Un hiver en Russie

Un hiver en Russie-Bilan de janvier

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C’est l’heure du bilan de janvier pour le rendez-vous Un hiver en Russie.

J’ai fait mieux que le mois de décembre puisque j’ai publié deux articles le mois-dernier. Je vous ai invités à traverser la Russie avec Michel Strogoff et à vivre les guerres napoléoniennes côté russe avec l’adaptation de Guerre et paix par Sergueï Bondartchouk.

D’autres blogs se sont mis à l’heure russe, et j’en suis ravie ! Petit tour d’horizon.

Un grand merci à vous pour votre participation ! J’ai découvert des textes et ai noté les références pour plonger moi-même dans ces ouvrages. Si j’ai oublié un lien, n’hésitez pas à me le dire.

J’ai fait mieux en janvier qu’en décembre, alors je vais essayer de poursuivre sur ma lancée et de vous proposer plus de deux articles en février. On y croit !

En attendant je vous souhaite un bon dimanche et vous dis à bientôt.

 

 

Cinéma·Politique&Culture·Un hiver en Russie

Guerre et paix de Sergueï Bondartchouk ou comment vaincre Napoléon en pleine Guerre froide

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Après avoir lu Guerre et paix l’année dernière, je voulais retrouver les personnages qui m’avaient fait vivre tant d’aventures à travers les adaptations cinématographiques et télévisées. J’ai tenu deux ou trois minutes devant l’adaptation de King Vidor (avec Audrey Hepburn). Le film réécrit l’histoire dès les premières secondes : ça ne m’allait pas, non, je voulais une adaptation fidèle. J’ai regardé le premier épisode de la série tv réalisée par Tom Harper pour la BBC (2016, avec notamment Lily James et James Norton). Je n’ai pas poursuivi. Malgré le décor (des scènes ont été tournées dans le Palais d’Hiver à Saint-Pétersbourg), je n’ai pas accroché à cause des acteurs qui ne correspondaient pas à l’idée que je me faisais des personnages. J’apprécie Lily James, je l’ai notamment trouvée très bien dans Les heures sombres dernièrement, mais elle ne me paraissait pas convaincante en Natacha Rostov.

Heureusement pour moi, ce ne sont pas les seules adaptations du chef d’oeuvre de Tolstoï. Il y en avait une que je rêvais de voir : celle réalisée par Sergueï Bondartchouk. Quand l’occasion s’est présentée, je n’ai pas hésité : j’ai pu voir le film pendant l’Arras Film festival en version restaurée. Je n’ai pas regretté de passer sept heures au cinéma (oui, sept, mais avec des pauses, je vous rassure !). Pourquoi ? Je vous explique tout !

(Petite précision : je dévoile un élément du récit dans l’avant-dernière partie de mon article (la partie sur les incohérences). Ce n’est pas un fait majeur, mais je préfère prévenir.)

Un contexte particulier

Guerre et Paix a été réalisé de 1965 à 1967. Les préparatifs remontent quant à eux à 1962.   Nous sommes alors en pleine Guerre froide. En 1962, la crise des missiles de Cuba fait craindre le pire. Les chefs d’Etat américain et russe ne sont pas loin d’appuyer sur le bouton nucléaire. Le monde entier retient son souffle. La crise est ensuite désamorcée et un dialogue s’établit entre Kennedy et Khrouchtchev. Mais les rivalités demeurent et d’autres points de discorde vont les alimenter, à travers notamment ce qu’on appelle les guerres périphériques. Dans ce contexte, la culture est un bon moyen d’affirmer sa supériorité sur les autres peuples. C’est qu’il faut motiver les troupes ! Ne serait-ce pas de la propagande, tout ça ? Et oui ! Le film Guerre et Paix est un produit de propagande soviétique.

Sergueï Bondartchouk avait la confiance du pouvoir : « Artiste du peuple soviétique », il a reçu les prix Staline et Lénine en 1952, et a été fait membre de l’Ordre de Lénine en 1967.

