Romans

[Rentrée littéraire] La serpe de Philippe Jaenada, une enquête sur un tragique fait divers

château d'escoire
Le château d’Escoire –  Le Matin du 15 juin 1943 – Source RetroNews BnF

Lorsque j’ai lu la quatrième de couverture de La serpe de Philippe Jaenada, j’ai été intriguée : un fait divers de 1941, un triple crime non résolu, et un prétendu coupable devenu écrivain après avoir été acquitté. Il n’en fallait pas plus pour éveiller ma curiosité et me donner envie de plonger dans les 600 pages de ce livre de la rentrée littéraire.

Je ne vais pas attendre la fin de cette chronique pour vous le dire : j’ai adoré !

Trois crimes sordides

En 1941, le château d’Escoire (près de Périgueux) est le théâtre d’un drame sordide. Le matin du 25 octobre, trois corps sont retrouvés : George et Amélie Girard, frère et soeur, les propriétaires du château, et Louise Soudeix, la bonne. Leurs crânes et visages sont lacérés à coups de serpe. Le corps de George baigne dans une mare de sang. Et celui d’Amélie, en plus d’être disposé dans une mise en scène glauque, a subi plus de violence que les deux autres. Il y a un survivant : Henri Girard, le fils, qui devient très vite le principal (et unique) présumé coupable. Les villageois l’accusent, et leurs témoignages brossent un portrait peu avantageux de l’héritier Girard : dépensier, violent, égoïste, il détesterait sa tante Amélie et serait insupportable avec son père.

Les enquêteurs sont rapidement convaincus, comme les villageois, que c’est Henri le coupable. La porte de la cuisine était fermée à clef de l’intérieur, et a priori, aucun autre accès n’aurait pu permettre à un individu d’entrer sans se faire remarquer. Les enquêteurs pensent que le grand désordre n’est qu’une mise en scène d’Henri pour faire croire que le coupable était un voleur.

Bien que l’enquête soit menée dans le but d’accuser Henri Girard, ce-dernier est acquitté à l’issue du procès, provoquant la stupéfaction. On crie à la corruption avant de laisser tomber l’affaire, bien qu’Henri Girard souhaite relancer l’enquête afin de trouver le coupable (manœuvre pour faire oublier que c’est lui ?). Henri Girard va ensuite vivre à Paris puis en Amérique du Sud avant de revenir en France, d’écrire un roman et de connaître le succès grâce à l’adaptation cinématographique de son œuvre. Bien qu’il persiste à clamer son innocence, le soupçon reste et l’ombre des trois crimes plane toujours autour de lui, même bien après sa mort dans les années 1980.

Aujourd’hui, le mystère reste entier.

Le lecteur partie prenante du récit

Philippe Jaenada pense lui aussi, en lisant des articles sur Henri Girard, que c’est lui le coupable. Il ne comptait pas écrire sur les crimes du château d’Escoire, mais son ami Emmanuel, petit-fils d’Henri Girard, lui a soufflé l’idée à plusieurs reprises.

Le texte est construit sur un schéma qui rend compte du changement d’opinion de Philippe Jaenada : dans un premier temps, il relate le parcours d’Henri Girard, son enfance, ses relations avec sa famille, et montre comment tout porte à croire qu’il est coupable. Dans un deuxième temps, l’auteur met en scène ses recherches (aux archives notamment) concernant les crimes et l’enquête. Cette structure illustre la manipulation dont nous pouvons être victime, en tant que personne se renseignant sur l’affaire et en tant que lecteur. Comme les membres du jury du tribunal de l’époque, nous sommes influencés par les témoignages des villageois et par les procès-verbaux des enquêteurs. Il ne faut que quelques pages pour nous faire une opinion sur Henri Girard et clamer sa culpabilité. Puis, dans la deuxième partie, nous prenons conscience que l’enquête n’a pas été menée avec une totale objectivité et qu’il y a eu de graves manquements aux règles.

Philippe Jaenada joue avec le lecteur, tel Jacques le fataliste avec son maître, référence souvent utilisée par l’auteur. Avec beaucoup d’humour, il se met lui-même en scène, comme un personnage de roman policier tentant de lever le voile d’un mystère non résolu. Il se plaît à s’imaginer en Hercule Poirot et fait rire par son autodérision. Dès le début, l’auteur provoque la surprise en racontant son voyage avec une voiture dont un voyant allumé l’informe d’un pneu dégonflé : mauvais présage pour son séjour dans le Périgord ? Se faisant une joie de multiplier des préjugés de citadins, il s’imagine les regards noirs des villageois qui lui en voudront de venir remuer un passé enterré. Mais rien de tout cela : les habitants des environs du château sont habitués aux questions et aident comme ils le peuvent l’apprenti enquêteur. Le décalage entre les clichés romanesques d’une enquête (aventures rocambolesques, danger de mort qui plane sur un personnage un peu trop curieux, des habitants récalcitrants à l’aider, des épreuves physiques parfois extrêmes) et les situations que vit Philippe Jaenada (séjour dans un hôtel confortable, population accueillante et prête à répondre à ses questions, travail aux archives et lecture de dossiers) est drôle et offre une réflexion sur les ressors dramatiques utilisés par les écrivains.

