer les sciences et techniques en Russie. Le 22 décembre 1717, le tsar est élu membre honoraire de l’académie royale des sciences.

Deux salles de l’exposition s’intéressent à la peinture, à l’architecture et aux arts décoratifs. Pierre souhaite en effet faire venir des peintres français en Russie pour y développer l’art pictural. C’est à un peintre français, Jean-Marc Nattier, que nous devons l’un des portraits les plus connus du tsar. Quant à l’architecture et aux arts décoratifs, si Pierre le Grand s’y intéresse, c’est pour faire de Saint-Pétersbourg une grande capitale. Il découvre le château de Versailles (qu’il compare à « un pigeon avec les ailes d’un aigle »…), Marly, Saint-Cloud… Il s’inspire de toutes ces visites pour faire de Saint-Pétersbourg une ville tournée vers l’Europe.

DSC03629
Pierre le Grand par Jean-Marc Nattier, Musée de l’Ermitage

L’exposition se termine par une réflexion sur la postérité de cette ambassade. Le séjour de Pierre le Grand en France se conclut par la signature du premier traité de commerce franco-russe. C’est à partir de cette époque que les relations entre la France et la Russie vont naître et prendre de l’importance dans les questions diplomatiques mais aussi culturelles car de nombreux artistes français vont aller en Russie. L’année suivant cette ambassade, la Suède va subir une défaite contre la Russie, et le tsar va obtenir un nouvel accès maritime. Néanmoins, comme je vous le disais précédemment, Louis XV va attendre 1745 pour reconnaître le titre de Grand et d’Empereur de toute la Russie, titre que Pierre le Grand s’était fait octroyer en 1721.

Ce séjour a aussi un impact sur l’idée que se font les Français de Pierre le Grand. Son intérêt pour les sciences et sa curiosité intellectuelle font bonne impression, notamment chez les philosophes des Lumières, qui verront en Catherine II  son héritière. Cette image de souverain éclairé tend à faire oublier la face sombre de son règne : la violence des répressions, mais aussi le meurtre du tsarévitch Alexis, issu d’un premier mariage. Pour diverses raisons, le tsar ne voulait pas que ce fils prenne le pouvoir à sa mort, et fit ordonner son assassinat.

J’ai beaucoup aimé cette exposition sur le séjour de Pierre le Grand en France. Il y a une grande diversité d’objets présentés : peintures, cartes, effets personnels, statues, livres, tapisseries, instruments scientifiques… La majorité de ces objets viennent du musée de l’Ermitage et c’est une grande chance de pouvoir les admirer. J’ai apprécié le découpage thématique des salles et les éléments contextuels du début de l’exposition. Tout est fait pour nous plonger dans cette ambassade, début des relations franco-russes. En grande passionnée, j’attendais beaucoup de cette exposition et j’en suis ressortie ravie.

Si vous avez l’occasion de la voir, n’hésitez pas, que vous ayez des connaissances ou non sur Pierre le Grand. Les explications sont claires et vous donnent les clefs pour comprendre les enjeux du séjour du tsar en France.

 

Pour en savoir plus :

Pour faire cet article je me suis servie du livre Les Romanov, une dynastie sous le règne du sang, d’Hélène Carrère d’Encausse. Elle est LA référence pour l’histoire de la Russie.

Je vous recommande également le livre de Jean des Cars, La saga des Romanov. Je ne l’ai pas lu mais Steph l’a feuilleté et a maintenant envie de le lire (et elle a déjà lu des ouvrages de cet auteur, donc vous pouvez y aller) !

Sur Internet, le site Hérodote propose un résumé du règne de Pierre le Grand. Et la page Wikipédia est elle aussi assez complète.

Exposition Pierre le Grand, un tsar en France,  1717 au Grand Trianon – Château de Versailles, en partenariat avec le musée d’état de l’Ermitage – jusqu’au 24 septembre 2017

 

Album photos·Visites et rencontres

Album photos #7 – Visitons la cathédrale d’Amiens avec Marcel Proust

Après mon week-end à Saint-Valéry-sur-Somme en avril dernier, je suis passée par Amiens. Je vous ai déjà parlé de la maison de Jules Verne. Mon voyage dans le temps s’était ensuite poursuivi par la visite de la cathédrale d’Amiens. J’ai alors marché sur les pas de Marcel Proust et de John Ruskin. Tous les deux ont mis des mots sur leur visite puisque le premier a traduit l’ouvrage du second : La Bible d’Amiens.