Il faut également préciser que l’adaptation de King Vidor date de 1956. Ce film avait reçu le Golden Globe du meilleur film étranger. On peut donc voir l’adaptation du réalisateur soviétique comme une réponse à ce film.

Et le film, alors ?

C’est un film de propagande, certes, mais il n’en reste pas moins une fidèle adaptation du roman. Les acteurs correspondent tout à fait à l’image que je me faisais d’eux. Andreï Bolkonsky et Natacha Rostov m’ont particulièrement plu. La prestance du prince et son sens du devoir sont telles que décrites par Tolstoï. Quant à Natacha, l’actrice parvient à merveille à faire ressentir les paradoxes qui habitent le personnage : mélange de candeur, de naïveté et de maturité, elle est volatile mais ferme une fois qu’elle a pris une décision. L’une de mes scènes préférées, dans le livre et dans le film, est lorsque Natacha et son frère Nicolas se rendent chez leur oncle à la campagne. Le soir venu, Natacha danse au son d’une chanson populaire russe. Elle qui ne connait que les bals de Moscou et Saint-Pétersbourg, danse sur cet air comme si elle l’entendait depuis toujours. L’âme russe, si mystérieuse, est personnifiée par cette Natacha dansant. Et c’est beau, tout simplement. (j’ai cherché l’extrait sur youtube mais ne l’ai pas trouvé)

Difficile de retranscrire les atermoiements des personnages dans un film. Le tour de force de celui-ci, à mes yeux, est d’entrer dans la tête des personnages. Nous les entendons parler en leur for intérieur, ce qui permet de mieux les comprendre. Pour un récit comme Guerre et Paix, dans lequel la description des pensées prend autant (voire plus) de place que les dialogues, c’est un procédé intéressant qui évite de faire perdre de la profondeur aux personnages.

Il faut aussi voir cette adaptation pour les scènes de bataille. Elles sont grandioses : des figurants par milliers (on raconte qu’il y aurait eu 120 000 figurants, des soldats, pour la seule bataille de Borodino (bataille de la Moskova pour nous, Français) mais Sergueï Bondartchouk a nié). Le spectateur est plongé dans les guerres napoléoniennes. Les scènes de bataille se suivent et ne se ressemblent pas. L’une d’entre elles dure pas moins de 45 minutes. Les stratégies militaires sont détaillées et les mouvements de troupes impressionnants.

Mais si vous n’aimez pas les batailles, n’ayez crainte. Les scènes de bal n’ont rien à leur envier. Des centaines de danseurs nous font tourner la tête dans des palais luxueux. Les costumes sont sublimes, les musiques entraînantes et les mouvements des acteurs plein de grâces. On en prend plein les yeux.

Mais quelques incohérences…

Quelques détails m’ont tout de même chagrinée. Après la fameuse bataille de Borodino (dans la deuxième moitié du film), que le réalisateur déclare gagnée par les Russes (en réalité, l’issue est mitigée et il n’y a ni vainqueur ni perdant, on comprend donc pourquoi le film redouble d’attention sur cette scène !), l’adaptation m’a paru perdre en cohérence. Cela tient notamment à un élément concernant Pierre Bézoukhov (joué par Sergeï Bondartchouk lui-même). Il se trouve que ce personnage entre dans la franc-maçonnerie au cours du récit. Et ça, les Soviétiques n’allaient sûrement pas l’évoquer… surtout pour un personnage joué par le réalisateur ! Mais au lieu de supprimer toutes les scènes ayant trait de près ou de loin à cette appartenance maçonnique, le réalisateur a gardé certains éléments, comme un ami de Pierre, recherché par les autorités, et que Pierre cache chez lui. Alors que la Grande armée entre dans Moscou, un soldat français élit domicile chez Pierre et découvre cet homme. L’ami de Pierre se cache et est devenu fou : impossible de comprendre pourquoi si on n’a pas lu le livre…

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Sur l’affiche, Pierre Bezoukhov interprété par Sergueï Bondartchouk

Dans l’ensemble, à partir de l’incendie de Moscou, j’ai trouvé que le film souffrait de longueurs. Etait-ce parce que j’avais passé trop de temps au cinéma et que j’avais besoin d’une pause plus longue ? Peut-être. Mon attention s’est en tout cas un peu relâchée.