“(On attend les crimes, les coups de serpe, la barbarie et le mystère, j’en ai bien conscience, pardon, mais ça ne va plus tarder – dans Jacques le Fataliste, on poireaute (gaiement, mais tout de même) jusqu’aux dernières pages pour que Jacques raconte enfin à son maître comment il a relevé le jupon de la belle Denise sur ses cuisses pour lui enfiler une jarretière, rien de plus, on acclame Diderot à juste titre, j’estime qu’on ne peut pas m’en vouloir.)” (p.99)

Rire pour ne pas pleurer

J’ai beaucoup aimé l’humour de Philippe Jaenada, qui, loin d’être déplacé, permet de prendre un peu de distance avec les événements relatés. Comment ne pas être touché par ce qu’on nous raconte, comment ne pas imaginer l’horreur de la scène du crime ? Le rire intervient comme un remède bienvenu pour le lecteur comme pour l’auteur. Face aux absurdités des enquêteurs et juges qui ne semblent pas réaliser que leurs accusations (fondées ou non) pourraient mener à la mort du présumé coupable, nous sommes tentés, comme le poète du Moyen-Age François Villon, de “rire en pleurs”. Philippe Jaenada s’investit beaucoup dans cette enquête et, derrière ses drôles de digressions, on devine à quel point il s’attache à la famille Girard et prend à cœur leur destin funeste, tout en restant objectif.

Un éclairage nouveau sur l’affaire du château d’Escoire

L’auteur nous livre les résultats de ses nombreuses recherches et précise un détail de taille : ce sont des hypothèses. Philippe Jaenada n’a pas la prétention de résoudre un mystère vieux de plus d’un demi-siècle. Il s’est fait sa propre opinion et donne un éclairage nouveau sur l’affaire du château d’Escoire. Mais surtout, il offre un portrait tout en sensibilité d’Henri Girard (qui a pris George Arnaud comme pseudonyme pour écrire, c’est-à-dire le prénom de son père et le nom de jeune fille de sa mère), un portrait qui s’affranchit des accusations qu’a subies l’écrivain.

Portrait d’Henri Girard ; description d’une justice parfois (souvent) absurde, dans un contexte particulier (nous sommes alors en 1941) ; roman d’aventure d’un écrivain bravant tous les dangers pour enquêter dans le Périgord ; texte mettant en scène la relation auteur/lecteur, le premier se jouant de l’attente du deuxième à l’aide de longues digressions pleines d’humour… La serpe est un livre riche qui nous touche, nous remue, nous fait réfléchir, rire et trembler d’effroi. Nul doute que Philippe Jaenada mérite de figurer dans les premières sélections du Goncourt et du Renaudot.

La serpe de Philippe Jaenada

C'est le 1er, je balance tout

C’est le ler je balance tout #7

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Bonjour chers lecteurs,

Ça y est, c’est la fin du mois d’août. On ne parle que de la rentrée, du blues de la fin des vacances et chacun s’apprête à reprendre son train-train quotidien. Septembre est aussi synonyme de Rentrée littéraire, ce qui rend la fin de l’été moins difficile.

Mais avant de passer à septembre, un petit bilan du mois d’août s’impose. C’est parti !

  • le Top et le Flop de ce que j’ai lu le mois-dernier
  • au moins une chronique d’un autre blog
  • au moins un lien (hors chronique littéraire) qui m’a fait « Wahou »
  • ce que j’ai fait de mieux

 

  • Je balance : le Top et le Flop de ce que j’ai lu le mois-dernier

Coups de cœur 

En Août, j’ai poursuivi ma lecture du manga Library Wars, Love&War. Ce fut un beau coup de cœur dont je vous parlais dans cet article.

J’ai commencé La serpe de Philippe Jaenada il y a quelques jours. Je serais peut-être passée à côté de ce roman de la Rentrée littéraire si je ne l’avais pas vu à la bibliothèque. Le résumé m’a intriguée, j’ai hésité, puis je me suis lancée. Dès la première page, j’ai su que j’allais aimer. Est-ce que vous connaissez cette sensation, cette certitude, d’avoir trouvé un livre qui sera une lecture inoubliable ? C’est ce que j’ai ressenti en commençant La serpe. J’en suis à une centaine de pages, et cette sensation se confirme. L’auteur nous raconte l’histoire d’un fait divers et l’enquête qu’il mène lui-même. Bien que ce fait divers soit macabre, Philippe Jaenada y ajoute une touche d’humour qui n’est pas du tout déplacée. J’adore.

J’ai aimé Tokyo Vice de Jake Adelstein. Dans ce livre qui mêle autobiographie et fiction, l’auteur nous raconte son expérience de journaliste à Tokyo. Spécialisé dans le crime organisé et le trafic d’êtres humains, il a travaillé en lien avec la police et il nous montre qu’il y a parfois peu de différences entre les journalistes et les enquêteurs. C’est une plongée saisissante dans le Tokyo du crime, où l’horreur se mêle à l’absurde.

Je suis mitigée

J’ai lu Les folles espérances d’Alessandro Mari. Lemon June en avait parlé sur Instagram. Elle n’a pas terminé sa lecture mais elle en avait assez parlé pour me donner envie de le découvrir. C’est un beau pavé de plus de mille pages, que j’ai pris le temps de lire. Nous y suivons quatre personnages dans l’Italie de la fin des années 1830, c’est-à-dire une Italie non unifiée. J’adore ce genre de romans qui mêlent l’histoire des personnages à la grande Histoire. Cependant, j’ai trouvé à ce livre quelques longueurs et je me demande encore si je peux dire que j’ai aimé cette lecture.

  • Je balance : au moins une chronique d’un autre blog lue le mois dernier

J’aime beaucoup le rendez-vous « Mercredi c’est poésie » de Nina se livre, et j’ai été touchée par un poème de Paul Eluard, « L’amoureuse ».

Je voudrais aussi vous partager l’article de Pauline, du blog Histoires vermoulues, sur des « pirateries littéraires« . Ses conseils de lectures autour des pirates sont variés, alors chacun peut piocher quelques titres.

Charlotte, de U lost control, m’a donné envie de lire le manga La cantine de minuit de Yarô Abe (et m’a donné faim, aussi).

  • Je balance : au moins un lien (hors chronique littéraire) qui m’a fait « Wahou » le mois dernier

Les illustrations créées par Florence, de La Mouette, sur l’univers d’Harry Potter ! Je suis fan de ce que fait cette graphiste, alors j’ai vite adopté les fonds d’écran Harry Potter qu’elle propose.