Je vous propose de découvrir cette cathédrale avec les mots de Marcel Proust (il a décrit sa propre visite dans la préface de l’ouvrage) et mes photos.

« Vous aurez peut-être alors comme moi la chance de voir la cathédrale, qui de loin ne semble qu’en pierres, se transfigurer tout à coup, et, – le soleil traversant de l’intérieur, rendant visibles et volatilisant ses vitraux sans peintures, – tenir debout vers le ciel, entre ses piliers de pierre, de géantes et immatérielles apparitions d’or vert et de flamme. »

DSC03112DSC03110DSC03106DSC03108DSC03097DSC03095DSC03094DSC03105DSC03093DSC03087DSC03088DSC03084DSC03086DSC03092DSC03080DSC03079DSC03077

La Vierge dorée – « Sortie sans doute des carrières voisines d’Amiens, n’ayant accompli dans sa jeunesse qu’un voyage, pour venir au porche Saint-Honoré, n’ayant plus bougé depuis, s’étant peu à peu hâlée à ce vent humide de la Venise du Nord qui au-dessus d’elle a courbé la flèche, regardant depuis tant de siècles les habitants de cette ville dont elle est le plus ancien et le plus sédentaire habitant, elle est vraiment une Amiénoise. Ce n’est pas une œuvre d’art. C’est une belle amie que nous devons laisser sur la place mélancolique de province d’où personne n’a pu réussir à l’emmener, et où, pour d’autres yeux que les nôtres, elle continuera à recevoir en pleine figure le vent et le soleil d’Amiens, à laisser les petits moineaux se poser avec un sûr instinct de la décoration au creux de sa main accueillante, ou picorer les étamines de pierre des aubépines antiques qui lui font depuis tant de siècles une parure jeune. »

DSC03076DSC03075DSC03071

« En voyant monter vers le ciel ce fourmillement monumental et dentelé de personnages de grandeur humaine dans leur stature de pierre tenant à la main leur croix ; leur phylactère ou leur sceptre, ce monde de saints, ces générations de prophètes, cette suite d’apôtres, ce peuple de rois, ce défilé de pécheurs, cette assemblée de juges, cette envolée d’anges, les uns à côté des autres, les uns au-dessus des autres, debout près de la porte, regardant la ville du haut des niches ou au bord des galeries, plus haut encore, ne recevant plus que vagues et éblouis les regards des hommes au pied des tours et dans l’effluve des cloches, sans doute à la chaleur de votre émotion vous sentez que c’est une grande chose que cette ascension géante, immobile et passionnée. Mais une cathédrale n’est pas seulement une beauté à sentir. Si même ce n’est plus pour vous un enseignement à suivre, c’est du moins encore un livre à comprendre. Le portail d’une cathédrale gothique, et plus particulièrement d’Amiens, la cathédrale gothique par excellence, c’est la Bible. »

J’ai été subjuguée par la beauté de la cathédrale et j’espère que mes photos vous donneront envie de venir dans les Hauts-de-France ! Le texte La Bible d’Amiens de John Ruskin et traduit par Marcel Proust est disponible sur Gallica.

Visites et rencontres

La maison de Jules Verne à Amiens : un voyage passionnant dans l’univers de l’écrivain

La maison de Jules Verne à Amiens _ un voyage passionnant dans l'univers de l'écrivain

Quand je pense à Jules Verne, je pense instantanément à mon enfance. J’ai découvert ses histoires à travers les nombreuses adaptations cinématographiques et télévisées et puis, naturellement, j’ai plongé dans les livres de l’écrivain. J’ai fait le tour du monde en 80 jours, j’ai voyagé au centre de la Terre et j’ai parcouru 20 000 lieues sous les mers. Je suis loin d’avoir tout lu, mais savoir que tant de ses livres m’attendent me rassure : je sais que j’aurai toujours un livre de Jules Verne à lire.