Devient-on communiste après avoir vu le film ?

Clairement, non, ce n’est pas l’objectif du film ! J’ai mis cette question en sous-titre parce qu’en faisant mes recherches, j’ai lu dans un forum : « Mais non ce film n’est pas de la propagande, il se passe au XIXe siècle, rien à voir avec l’URSS ! ».

Effectivement, on ne parle pas communisme dans Guerre et Paix, ce serait légèrement anachronique. Mais il y a bien un message politique : quiconque ose s’aventurer sur le territoire russe sans autorisation sera sévèrement puni. Les Soviétiques nous disent, et préviennent les Américains : « Voyez ce qui est arrivé à Napoléon, l’un des plus grands chefs militaires de l’Histoire ». Napoléon, qui a gagné de nombreuses batailles, qui a étendu son influence sur une grande partie de l’Europe, n’a pas pu vaincre la Russie. Voilà ce que nous dit Guerre et Paix. Le film montre les immenses terres russes, qui peuvent devenir redoutables pour celui qui ne connait pas l’hiver de ce pays. Napoléon, ce grand vainqueur, s’est laissé prendre au piège des saisons. 

Guerre et Paix montre également la grandeur des Russes. En l’occurence, c’est surtout l’aristocratie qui nous est présentée. Aristocratie, qui, il est vrai, a été combattue par les bolcheviks (mais la propagande n’en est pas à une incohérence près). En plusieurs personnages principaux réside un grand amour pour leur pays. Ils aiment la Russie et sont prêts à la défendre, quitte à y perdre la vie. Le courage des soldats est lui aussi illustré à plusieurs reprises.

Enfin, je pense que le film sert aussi de poudre aux yeux : il faut montrer aux Occidentaux qu’en URSS, on est prêt à dépenser énormément d’argent pour un film. Preuve (ou pas), que les caisses sont pleines. Les Soviétiques veulent montrer qu’ils ont les moyens, financiers et techniques, de faire de grandes productions. Le film a d’ailleurs  été présenté au Festival de Cannes en 1967 (sélection hors compétition) et a reçu l’Oscar et le Golden Globe du meilleur film étranger en 1969.

 

***

Bien sûr, si l’envie vous prend de visionner cette adaptation, rien ne vous obligera à penser à la Guerre froide. Guerre et Paix peut se regarder comme un film de divertissement et/ou comme un film historique sur l’époque napoléonienne. Vous pourrez apprécier l’histoire des personnages (de l’amour, de la haine, de la rancoeur, des espoirs déçus, de la cupidité, de l’envie…) et admirer les paysages, les palais et les costumes. Les différents niveaux de lecture offerts par ce film en font une oeuvre passionnante que je vous recommande. Il faudra toutefois vous intéresser un minimum à l’histoire et aux personnages avant de le visionner : la lecture d’un résumé détaillé ne sera pas de trop. J’ai entendu des spectateurs qui ne connaissaient pas l’histoire et ils n’ont pas compris certaines scènes du film.

 

Un hiver en Russie

Un hiver en Russie-Bilan de décembre

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Le mois de janvier va bientôt tirer sa révérence, alors je me suis dit qu’il était peut-être temps de faire un bilan du mois de décembre en ce qui concerne mon hiver en Russie.

Je n’ai publié aucun article sur la Russie en décembre, mais heureusement, d’autres blogs s’en sont chargés !

Purple a proposé plusieurs articles très intéressants sur son blog !

Ségolène du blog Musea Urania a plongé dans Le Maître et Marguerite de Mikhaïl Boulgakov, un « ovni littéraire » à découvrir !

Merci Purple et Ségolène pour votre participation ! J’ai aimé lire vos chroniques.