  • Et enfin, je balance : ce que j’ai fait de mieux le mois dernier

L’exposition sur le séjour de Pierre le Grand en France, au château de Versailles ! J’attendais cette exposition avec impatience et je n’ai pas été déçue ! J’ai passé une très bonne journée avec Steph de Temps-H.

Je vous souhaite un doux mois de septembre.

Pour les autres participations au C’est le 1er je balance tout, c’est ici !

 

 

Visites et rencontres

Retour sur les premières relations franco-russes avec l’exposition Pierre le Grand un tsar en France au château de Versailles

expo pierre le grand

Cette année, il y a deux expositions que je voulais absolument visiter : l’exposition « Pierre le Grand, un tsar en France, 1717 » à Versailles, et l’exposition sur Napoléon au musée des beaux arts d’Arras (à partir d’octobre). Pour la première, c’est désormais chose faite ! Et encore une fois, j’ai fait cette visite en compagnie de Steph du blog Temps H (grande connaisseuse du château de Versailles, elle ne pouvait pas refuser de m’accompagner) !

Vous le savez peut-être déjà (j’en parle ici et ici), je suis passionnée par la Russie. Alors, dès que je vois quelque chose en lien avec ce pays (littérature, articles politiques, récits de voyage, et j’en passe), je n’hésite pas et je m’intéresse à tout ce que je peux trouver. Forcément, je me suis plongée dans l’histoire de la dynastie des Romanov, et quelle histoire ! Des meurtres, de la folie, des faux tsars, des personnes enfermées dans des couvents et des monastères, de la haine, du mystère, des questions…

Pierre le Grand n’est pas le premier tsar de cette dynastie. Le premier, c’est Michel Ier, son grand-père. Mais Pierre reste l’un des tsars les plus connus. Il fut le premier tsar à venir en France, en 1717, d’où cette exposition organisée au château de Versailles, en partenariat avec le musée d’Etat de l’Ermitage.

Mais avant de vous parler de l’exposition, quelques lignes sur l’histoire de Pierre le Grand.

Un règne mouvementé

Petite précision : l’histoire des Romanov étant très compliquée, je ne peux évidemment pas être exhaustive dans les explications. Je vous conseillerai des lectures en fin d’article pour en savoir plus.

Pierre nait en 1672. Il est, comme je le disais plus haut, le petit-fils de Michel Ier, premier Romanov à devenir tsar, et le fils d’Alexis Ier. Il est important de savoir que Michel Ier a été porté au trône par une assemblée, nommée l’Assemblée de la terre (le Sobor), constituée de 500 à 700 membres. Avant sa mort, il avait nommé comme héritier son fils aîné, Alexis Ier, qui en fit de même lorsque son tour vint. Mais le successeur d’Alexis Ier, Théodore, meurt, sans enfant. Alexis Ier avait eu deux épouses : une première avec qui il avait eu 13 enfants, dont Sophie, Theodore et Ivan ; et une seconde qui fut la mère du futur Pierre le Grand. A la mort de Théodose, deux clans (les familles des deux épouses) s’opposent (dans la violence, bien sûr). C’est une nouvelle fois l’Assemblée de la terre qui va décider de la succession. Elle nomme alors les demi-frères Ivan et Pierre co-tsars et Sophie régente. Oui : des co-tsars ! Pierre n’a alors que 10 ans et assiste, impuissant, au massacre de sa famille par Sophie. Après des années de complots politiques, les hommes forts du royaume décident de ne nommer qu’un tsar, Pierre le Grand. Sophie se rend à son demi-frère, qui décide de l’enfermer dans un couvent.

Pierre a alors 17 ans et n’a pas envie de régner, pas tout de suite, en tout cas. Il préfère parfaire son apprentissage (en art militaire et dans les sciences notamment) et laisse sa mère prendre la régence. Celle-ci s’entoure de son frère et du patriarche Joachim pour régner. Mais le patriarche s’oppose à toute ouverture vers l’Occident (contrairement à l’orientation voulue par Michel Ier et Alexis Ier). Tous trois mènent des politiques désastreuses et vont léguer à Pierre un pays dévasté. Le règne du tsar commence véritablement en 1694, à la mort de sa mère.

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Portrait de Pierre Ier, Enrico Belli (1859-1860), d’après Godfrey Kneller (1646-1723), Musée de l’Emitage

Pierre le Grand, qui a eu l’occasion d’approcher le cercle polaire arctique et d’observer les eaux gelées qui entourent la Russie et l’empêchent de devenir une puissance navale, est convaincu qu’il faut obtenir l’accès à des mers non gelées, ce qu’il fait en commençant son règne par une guerre contre l’Empire ottoman. Après sa victoire, il veut ouvrir à nouveau la Russie vers l’extérieur et notamment vers l’Occident. C’est la raison de sa première grande ambassade en Europe en 1697-1698 (il veut aussi trouver des alliés contre l’empire Ottoman). Il voyage incognito en Europe (en tout cas c’est ce qu’on lui laisse croire puisqu’en réalité, on sait très bien qui il est) et travaille notamment sur des chantiers navals dans les Provinces-Unies. Une révolte en Russie l’oblige à mettre fin à cette ambassade. S’éloigner pendant si longtemps ouvre la voie aux complots politiques, d’autant plus que la manière dont le tsar est arrivé sur le trône rend le pouvoir très instable.

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Manoeuvres de la flotte hollande données en l’honneur de la visite de Pierre Ier

Ce premier voyage en Europe va avoir une influence sur la politique menée par Pierre le Grand, qui s’inspire de toutes les connaissances qu’il y a acquises. Il fonde Saint-Pétersbourg en 1703, symbole de l’ouverture vers l’Occident. Mais cette ouverture, qui peut donner l’impression d’un pouvoir éclairé, s’accompagne en réalité d’une sévère répression. Pierre le Grand veut assurer son pouvoir et use pour cela de tous les moyens en sa possession.