Alors, quand après un séjour à Saint-Valéry-sur-Somme (un article album-photos est prévu) j’ai passé une journée à Amiens, je n’ai pas réfléchi longtemps quant au programme : je me devais de visiter la maison de Jules Verne.

Je trouve qu’il y a toujours une atmosphère particulière quand on visite la maison d’un écrivain. C’est comme si on visitait les coulisses et on se dit : « Alors c’est ici qu’il a écrit les livres que j’ai aimés ». C’est l’envers du décor, comme un secret qui se révèle, silencieusement, sous nos yeux.

Jules Verne s’établit à Amiens en 1871. Sa femme, Honorine du Fraysne de Viane est originaire de cette ville. C’est en 1882 que le couple s’installe dans cette maison (Jules Verne a alors 54 ans). Ils y demeurent jusqu’en 1900.

« Sur le désir de ma femme je me fixe à Amiens, ville sage, policée, d’humeur égale, la société y est cordiale et lettrée. On est près de Paris, assez pour en avoir le reflet, sans le bruit insupportable et l’agitation stérile. Et pour tout dire, mon Saint Michel reste amarré au Crotoy. » (lettre de Jules Verne à son ami Charles Wallut, 1871)

La visite de la maison à la tour permet de s’imprégner de l’ambiance d’une maison bourgeoise du XIXe siècle, tout en découvrant du mobilier et des objets ayant appartenu aux Verne. C’est aussi un musée sur l’œuvre de l’écrivain et sur sa postérité. On y trouve ainsi de nombreuses affiches, et une pièce présente des ouvrages de l’auteur.

DSC02971

DSC02982

DSC02988

DSC02993

DSC03006

DSC03010

DSC03026
Dans cette pièce est reproduite une partie de la cabine du Saint-Michel, le bateau de Jules Verne

Et comme dans toute maison d’écrivain, le cœur de la visite est : le bureau de Jules Verne. Meuble imposant, il n’est toutefois pas assez grand pour supporter tous les livres consultés par l’auteur. Sur le globe terrestre, Jules Verne a tracé les parcours qu’il faisait faire à ses personnages. Leurs aventures sont nourries par les nombreux voyages effectués par Verne et par les recherches qu’il faisait.

DSC03040

DSC03037

La bibliothèque de la Société industrielle d’Amiens fut d’une grande aide pour l’auteur. Il put y trouver nombre d’ouvrages techniques qui l’inspirèrent. Il avait accès à cette bibliothèque grâce à son statut de membre honoraire de la Société industrielle d’Amiens. L’écrivain était très impliqué dans la vie amiénoise. Il fut membre puis directeur de l’Académie des Sciences, Lettres et Arts d’Amiens, et conseiller municipal de la ville à partir de 1888. Réélu en 1904, il fut particulièrement actif dans la vie culturelle de sa ville.

Si aujourd’hui Jules Verne nous semble si attaché à la capitale de la Picardie, c’est non seulement parce qu’il y écrivit une partie de son œuvre, mais aussi parce qu’il fut partie prenante de son développement.

Écrivain, grand voyageur, homme de société, ce sont ces différentes facettes qui nous sont présentées lors de la visite de sa maison. C’est une entrée passionnante dans son univers qui nous est ainsi proposée.

En sortant, vous n’aurez qu’une envie : plonger dans ses livres et poursuivre votre voyage.

Quelques informations en vrac

La maison appartenait à un notaire d’Amiens, Jules Verne n’en était que locataire. – Avant d’être connu pour ses romans, Jules Verne a écrit des pièces de théâtre avec Alexandre Dumas Fils. – La sculpture métallique sur le haut de la tour date de 2005. – On raconte que Jules Verne aurait été franc-maçon et aurait laissé dans son œuvre de nombreuses informations (codées) sur les secrets de la franc-maçonnerie.

DSC02987

Album photos·Visites et rencontres

Album photos #5 – Visite de l’hôtel de Brienne, ministère de la Défense

DSC02666.JPG

Le 11 février, je suis allée visiter l’hôtel de Brienne, qui abrite actuellement le ministère de la Défense. Des services du ministère ont déménagé (dans un bâtiment moins classe, si vous voulez mon avis), mais le ministre a décidé de garder son bureau dans le bel hôtel particulier (et qui peut lui en vouloir ?). Le Centre des monuments nationaux a eu l’autorisation d’organiser des visites guidées (sur réservation) pour faire découvrir le bâtiment.