Si j’ai oublié des articles, n’hésitez pas à me le dire en commentaire.

D’autres blogs ont participé à Un hiver en Russie en janvier, je vous en parlerai dans le prochain bilan mensuel.

A bientôt !

 

 

Journal de bord

Journal de bord #3 – Mon bilan 2017

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Avant toute chose, je vous souhaite une belle et heureuse année. J’espère qu’elle vous apportera ce que vous désirez, qu’elle vous sera douce, remplie de beaux moments partagés avec les personnes que vous aimez, et qu’elle vous mettra entre les mains des livres passionnants qui vous feront rêver, réfléchir, voyager…

Voici venu le moment de faire un bilan de 2017, une année qui fut difficile pour moi puisqu’elle fut marquée par ma recherche d’un emploi. J’ai traversé une année pleine de doutes, de perte de confiance en soi, de remise en question. Je me suis souvent demandé si j’avais fait les bons choix. Mais heureusement, ce fut aussi une année où j’ai pu passer plus de temps avec ma famille, et où celle-ci m’a beaucoup soutenue. Et finalement, 2017 s’est terminée avec une embauche. J’espérais trouver un emploi avant les fêtes de fin d’année, pour pouvoir les passer en toute sérénité. Et c’est ce qui est arrivé. Fêter ça avec mes proches fut mon plus beau cadeau de Noël.

Le blog a vécu au rythme de mes hauts et bas. Mais il est resté un espace où j’ai aimé venir me réfugier dans mes moments de doute. Les livres m’ont été d’un grand secours, et si je n’ai pas lu plus de livres que pendant mes études, j’ai toutefois plongé dans des pavés qui m’ont fait oublier mes soucis. Le blog a été quelque peu délaissé en fin d’année, et l’une des raisons est que j’ai écrit des articles pour un journal papier à Arras. Ce fut une belle expérience : j’ai adoré retrouver mes articles dans le journal, et surtout, j’ai aimé rencontrer des personnes pour raconter leurs histoires. J’ai notamment eu le grand honneur de rencontrer un ancien combattant de 97 ans. J’ai beaucoup appris lors de ces rencontres, et j’ai pu prendre conscience de l’énergie qui émane des associations, et des citoyens en général, pour s’investir dans la vie de leur commune. J’ai également pu couvrir l‘Arras Film Festival, une expérience que je ne vais certainement pas oublier !

Mais venons-en à l’objet du blog : la culture. Je vous le disais plus haut, j’ai beaucoup lu. Je voudrais profiter de cet article pour vous parler des livres que je n’ai pas commentés sur le blog.

Parmi mes lectures coup de cœur de l’année figurent :

Le comte de Monte Cristo Alexandre DumasLe comte de Monte Cristo d’Alexandre Dumas – Je ne peux pas vous offrir un résumé parce qu’il y a tant à dire sur ce roman ! On suit Edmond Dantès dans sa soif de vengeance, et on va de surprise en surprise. Je me suis dit de nombreuses fois « Mais comment a-t-il pu prévoir ça ? Mais comment a-t-il pu préparer tout ça ? ! Alexandre Dumas a un tel talent de conteur qu’on plonge dès la première ligne dans l’histoire de son personnage. Et après, on ne peut pas ne pas y penser. Le livre est addictif, tout simplement.

Sapiens Yuval Noah HarariSapiens de Yuval Noah Harari – Écrire une histoire de l’humanité, peu de savants auraient osé s’y risquer. Yuval Noah Harari l’a fait. On commence à l’époque de la préhistoire et on termine à la nôtre. Entre deux, une re-découverte passionnante de l’évolution humaine. L’auteur nous fait voir l’humanité sous un angle nouveau. Chaque page nous apprend quelque chose. Après avoir lu ce livre, je me suis posé beaucoup de questions et c’est ce que j’aime avec ces livres : on revient sur ce qui nous semblait évident pour découvrir que beaucoup de faits ne le sont pas. C’est clair, fluide, agréable à lire. Je le recommande !