Il fait un nouveau voyage en Europe en 1717 et séjourne en France du 21 avril au 22 juin, dans le but, entre autres, d’obtenir une alliance contre la Suède. C’est l’objet de l’exposition du château de Versailles.

Un tsar en France

Après avoir séjourné 3 jours à Dunkerque, Pierre le Grand arrive à Paris le 7 mai. Louis XIV étant mort en 1715, c’est Louis XV qui est roi de France, sous la régence de Philippe d’Orléans (le neveu du Roi-Soleil).

(à gauche, tableau de Philippe d’Orléans, Régent de France et de la marquise de Parabère en Minerve, par Jean-Baptiste Santerre ; à droite, buste du roi Louis XV)

Après avoir présenté Pierre le Grand et évoqué sa première ambassade, l’exposition s’attache à montrer plusieurs aspects de la visite du tsar en France et l’impact qu’elle a eu en Russie comme en France.

Nous sont présentés certains effets personnels du tsar, comme un costume d’été et sa pharmacie de campagne, par exemple.

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Globe terrestre de poche

Une salle dédiée à la cour de France nous montre comment fut reçu le tsar et quels honneurs lui furent accordés. J’ai été étonnée de voir que c’est le Régent puis le roi qui se sont déplacés pour rencontrer Pierre le Grand, et non l’inverse. Signe que la France reconnait en Pierre le Grand le dirigeant d’une grande puissance ? Louis XV attendra pourtant 1745 pour reconnaitre au tsar le titre de Grand et d’Empereur de toute la Russie  (alors qu’il portait ce titre depuis 1721). Quoi qu’il en soit, le tsar bénéficie des hommages dus aux monarques. Les succès militaires de Pierre le Grand ont changé le regard que portent les monarques européens sur la Russie, qui est désormais reconnue comme étant une puissance à prendre en compte.

Le tsar impressionne par sa stature (il mesure deux mètres !) et marque les esprits.

Le célèbre Saint-Simon fait le portrait de Pierre dans ses Mémoires : « […] Tout son air marquait son esprit, sa réflexion et sa grandeur, et ne manquait pas d’une certaine grâce. […] Dans cette simplicité, quelque mal voituré et accompagné qu’il pût être, on ne s’y pouvait méprendre à l’air de grandeur qui lui  était naturel. »

Nous sommes à la Cour de France, où l’étiquette régit tous les comportements. Pierre le Grand, qui impressionne déjà par sa taille, fait aussi réagir les Français par son comportement. Une scène en particulier va étonner la Cour. Le 10 mai, le roi Louis XV rend visite au tsar. Ce-dernier, faisant fi du protocole, prend le roi dans ses bras (Louis XV a alors 7 ans). Personne n’aurait osé agir ainsi.

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Louis XV rend visite à Pierre le Grand à l’hôtel de Lesdiguières, le 10 mai 1717, Louise-Marie-Jeanne Hersent, née Mauduit (1784-1862), 1838, Château de Versailles

Outre son physique et son comportement, Pierre le Grand fait aussi parler de lui pour l’intérêt qu’il porte aux sciences et aux techniques. Une salle de l’exposition est dédiée à cette passion et nous présente les multiples objets que le tsar a acquis en France et rapportés en Russie. Il fait de nombreuses visites (Manufacture des Gobelins, Jardin des Plantes, bibliothèques etc,.), pour ses propres connaissances mais aussi pour développer les sciences et techniques en Russie. Le 22 décembre 1717, le tsar est élu membre honoraire de l’académie royale des sciences.

Deux salles de l’exposition s’intéressent à la peinture, à l’architecture et aux arts décoratifs. Pierre souhaite en effet faire venir des peintres français en Russie pour y développer l’art pictural. C’est à un peintre français, Jean-Marc Nattier, que nous devons l’un des portraits les plus connus du tsar. Quant à l’architecture et aux arts décoratifs, si Pierre le Grand s’y intéresse, c’est pour faire de Saint-Pétersbourg une grande capitale. Il découvre le château de Versailles (qu’il compare à « un pigeon avec les ailes d’un aigle »…), Marly, Saint-Cloud… Il s’inspire de toutes ces visites pour faire de Saint-Pétersbourg une ville tournée vers l’Europe.

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Pierre le Grand par Jean-Marc Nattier, Musée de l’Ermitage

L’exposition se termine par une réflexion sur la postérité de cette ambassade. Le séjour de Pierre le Grand en France se conclut par la signature du premier traité de commerce franco-russe. C’est à partir de cette époque que les relations entre la France et la Russie vont naître et prendre de l’importance dans les questions diplomatiques mais aussi culturelles car de nombreux artistes français vont aller en Russie. L’année suivant cette ambassade, la Suède va subir une défaite contre la Russie, et le tsar va obtenir un nouvel accès maritime. Néanmoins, comme je vous le disais précédemment, Louis XV va attendre 1745 pour reconnaître le titre de Grand et d’Empereur de toute la Russie, titre que Pierre le Grand s’était fait octroyer en 1721.

Ce séjour a aussi un impact sur l’idée que se font les Français de Pierre le Grand. Son intérêt pour les sciences et sa curiosité intellectuelle font bonne impression, notamment chez les philosophes des Lumières, qui verront en Catherine II  son héritière. Cette image de souverain éclairé tend à faire oublier la face sombre de son règne : la violence des répressions, mais aussi le meurtre du tsarévitch Alexis, issu d’un premier mariage. Pour diverses raisons, le tsar ne voulait pas que ce fils prenne le pouvoir à sa mort, et fit ordonner son assassinat.