Un lieu chargé d’histoires

Bien qu’il ait été construit au XVIIIe siècle, l’hôtel particulier a une décoration fortement marquée par le Premier Empire (donc début XIXe siècle). Cela est dû au fait qu’il ait appartenu au frère de Napoléon, Lucien Bonaparte, puis à leur mère, Laetizia. En bon Bonaparte, ils ne connaissent pas le mot « sobriété », ce qui ne m’a absolument pas dérangée puisque j’adore le mobilier Premier Empire ! Le guide nous a d’ailleurs appris que Lucien dessinait lui-même des meubles (il s’ennuyait un peu). Pour la petite histoire, Lucien Bonaparte a été une figure importante du coup d’État de son frère, mais il a ensuite été disgracié pour avoir voulu faire un mariage non autorisé par Napoléon (un mariage d’amour, c’est une mauvaise idée).

A la Restauration, l’hôtel particulier n’appartient plus aux Bonaparte, qui font profil bas. Il devient propriété de l’État et abrite le ministère de la Guerre, puis le ministère de la Défense. Deux pièces témoignent de l’histoire du XXe siècle : le bureau de Clemenceau, que l’actuel ministre Jean-Yves Le Drian a voulu reconstituer en 2014 d’après des photos d’époque ; et le bureau du général de Gaulle. C’est impressionnant de voir les objets qui ont appartenu à ces hommes d’État, grandes figures de notre histoire. J’ai particulièrement aimé l’un des bureaux qui figurent dans la pièce de Clemenceau. On appelle ce bureau le « Daru », du nom de celui qui l’inventa sous le règne de Napoléon. Ce meuble imposant est démontable et a vécu la campagne de Russie. En 1812, alors que Napoléon et ses hommes veulent revenir en France après avoir séjourné dans une Moscou presque abandonnée, l’hiver s’abat sur l’équipée et rend le voyage périlleux et mortel. De nombreux hommes sont laissés mourant. Mais on ramène le meuble, à cheval… Ça nous donne une idée des priorités !

Notre guide était passionnant. Il est parvenu à présenter des informations générales et à s’arrêter sur des choses plus précises, notamment en ce qui concerne le mobilier. Les visites étant sur réservation, le nombre de visiteurs est limité, ce qui nous a permis de pouvoir nous déplacer facilement dans les pièces. C’est une visite que je recommande ! (pour les réservations, voir sur ce lien)

Si vous voulez avoir plus de détails sur l’histoire de l’hôtel particulier, je vous invite à lire l’article de Steph’, avec qui j’ai fait cette visite !

dsc02668

dsc02675

dsc02677

dsc02683

dsc02685

dsc02687

dsc02696

dsc02708

dsc02716
Le jardin – Sous l’Occupation, l’hôtel particulier n’a (étrangement) pas été réquisitionné par les Allemands et est resté inhabité. Les résistants en profitaient et se donnaient rendez-vous dans ce jardin

dsc02719

dsc02726

dsc02740
Le Daru, dans le bureau de Clemenceau
dsc02757
Le bureau de Clemenceau, reconstitué d’après des photos d’époque ; le ministre actuel y invite les hôtes de marque
dsc02755
Le bureau de De Gaulle

J’espère que mes explications et photos vous ont plu !

Je vous donne rendez-vous le 1er mars pour mon prochain article.

Politique&Culture·Visites et rencontres

Politique&Culture #1 -Napoléon III & le musée d’archéologie nationale

L’idée de vous proposer des articles mêlant culture et politique me trottait dans la tête depuis quelques temps et c’est en entendant la proposition du candidat à l’élection présidentielle François Fillon que j’ai eu envie de faire cet article. Il proposait d’ajouter au musée d’Orsay le nom de Valéry Giscard d’Estaing, comme cela a été fait récemment pour le musée du Quai Branly – Jacques Chirac. Et pourquoi pas faire de même pour le musée d’archéologie nationale de Saint-Germain-en-Laye, créé par Napoléon III ? me suis-je dit. Les présidents de la Ve République n’ont pas été les premiers à créer des musées ou bibliothèques. A croire que c’est une tradition. En politique, on aime se mêler de culture, comme en culture on se préoccupe de la politique. En faire des articles, c’est l’occasion rêvée pour moi de parler de ces deux domaines qui me passionnent et que j’ai étudiés. Et les sujets ne manquent pas, j’aurai beaucoup de choses à vous proposer !