L'amie prodigieuse Elena FerranteL’amie prodigieuse d’Elena Ferrante – Je n’ai lu que les deux premiers volumes et j’attends la sortie du troisième en format poche avec impatience. J’ai adoré suivre les aventures de Lena et Lila, deux jeunes filles puis femmes en proie à une société italienne qui n’est pas tendre avec elles. Elles ont soif d’indépendance, mais leur quartier pauvre de Naples les rappelle sans cesse à lui. La relation que nouent Lena et Lila est faite d’amitié/jalousie/admiration, un mélange détonant qui les retient toujours l’une à l’autre. Vivement que je puisse lire le 3e volume !

la promesse de l'aube Romain GaryLa promesse de l’aube de Romain Gary – J’ai enfin lu un livre de Romain Gary ! Il était temps. Et pourquoi ai-je tant attendu ? Je me le suis demandé de nombreuses fois. Dans La promesse de l’aube, récit qui mêle autobiographie et fiction, l’auteur raconte sa relation mère-fils qui a eu une grande incidence sur sa vie. C’est une sublime déclaration d’amour à sa mère.

 

J’ai aussi eu un énorme coup de coeur pour La serpe de Philippe Jaenada, que j’ai commenté sur le blog (lien vers l’article plus bas).

Sur le blog – Les articles les plus lus en 2017 :

La guerre et la paix de Tolstoï #1 – Entre roman et traité d’histoire – La diffusion sur France 2 les 25 décembre et 1er janvier de l’adaptation en mini-série de la BBC n’est pas étrangère à cet intérêt pour mon article ! Avez-vous vu cette adaptation ?

Mon rendant-vous manqué avec Et à la fois je savais que je n’étais pas magnifique de Jon Monnard

[Rentrée littéraire] La serpe de Philippe Jaenada, une enquête sur un tragique fait divers

Sur le blog  – Les articles les moins lus en 2017

Mon coup de coeur estival pour le manga Library Wars – Love & War

Tag Liebster Award – Où je réponds aux questions d’Elsa

Génération – Paula McGrath

Et pour 2018 ?

Pas de programme ni de lecture prévus ! Je vais poursuivre mon hiver en Russie avec plaisir, puis naviguer de découverte en surprise. J’espère que cette année, comme en 2017, j’aurai toujours plaisir à venir partager avec vous sur mes lectures mais aussi mes visites ! J’aurais pu vous parler de mes sorties culturelles de 2017 mais cet article est déjà assez long. Je voudrais juste en profiter pour vous dire que j’ai partagé plusieurs visites avec Steph du blog Temps H, et que ce fut à chaque fois un plaisir de retrouver cette partenaire de choc ! J’espère que nous poursuivrons sur notre lancée en 2018. Et il se pourrait bien qu’un projet de voyage avec Cécile de Cécile-Voyage se concrétise !

Si vous êtes arrivés jusqu’ici, je vous remercie de m’avoir lue et je vous souhaite à nouveau une bonne année !

Romans·Un hiver en Russie

De Moscou à Irkoutsk, traverser l’immense Russie avec Michel Strogoff de Jules Verne

Mon premier article de 2018 concerne un livre de Jules Verne, et pas n’importe lequel : un livre dont l’action se déroule en Russie ! Le mois de décembre a été chargé et je n’ai  publié aucun article. Je n’ai toutefois pas perdu mon envie de publier des articles sur la Russie (voir mon article Hiver russe pour la séance de rattrapage) et c’est pourquoi je commence 2018 avec une chronique sur ce thème (au passage : je vous souhaite une très belle année !).

Michel Strogoff de Jules Verne

Je vous ai déjà parlé de Jules Verne à l’occasion de la visite de sa maison à Amiens. J’ai baigné dans son univers depuis mon enfance et je suis toujours fascinée par ses récits où se mêlent grandes aventures et imaginaire. Il était donc inimaginable que je ne lise pas son Michel Strogoff. Je me disais que Jules Verne + Russie, ça ne pouvait qu’être parfait. Et je ne me suis pas trompée !