J’ai beaucoup aimé cette exposition sur le séjour de Pierre le Grand en France. Il y a une grande diversité d’objets présentés : peintures, cartes, effets personnels, statues, livres, tapisseries, instruments scientifiques… La majorité de ces objets viennent du musée de l’Ermitage et c’est une grande chance de pouvoir les admirer. J’ai apprécié le découpage thématique des salles et les éléments contextuels du début de l’exposition. Tout est fait pour nous plonger dans cette ambassade, début des relations franco-russes. En grande passionnée, j’attendais beaucoup de cette exposition et j’en suis ressortie ravie.

Si vous avez l’occasion de la voir, n’hésitez pas, que vous ayez des connaissances ou non sur Pierre le Grand. Les explications sont claires et vous donnent les clefs pour comprendre les enjeux du séjour du tsar en France.

 

Pour en savoir plus :

Pour faire cet article je me suis servie du livre Les Romanov, une dynastie sous le règne du sang, d’Hélène Carrère d’Encausse. Elle est LA référence pour l’histoire de la Russie.

Je vous recommande également le livre de Jean des Cars, La saga des Romanov. Je ne l’ai pas lu mais Steph l’a feuilleté et a maintenant envie de le lire (et elle a déjà lu des ouvrages de cet auteur, donc vous pouvez y aller) !

Sur Internet, le site Hérodote propose un résumé du règne de Pierre le Grand. Et la page Wikipédia est elle aussi assez complète.

Exposition Pierre le Grand, un tsar en France,  1717 au Grand Trianon – Château de Versailles, en partenariat avec le musée d’état de l’Ermitage – jusqu’au 24 septembre 2017

 

BD, Comics et Mangas

Mon coup de coeur estival pour le manga Library Wars – Love & War

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En juillet j’ai lu le premier volume de cette série de manga découverte par hasard. Depuis j’ai dévoré les volumes, jusqu’au dernier il y a quelques jours. C’est un gros gros coup de cœur et je ne pouvais pas ne pas vous en parler !

Library Wars – Love & War (de Kiiro Yumi) est inspiré du livre Library Wars de Hiro Arikawa, publié entre 2006 et 2007. Cette réécriture se présente sous la forme d’un shojo (catégorie de manga destinée à de jeunes adolescentes) de 15 volumes publiés entre 2007 et 2014. La série a été publiée en France par les éditions Glénat.

Une réflexion sur la liberté d’expression

Le récit se situe au Japon dans un futur alternatif. La loi d’amélioration des médias est au cœur d’une lutte de pouvoir puisqu’elle met en place une censure d’État. C’est un comité, le comité d’amélioration des médias, qui est chargé de veiller au respect de la loi et exerce ainsi une pression sur les publications (livres, journaux…). Le comité peut interdire des publications ou confisquer des ouvrages pour x raisons, comme atteinte aux bonnes mœurs par exemple. Face à cette censure, les directeurs de bibliothèques se sont battus pour instaurer une déclaration relative à la liberté des bibliothèques : ces-dernières peuvent ainsi collecter des documents, les proposer au public, protéger l’anonymat des lecteurs, et s’opposer à des censures injustifiées. Depuis s’est formé un corps des bibliothécaires, pour lutter contre le comité d’amélioration des médias. C’est un corps paramilitaire qui dispose d’une force armée : le groupe d’intervention des bibliothécaires (GIB).

Cette situation n’est pas qu’une toile de fond et la question de la liberté d’expression est exploitée dans chacun des volumes. Avec Iku Kasahara, l’héroïne, nous découvrons le corps paramilitaire du Kanto et plus particulièrement le GIB puisqu’elle est la première femme à intégrer ce groupe. Si au début il parait impossible de faire évoluer les choses, différents événements vont peu à peu apporter du changement. L’un des éléments les plus importants dans cette histoire, et que Kasahara réalise avec stupeur, est que la loi d’amélioration des médias a pu être mise en place grâce à l’indifférence de la population. Il n’y avait en effet que les bibliothécaires pour s’offusquer d’une telle mesure. Bien que ce manga soit un shojo, la lutte pour la liberté d’expression est omniprésente et transmet bien un message politique : il ne faut pas laisser un gouvernement limiter nos droits sans nous battre. Ce manga illustre bien les problèmes auxquels doivent faire face les bibliothécaires : concilier idéaux de paix et combats (ils ont l’autorisation de se servir d’armes mais ne le font que quand la situation les y oblige) ; obligation de défendre leurs droits dans les limites imposées par la loi, ce qui les pousse à réfléchir longuement pour établir des plans d’action ; et des divisions internes auxquelles aucun groupe ne peut échapper.

Malgré un contexte sombre, une légèreté bienvenue

Le manga Library War – Love & War parvient à conjuguer cette réflexion avec des éléments qui relèvent du shojo. Les deux dimensions s’accordent parfaitement et c’est la raison pour laquelle j’ai lu les 15 volumes en peu de temps.

Iku Kasahara a tout juste la vingtaine et a souhaité rejoindre le corps des bibliothécaires après avoir été sauvée par l’un d’entre eux alors qu’elle était encore lycéenne. C’est pour retrouver son « prince charmant » qu’elle travaille dur et devient l’un des éléments les plus prometteurs de sa promotion, contre l’avis de ses parents qui ne souhaitent pas qu’elle fasse un « métier d’homme ». Seule femme du GIB, Kasahara étonne par ses capacités sportives mais elle doit subir l’intransigeance de son supérieur, le lieutenant Dojo. La relation entre Kasahara et Dojo est assez prévisible mais cela n’enlève rien au plaisir que l’on a à suivre les événements. Il y a de plus une palettes de personnages qui, bien que secondaires au premier abord, prennent peu à peu une place plus importante et acquièrent même de la profondeur.