Commençons par le musée d’archéologie nationale et Napoléon III. Je suis passionnée par l’empereur et le Second Empire, et j’ai visité il y a quelques mois le château de Saint-Germain-en-Laye, qui abrite le musée. Lorsque j’ai appris l’histoire de ce musée pendant ma visite, j’étais  d’autant plus heureuse d’y être allée. Si aujourd’hui nous pouvons découvrir le château et le musée, c’est grâce à l’empereur !

Le château de Saint-Germain-en-Laye

Château de Saint Germain En Laye

L’ancienne résidence royale construite au XIIe siècle était devenue un pénitencier militaire au XIXe siècle. Lorsque Napoléon III arrive au pouvoir en 1848 en tant que président de la République (il devient empereur en 1852), le bâtiment est dans un état déplorable, proche de la destruction, mais abrite toujours le pénitencier. L’empereur décide dès 1853 de faire transférer le pénitencier et de restaurer le château. Mais c’est en 1855 que les détenus quittent l’ancienne résidence royale, à l’occasion de la venue de la reine Victoria et d’Albert de Saxe-Cobourg. Le couple royal vient visiter l’Exposition universelle mais la reine souhaite voir l’ancienne résidence où avaient vécu les Stuart en exil au XVIIe siècle. C’est la première fois depuis le XVe siècle qu’un souverain anglais vient en France. Les relations sont au beau fixe entre le couple royal anglais et le couple impérial français. Napoléon III et Eugénie étaient en effet allés en Angleterre en avril 1855 et Victoria sera la marraine du prince impérial en 1856. Mais même pour la reine d’Angleterre, le nettoyage est rudimentaire. Quelques coups de balai pour que les robes des dames n’attirent pas toute la poussière, et tout est prêt pour la visite. Il faut attendre 1862 pour le commencement des travaux. Cette année-là, Napoléon III décide d’installer le musée des Antiquités celtiques et gallo-romaines (l’ancien nom du musée d’archéologie nationale) dans le château, qui est alors classé monument historique (1863). La restauration peut commencer. L’empereur souhaite que le château retrouve son aspect Renaissance, d’où la présence de nombreux « F » et de la salamandre, pour François Ier. C’est d’ailleurs assez étrange de se dire que les symboles d’un Valois sont là grâce à un Bonaparte ! Les travaux sont confiés à Eugène Millet, un élève d’Eugène Viollet-le-Duc. La restauration ne prend fin qu’au début du XXe siècle mais l’inauguration du musée a lieu en 1867.

Un musée pour une finalité politique

Mais pourquoi Napoléon III a-t-il voulu créer un musée d’archéologie ? Au XIXe siècle, l’archéologie commence à peine à être un sujet d’intérêt. L’empereur en est passionné et contribue au développement de la discipline. Il écrit en 1866 une Histoire de Jules César. Il s’entoure de scientifiques et fait venir dans le musée des objets trouvés lors de fouilles organisées en France et notamment dans la Somme et dans la forêt de Compiègne. Mais le musée sert aussi et surtout, dans l’esprit de Napoléon III, à mettre en avant une découverte majeure : la localisation d’Alésia, située à Alise-Sainte-Reine (qui sera remise en cause pour défier l’empereur). Le but est politique : réunir les Français autour d’un héros national (et autour de l’empereur, surtout). De 1861 à 1865, les fouilles archéologiques effectuées à Alise-Sainte-Reine en Bourgogne (et financées par la cassette personnelle de l’empereur !) permettent de trouver des pièces au nom de Vercingétorix. Un héros gaulois, c’est parfait pour cette période où les relations avec la Prusse ne sont pas des plus chaleureuses. Il faut montrer que les Français n’ont pas peur des Teutons et qu’ils peuvent « défier l’univers » (inscription sur la statue de Vercingétorix édifiée à Alise-Sainte-Reine, au nom de Napoléon III).