Le contexte politique

Jules Verne entame la rédaction de Michel Strogoff à une époque où la France recherche le soutien de la Russie. Nous sommes alors en 1875 et la France a été considérablement affaiblie par la guerre franco-prussienne de 1870. L’éditeur de Jules Verne, Pierre-Jules Hetzel, est donc particulièrement vigilant. Il soumet le texte de l’écrivain à l’ambassadeur russe à Paris, le prince Nicolaï Orloff. Ce-dernier soumet des corrections. Alors que Jules Verne insistait sur le caractère exotique de la Russie (les Français connaissent alors très peu ce pays), l’ambassadeur préférait montrer que c’est un pays civilisé au même titre que les pays européens. Pas question non plus, pour l’ambassadeur, de dépeindre un tsar trop autoritaire. Si le tsar n’est pas nommé dans le texte, certains éléments semblent indiquer qu’il s’agit d’Alexandre II, dont la politique a d’abord été libérale (abolition du servage par exemple) puis plus autoritaire. C’est le caractère libéral de sa politique que l’ambassadeur souhaite mettre en avant.

Pour s’assurer du réalisme de son oeuvre, Jules Verne fait également lire son texte par l’écrivain russe Tourgueniev, dont les oeuvres étaient publiées en France par l’éditeur Hetzel. L’écrivain russe trouve que le contexte du roman (l’invasion tartare et son ampleur) semble invraisemblable, mais cela n’enlève rien, selon lui, à la qualité du livre.

Un roman d’aventures

La trame de Michel Strogoff est relativement simple : une invasion tartare (pour Jules Verne, ce terme désigne un ensemble de peuples du sud et du centre de la Russie) menée par Féofar Khan menace la Russie. Le frère du tsar, parti lors d’une expédition dans l’extrême-orient, se retrouve bloqué sur le chemin du retour à Irkoutsk. Le tsar veut le prévenir de l’invasion mais aussi l’avertir de la trahison d’Ivan Ogareff. Ce-dernier est un ancien officier russe que le Grand Duc avait fait exiler suite à son indiscipline. Le comploteur a rejoint Féofar Khan pour se venger.

Un léger problème empêche le tsar de communiquer les informations qu’il détient à son frère : la ligne télégraphique est coupée entre certaines villes. Il lui faut donc un homme pour transmettre le message. Et cet homme, c’est Michel Strogoff. Héros du roman, il est aussi un héros par son caractère et ses actions. Ses qualités ne se comptent plus : il est courageux, intelligent, observateur, intègre, digne de confiance, dévoué à la cause du tsar et prêt à défendre sa patrie. Le tsar lui confie alors la mission qui doit sauver la Russie : rejoindre Irkoutsk le plus rapidement possible pour remettre un courrier confidentiel au Grand Duc. Michel Strogoff change d’identité et  devient le négociant Nicolas Korpanoff.

3500 kilomètres environ séparent Moscou d’Irkoutsk. Le Transsibérien n’existe pas encore (il sera mis en service en 1906). Il faut à l’époque 4 à 5 semaines pour relier les deux villes. Michel Strogoff en mettra 11. Son parcours est semé d’embûches et le héros est soumis à de rudes épreuves. Mais il rencontre aussi des personnages qui l’aideront, comme Nadia, une jeune femme qui souhaite rejoindre son père exilé à Irkoutsk. L’aventure de Michel Strogoff prend alors la valeur d’un parcours initiatique : on suit son évolution au rythme des obstacles qu’il surmonte.

Michel Strogoff de Jules Verne
Cette carte figure dans le livre. Elle illustre le parcours de Michel Strogoff (ligne de pointillés). Vous pouvez cliquer pour agrandir la carte.