Iku Kasahara est un personnage que j’ai trouvé très intéressant. Depuis toute petite, elle a mal vécu le fait d’être plus grande que les autres et sa mère n’a jamais supporté son comportement qu’elle jugeait non féminin. Elle met du temps à s’affirmer et à reconnaître qu’elle est aussi intelligente que ses amis. Kasahara se sous-estime beaucoup trop et nous suivons avec elle son long chemin vers la confiance en soi. J’ai aimé l’évolution de ce personnage. Kasahara change, mais garde aussi un caractère entier qui fait d’elle quelqu’un de franc et sincère.

Il y a beaucoup de scènes convenues et attendues dans un tel manga mais je dois dire que je les ai beaucoup aimées. Les situations drôles apportent de la légèreté à cette histoire. On rit beaucoup malgré le contexte sombre et ce contraste m’a plu. Je lis des mangas depuis peu et je découvre l’univers shojo aux dessins caractéristiques (importance accordée aux yeux ; traits accentués pour lire les émotions…) avec plaisir. J’ai suivi sans ennui les atermoiements amoureux des personnages, je dirais même que je les ai lus avec beaucoup d’intérêts ! Je vous avoue (petite confession avant de conclure) que je suis tombée sous le charme de Dojo.

Je ne m’attendais pas à trouver tous ces éléments en commençant ce manga découvert par hasard à la bibliothèque. Intriguée par le titre, je me suis lancée sans a priori dans cette histoire et j’en suis ravie parce que j’ai adoré cette série ! J’étais à la fois heureuse et triste de la finir, signe qu’elle m’a véritablement marquée.

  La bonne nouvelle, c’est qu’il y a un animé !

 

 

Podcasts

Estelle, disparue : un documentaire France Culture qui ne laisse pas indifférent

Estelle, disparueUn documentaire France Culture, par Michel Pomarède

Estelle Mouzin avait 9 ans lorsqu’elle a disparu, en janvier 2003. Aujourd’hui, elle a/aurait dû avoir 24 ans. Nous avons, elle et moi, un an de différence. Comment ne pas se sentir touchée par cette histoire ? J’avais 10 ans lorsqu’elle a disparu, et je me souviens de la photo de cette petite fille brune au pull rouge. Quatorze ans plus tard, c’est toujours le flou. Personne ne peut dire ce qui s’est passé le 9 janvier 2003. Parfois, de nouvelles pistes redonnent de l’espoir, mais elles ne mènent pas vers Estelle.

Je n’aime pas les émissions sur des enquêtes criminelles. Le ton des présentateurs, les images, la musique…tout me fait peur (je suis une froussarde sur ce point). Mais le feuilleton de France Culture sur Estelle Mouzin m’a tout de suite plu. J’ai entendu le premier épisode par hasard, puis chaque semaine j’ai téléchargé les podcast dès qu’ils étaient disponibles. L’émission ne joue pas sur le sensationnel ni sur le pathos. Elle est touchante par sa sobriété. Chaque semaine, France Culture propose un chapitre thématique composé de 5 épisodes de 10 minutes chacun. Ces épisodes peuvent être téléchargés avant leur diffusion à la radio dans le cours de la semaine.

Les chapitres disponibles sont les suivants :

1/La mobilisation

2/L’enquête de la police

3/La contre-enquête des avocats

4/Le combat d’un père

5/Le regard des journalistes

6/Le travail des associations

Chaque épisode est l’occasion d’entendre des personnes ayant un lien avec l’affaire mais aussi de re-découvrir des archives d’émissions qui ont été diffusées tout au long de ces 14 années. “Estelle, disparue” nous fait plonger dans l’enquête et dans les arcanes judiciaires et médiatiques. Et au milieu de tout ça, il y a une famille. La personne que nous entendons le plus, parmi les proches d’Estelle Mouzin, est son père. Il a souhaité dès le début médiatiser la disparition d’Estelle, dans le but de la retrouver plus facilement. C’est avec beaucoup de pudeur qu’il revient sur ces années de recherche et sur ce que la disparition de sa fille a changé. C’est touchant de l’entendre parler d’Estelle, de l’entendre évoquer les bons moments qu’il a vécus avec elle, et les moments qu’il voudrait vivre à ses côtés. Eric Mouzin est un homme engagé et se bat pour que les techniques de recherche d’enfants disparus s’améliorent. Il s’est notamment battu pour la mise en place de l’alerte enlèvement.

L’émission nous fait re-vivre l’enquête et la diversité des points de vue nous aide à y voir plus clair sur le rôle joué par chacun. Faire les entretiens 14 ans après la disparition d’Estelle permet à chacune des personnes interrogées de prendre du recul et de réfléchir à ce qui a été fait et à ce qui a manqué. Chez toutes ces personnes, on retrouve la difficulté de ne pas trop s’impliquer émotionnellement dans l’affaire. Certaines évoquent la nécessité de mettre une barrière pour ne pas être détruites psychologiquement, mais cette barrière est bien peu de chose quand on prend part à une telle enquête.

La disparition d’Estelle a marqué toutes les personnes interrogées dans l’émission. Quatorze ans plus tard, l’enquête n’est pas terminée. Il y a eu une forte mobilisation, mais aussi des lacunes et des erreurs dans la recherche de la petite fille. Est-elle vivante ? Où est-elle ? Que s’est-il passé ? Ces questions reviennent dans chaque épisode. L’exemple de Natacha Kampusch est cité à plusieurs reprises pour montrer qu’on ne peut pas abandonner la recherche d’Estelle car il y a toujours l’espoir qu’elle soit vivante. On touche alors à la question du deuil, impossible à faire dans ce cas.

Ce feuilleton permet d’apprendre beaucoup de choses sur les enquêtes sur les disparitions d’enfants, sur la vie d’une famille après un tel drame et sur l’impact sur la société. Bien que des membres de la famille d’Estelle se confient, il n’y a aucun voyeurisme dans cette émission. Michel Pomarède (qui réalise ce feuilleton et les entretiens) ne pose pas de questions trop personnelles, mais il sait faire parler les personnes, simplement. J’apprécie tout particulièrement la place laissée aux silences. Parfois, l’absence de mots en révèle bien plus que de longues phrases. Ces silences nous disent toute la souffrance avec laquelle vivent les proches d’Estelle et les personnes concernées par l’enquête.