La création du musée des Antiquités celtiques et gallo-romaines est bien liée à cette volonté politique de créer une identité commune pour réunir les Français (ça vous rappellera peut-être Nicolas Sarkozy qui disait il y a quelques mois qu’être Français, c’est avoir pour ancêtres les Gaulois). Mais cette volonté politique n’a pas empêché le musée de devenir un lieu important pour l’archéologie. Créé par décision de Napoléon III, il était le premier consacré à l’archéologie, et est encore aujourd’hui le seul entièrement destiné à cette discipline en France. Il est toujours alimenté par des fouilles actuelles. On peut y voir des objets trouvés en France mais aussi à l’étranger, dans le but de les comparer. La science a pris le pas sur la politique.

Salle de bal du Château de Saint Germain En Laye

©Musée d’archéologie nationale – L’ancienne salle de bal abrite aujourd’hui les collections d’archéologie comparée

J’espère que cet article et le thème Politique&Culture vous ont plu. Si des sujets vous intéressent et que vous aimeriez que je les aborde, dîtes-le moi !

Sur Napoléon III : Flamboyant Second Empire – Xavier Mauduit et Corinne Ergasse

Visites et rencontres

Rencontre avec Emma Cline (The Girls)

img_20160923_190632640_hdr-2

Le vendredi 23 septembre 2016 avait lieu une rencontre avec Emma Cline dans la librairie Gallimard à Paris. Je vous le disais cette semaine, j’ai adoré son roman The Girls. Alors j’ai profité de l’occasion pour la rencontrer et l’écouter parler de son roman. Beaucoup de lecteurs s’étaient aussi déplacés et nous étions assez nombreux dans la librairie.

On devine rapidement que la romancière n’est pas habituée à être photographiée et à être l’objet de tant d’attention. Mais le plaisir qu’elle prend à rencontrer ses lecteurs se ressent aussi. Emma Cline, 27 ans, est originaire de Californie, où l’affaire Manson a fortement marqué les esprits. Une affaire qui serait ancrée dans la mythologie californienne selon l’auteur, comme si le sang des victimes avait imprégné la terre de cet État américain. Emma Cline s’intéresse depuis longtemps à la secte de Manson, et en particulier à ces jeunes femmes qui ont été capables du pire. Néanmoins, l’affaire Manson n’est pas le point principal de son roman. L’auteur l’utilise comme un symbole en transformant la violence physique de la tuerie en une violence émotionnelle, psychologique, ressentie par le personnage principal, Evie. La violence meurtrière disparaît derrière la violence psychologique de l’adolescence. Car c’est bien là l’objet de ce roman : la complexité de l’adolescence. La violence des sentiments des adolescents mais aussi leur vulnérabilité et leur fragilité. Emma Cline a voulu parler de l’adolescence avec sérieux et sans cliché. A travers Evie, elle décrit cette quête d’attention qui touche les adolescents : ils veulent être vus, être aimés. Une quête qui peut les mener à commettre le pire, l’irréparable, sans penser aux conséquences de leurs actes. C’est ce qui arrive à Evie, prête à tout pour attirer l’attention de Suzanne, sur qui elle projette ses fantasmes. Suzanne, personnage énigmatique à travers lequel la romancière traite de la violence féminine. On apprend aux femmes, dès leur plus jeune âge, à agir envers les autres avec douceur, et c’est ainsi contre elles-mêmes qu’elles retournent leur violence (Emma Cline évoque alors la scarification et l’anorexie par exemple). En témoignent l’étonnement et la surprise qui secouent l’opinion lorsque des femmes font preuve d’une violence meurtrière, comme les filles de Russel dans le roman. Au fond, ce malaise ressenti par les adolescentes et les femmes n’a pas changé depuis les années 1960. C’est ce qu’Emma Cline a voulu montrer avec le personnage de Sasha, adolescente de 16 ans avec laquelle Evie, bien des années après son passage dans la secte de Russel, passe un peu de temps. Sasha ressemble à la Evie adolescente : elle veut être vue, elle veut être aimée, et est prête à tout pour attirer l’attention de son petit ami. Rien n’a changé … En écrivant son roman, l’auteur s’attendait à ce qu’il soit lu en majorité par des lecteurs adultes, même si elle ne le destinait pas à un lectorat en particulier. Mais elle affirme avoir eu des retours de la part d’adolescents qui ont été touchés par l’histoire d’Evie.

Si le roman a marqué les lecteurs, il a aussi plu à des producteurs. Les droits ont en effet été achetés pour adapter l’histoire d’Evie à l’écran. On a proposé à Emma Cline d’écrire le script mais elle a décliné l’offre, parce que pour elle : « C’est fini ! ». C’est qu’elle a passé 3 ans à écrire The Girls, dont les deux derniers mois d’écriture intensive ont été consacrés aux passages les plus violents et les plus éprouvants. Elle a d’ailleurs d’autres projets. Elle a écrit un recueil de nouvelles et prépare un nouveau roman dont elle n’a pas voulu révéler le sujet.

Lorsqu’on lui demande si elle a lu Confessions d’un gang de filles de Joyce Carol Oates, Emma Cline répond à la négative (mais promet qu’elle le lira). Elle a toutefois lu, de Joyce Carol Oates, le recueil de nouvelles Where Are You Going, Where Have You Been? C’est d’ailleurs de cette lecture qu’elle a retenu le prénom Connie, qu’elle donne à l’un des personnages de The Girls.

Quant à son succès, Emma Cline préfère le vivre avec une certaine distance. Pour elle, le meilleur moment de cette aventure reste l’instant où elle a mis un point final au premier jet de son roman.

J’espère que ce compte-rendu vous a plu. Avez-vous déjà assisté à des rencontres avec des auteurs ?

(Je suis désolée pour la mauvaise qualité de la photo. Je n’avais pas mon appareil photo et j’ai dû me contenter de mon téléphone.)

Album photos·Visites et rencontres

Album photos #3 – Le château de Fontainebleau

Le château de Fontainebleau

En juillet dernier, j’ai visité pour la 3e fois (ou 4e ? je ne sais plus) le château de Fontainebleau. Ce que j’aime avec ce château, c’est que même après plusieurs visites, je découvre toujours de nouvelles choses, des détails qui n’avaient pas attiré mon regard la fois précédente. Et pour cette dernière visite, avec Steph (du blog Temps H, qui a fait un article détaillé de notre visite) nous avons enfin pu visiter les petits appartements ! On ne peut les voir qu’en visite guidée et pour la première fois, après plusieurs échecs, nous avons réussi à les visiter. Nous n’étions que trois pendant cette visite guidée, et ce fut un vrai plaisir. Le guide était passionné et nous racontait plein d’anecdotes. Les petits appartements étaient les vrais lieux de vie des monarques. Ces-derniers montraient l’étendue de leurs richesses à leurs visiteurs dans les grands appartements. La décoration des petits appartements est donc beaucoup moins fastueuse et on a vraiment l’impression de découvrir l’intimité des monarques lorsque nous les visitons (voir les deux dernières photos d’intérieur). Mais ce que j’aime par dessus tout dans le château de Fontainebleau, c’est cette impression de traverser les siècles de pièce en pièce. De François Ier à Napoléon III, les monarques et empereurs ont vécu plus ou moins longtemps dans ce château et y ont apporté leur touche. Le château fut même une résidence d’été des présidents de la IIIe République. C’est donc un immense livre d’histoire que je vous propose de découvrir en quelques photos.

Le château de Fontainebleau

Le château de Fontainebleau

Le château de Fontainebleau

Le château de Fontainebleau

dsc00913

Salle de bal du château de Fontainebleau

Le château de Fontainebleau

Le château de Fontainebleau

Salle du trône de Napoléon au château de Fontainebleau

Le château de Fontainebleau

Le château de Fontainebleau

Les petits appartements au château de Fontainebleau

Les petits appartements au château de Fontainebleau

Le château de Fontainebleau

Avez-vous déjà visité ce château ? Qu’en avez-vous pensé ?

Autre château : Album photos #2 – Le château d’Ecouen