Il reste deux chapitres mais sais d’avance que ce sera trop court et que j’en voudrais plus parce qu’il y a énormément de choses à dire sur Estelle Mouzin et sur l’impact de sa disparition. En attendant la fin, je vous recommande vivement ce feuilleton qui ne laisse pas indifférent.

Le lien : Estelle, disparue

Vous pouvez aussi télécharger les épisodes en passant par l’application RF Podcast.

Ecoutez-vous des podcasts ? Avez-vous des recommandations à me faire ?

C'est le 1er, je balance tout

C’est le 1er je balance tout #6

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Bonjour chers lecteurs,

Le mois dernier je n’ai pas pu vous faire un résumé de mon mois de juin, alors cette fois je m’y suis prise en avance (je commence la rédaction le 29 juillet !). Mon dernier article ici date du 29 juin, il n’y a donc eu aucune publication pendant un mois. J’ai été assez occupée (je vous explique l’une des raisons à la fin de cet article) alors j’ai fait une petite pause, et ça n’était pas plus mal.

Comme d’habitude vous trouverez :

 

  • le Top et le Flop de ce que j’ai lu le mois-dernier
  • au moins une chronique d’un autre blog
  • au moins un lien (hors chronique littéraire) qui m’a fait « Wahou »
  • ce que j’ai fait de mieux

 

  • Je balance : le Top et le Flop de ce que j’ai lu le mois-dernier

 

napoléon jacques bainvilleEn juin, j’ai commencé la biographie de Napoléon écrite par Jacques Bainville (disponible en libre accès sur Gallica). J’ai terminé ma lecture en juillet. La biographie date (années 1930) mais, même si je préfère lire des biographies récentes pour être informée des dernières découvertes, je me suis laissée convaincre par Franck Ferrand. Et tant mieux ! J’ai beaucoup aimé cette lecture, grâce à laquelle j’ai appris plein de choses sur Napoléon et son entourage. La biographie est agréable à lire, et je vois maintenant sous un nouveau jour pas mal d’aspects de la vie de l’empereur. Mais pour comparer les thèses de Jacques Bainville avec d’autres plus récentes, je compte lire une autre biographie.

 

je me promets d'éclatantes revanchesAutre coup de cœur pour Je me promets d’éclatantes revanches de Valentine Goby aux éditions de l’Iconoclaste. C’est un livre de la rentrée littéraire (à paraître fin août) que j’ai lu pour le magazine Maze. Dans ce livre, Valentine Goby explique comment elle a découvert Charlotte Delbo et nous fait part de sa lecture des œuvres de cette rescapée des camps. J’en parlerai plus longuement dans un article pour Maze.

 

 

 

un printemps à tchernobylJ’ai apprécié la BD Un printemps à Tchernobyl d’Emmanuel Lepage (éditions Futuropolis). L’auteur se rend à Tchernobyl avec des membres d’une association. Ensemble, ils vont vivre sur des terres contaminées par la catastrophe nucléaire de 1986. Emmanuel Lepage doit rendre compte de la vie des survivants et montrer l’horreur de la situation. Mais là-bas, sur ces terres désolées, il découvre qu’il y a aussi la vie, des enfants qui jouent et qui rient. Il se demande alors s’il peut montrer ces enfants qui respirent la joie de vivre, ou s’il doit s’en tenir à dessiner les effets de l’explosion de la centrale nucléaire. Paradoxalement, quelque chose de beau naît en pleine horreur.

 

library warsLe premier volume du manga Library Wars (Glénat) m’a plu pour son histoire mêlant scénario sombre et légèreté. Dans un futur alternatif, le pouvoir politique japonais décide d’interdire les livres. Les bibliothèques forment alors des armées pour les préserver. Iku Kasahara est une jeune élève formée pour intégrer le corps armé des bibliothèques. Légèrement maladroite et peu sûre d’elle, elle découvre qu’être sportive ne lui suffira pas et qu’il lui faut aussi apprendre à l’école mais aussi supporter son instructeur. Il y a une réflexion sur la liberté d’expression mais le manga reste une lecture-détente (en tout cas en ce qui concerne le premier volume).

 

Le-deuxieme-sexeEnfin, ma dernière lecture de juillet fut une lecture abandonnée. J’ai commencé le deuxième volume du Deuxième sexe de Simone de Beauvoir. Ce volume explique la célèbre phrase « On ne naît pas femme, on le devient ». Mais ces explications empruntent beaucoup trop à la psychanalyse, à mon goût. Je n’adhère pas aux théories de Freud. Or, ici l’auteur prend en exemple des patientes décrites par des psychanalystes. Un passage m’a fait lâcher le livre : Simone de Beauvoir y parle d’une patiente qui, enfant, avait peur d’avoir une crise d’appendicite. L’auteur explique alors que cette peur illustrait sa crainte d’être violée… Après ça, j’ai préféré abandonner le livre et garder en mémoire le premier volume, que j’avais trouvé plus intéressant.

 

Depuis un peu plus d’une semaine, je ne lis pas de livre. Tous les étés je traverse ce genre de moment. J’ai très envie de lire, mais je ne sais pas quels livres choisir. Tout me fait envie, et en même temps, aucun livre ne parvient à retenir mon attention. Alors j’attends, tout simplement, et j’en profite pour vaquer à d’autres occupations.

 

  • Je balance : au moins une chronique d’un autre blog lue le mois dernier

Gaëlle (Pause Earl Grey) parle régulièrement de romans steampunk. J’ai envie de découvrir ce genre depuis quelques temps et en juillet, Gaëlle a proposé une chronique d’un recueil de nouvelles dont le fil rouge m’intrigue beaucoup : les nouvelles se passent sous le règne de Napoléon II ! Le résumé me tente, malheureusement le titre n’est pas disponible à la bibliothèque (et il coûte un peu cher). Peut-être craquerai-je quand même !

  • Je balance : au moins un lien (hors chronique littéraire) qui m’a fait « Wahou » le mois dernier

J’ai découvert le blog Orion en aéroplane, qui propose des articles sur des visites de musées mais aussi des articles sur le cyclotourisme notamment. J’aime beaucoup ce blog et j’ai décidé de vous partager le lien vers un article sur le musée de la dentelle et de la mode de Calais. J’ai visité ce musée en avril dernier mais je n’avais pas pris le temps d’en faire un article, et surtout, il y a des informations très techniques à prendre en compte. Orion en aéroplane propose un article complet et passionnant.

Je suis le feuilleton proposé par France Culture : « Estelle, disparue. » Je ne vous en dis pas plus car je vous prépare un article.

  • Et enfin, je balance : ce que j’ai fait de mieux le mois dernier

Je suis allée voir le film Dunkirk de Christopher Nolan (vous l’avez peut-être vu sur ma page Facebook). Je suis originaire de Dunkerque, et ça fait plus d’un an que nous attendons ce film ! C’est un gros gros gros coup de cœur. Je compte en faire un article aussi, notamment pour évoquer les critiques sur la quasi absence des Français dans le film (elle ne m’a pas gênée et je vous expliquerai pourquoi).

Mon mois de juillet a été marqué par Partir en livres. J’ai organisé des animations autour de la lecture pour les enfants des quartiers de ma commune dans le cadre de cet événement lancé par le Centre national du livre. Avec la bibliothèque et en partenariat avec une association d’éducateurs qui interviennent dans les quartiers, nous avons pris des caisses de livres, organisé des jeux, et chaque jour nous avons changé d’endroit. Je craignais qu’il n’y ait personne, mais les enfants étaient bien là (plus d’une centaine en sept après-midi !) et ont adoré. J’espère que ces animations seront renouvelées l’année prochaine !

partir en livres image blog

 

Comme d’habitude, pour voir les autres participations à ce rendez-vous, c’est chez le Loupiot que ça se passe !

 

Et vous, que diriez-vous sur votre mois de juillet ?

Album photos·Visites et rencontres

Album photos #7 – Visitons la cathédrale d’Amiens avec Marcel Proust

Après mon week-end à Saint-Valéry-sur-Somme en avril dernier, je suis passée par Amiens. Je vous ai déjà parlé de la maison de Jules Verne. Mon voyage dans le temps s’était ensuite poursuivi par la visite de la cathédrale d’Amiens. J’ai alors marché sur les pas de Marcel Proust et de John Ruskin. Tous les deux ont mis des mots sur leur visite puisque le premier a traduit l’ouvrage du second : La Bible d’Amiens.

Je vous propose de découvrir cette cathédrale avec les mots de Marcel Proust (il a décrit sa propre visite dans la préface de l’ouvrage) et mes photos.

« Vous aurez peut-être alors comme moi la chance de voir la cathédrale, qui de loin ne semble qu’en pierres, se transfigurer tout à coup, et, – le soleil traversant de l’intérieur, rendant visibles et volatilisant ses vitraux sans peintures, – tenir debout vers le ciel, entre ses piliers de pierre, de géantes et immatérielles apparitions d’or vert et de flamme. »

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La Vierge dorée – « Sortie sans doute des carrières voisines d’Amiens, n’ayant accompli dans sa jeunesse qu’un voyage, pour venir au porche Saint-Honoré, n’ayant plus bougé depuis, s’étant peu à peu hâlée à ce vent humide de la Venise du Nord qui au-dessus d’elle a courbé la flèche, regardant depuis tant de siècles les habitants de cette ville dont elle est le plus ancien et le plus sédentaire habitant, elle est vraiment une Amiénoise. Ce n’est pas une œuvre d’art. C’est une belle amie que nous devons laisser sur la place mélancolique de province d’où personne n’a pu réussir à l’emmener, et où, pour d’autres yeux que les nôtres, elle continuera à recevoir en pleine figure le vent et le soleil d’Amiens, à laisser les petits moineaux se poser avec un sûr instinct de la décoration au creux de sa main accueillante, ou picorer les étamines de pierre des aubépines antiques qui lui font depuis tant de siècles une parure jeune. »

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« En voyant monter vers le ciel ce fourmillement monumental et dentelé de personnages de grandeur humaine dans leur stature de pierre tenant à la main leur croix ; leur phylactère ou leur sceptre, ce monde de saints, ces générations de prophètes, cette suite d’apôtres, ce peuple de rois, ce défilé de pécheurs, cette assemblée de juges, cette envolée d’anges, les uns à côté des autres, les uns au-dessus des autres, debout près de la porte, regardant la ville du haut des niches ou au bord des galeries, plus haut encore, ne recevant plus que vagues et éblouis les regards des hommes au pied des tours et dans l’effluve des cloches, sans doute à la chaleur de votre émotion vous sentez que c’est une grande chose que cette ascension géante, immobile et passionnée. Mais une cathédrale n’est pas seulement une beauté à sentir. Si même ce n’est plus pour vous un enseignement à suivre, c’est du moins encore un livre à comprendre. Le portail d’une cathédrale gothique, et plus particulièrement d’Amiens, la cathédrale gothique par excellence, c’est la Bible. »

J’ai été subjuguée par la beauté de la cathédrale et j’espère que mes photos vous donneront envie de venir dans les Hauts-de-France ! Le texte La Bible d’Amiens de John Ruskin et traduit par Marcel Proust est disponible sur Gallica.