Michel Strogoff de Jules Verne

 

Un roman pour faire découvrir la Russie aux lecteurs

Au XIXe siècle, la Russie reste un pays obscur pour la plupart des Français. Grâce aux aventures de Michel Strogoff, les lecteurs de Jules Verne peuvent découvrir un territoire inconnu. Ce qui frappe, c’est surtout l’immensité des terres russes. Les difficultés pour communiquer que rencontre le tsar illustrent un problème de taille : comment un tel pays peut-il être gouverné ?

Jules Verne décrit chaque ville traversée par Michel Strogoff. C’est à chaque fois l’occasion de découvrir des peuples avec des moeurs et des manières de vivre différentes. Certaines pages du roman ne sont pas sans rappeler les explications des guides touristiques.

« Tomsk, fondée en 1604, presque au coeur des provinces sibériennes, est l’une des plus importantes villes de la Russie asiatique. (…) Tomsk est-elle une jolie ville ? Il faut convenir que les voyageurs ne sont pas d’accord à cet égard. Mme de Bourboulon, qui y a demeuré quelques jours pendant son voyage de Shang-Haï à Moscou, en fait une localité peu pittoresque. A s’en rapporter à sa description, ce n’est qu’une ville insignifiante, avec de vieilles maisons de pierres et de briques, des rues fort étroites bien différentes de celles qui percent ordinairement les grandes cités sibériennes, de sales quartiers où s’entassent plus particulièrement les Tartares, et dans laquelle pullulent de tranquilles ivrognes, « dont l’ivresse elle-même est apathique, comme chez les peuples du Nord!) ».

Le voyageur Henri Russel-Killough, lui, est absolument affirmatif dans son admiration pour Tomsk. Cela tient-il à ce qu’il a vu en plein hiver, sous son manteau de neige, cette ville, que Mme de Bourboulon n’a visitée que pendant l’été ? Cela est possible et confirmerait cette opinion que certains pays froids ne peuvent être appréciés que dans la saison froide, comme certains pays chauds dans la saison chaude.

Quoi qu’il en soit, M.Russel-Killough dit positivement que Tomsk est non seulement la plus jolie ville de la Sibérie, mais encore une des plus jolies villes du monde, avec ses maisons à colonnades et à péristyles, ses trottoirs en bois, ses rues larges et régulières, et ses quinze magnifiques églises que reflètent les eaux du Tom, plus large qu’aucune rivière de France.

La vérité est entre les deux opinions. Tomsk, qui compote vingt-cinq mille habitants, est pittoresquement étalée sur une longue colline dont l’escarpement est assez raide. » (p.292-293)

Toujours dans le but de faire découvrir la Russie à ses lecteurs, Jules Verne fait intervenir deux personnages européens. Les deux journalistes (Alcide Jolivet, français, et Harry Blount, anglais) représentent les personnes voyageant en Russie pour la première fois. Ils sont aussi l’élément comique qui permet, dans des moments tragiques, de ménager le lecteur et de lui faire prendre un peu de recul.

***

J’ai adoré ce récit qui m’a fait voyager dans un pays qui me passionne. Le roman est rythmé : il n’y a aucun temps mort et à chaque instant on se demande ce que nous réserve la suite. Jules Verne nous offre des retournements de situation surprenants. Même si le récit est très manichéen (les gentils Russes contre les méchants Tartares), j’ai été toute acquise à la mission de Michel Strogoff en espérant de tout coeur qu’il réussisse.  J’ai eu l’impression de traverser les steppes russes avec les héros, effrayée lorsque la terre tremblait à cause des chevaux des Tartares qui nous rattrapaient et menaçaient Michel, Nadia et leurs amis. Michel Strogoff est un bon roman d’aventures du XIXe siècle comme je les aime.

Un hiver en Russie

Un hiver en Russie : un vent culturel venant de l’Est s’installe sur le blog [1er décembre/1er mars]

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L’envie de lire des livres sur la Russie et/ou d’auteurs russes se fait toujours plus forte quand l’hiver arrive. Avec un imaginaire qui associe ce pays au froid et à la neige, on se dit que l’hiver est la saison parfaite pour se plonger dans sa culture. Je vous l’ai d’ailleurs dit plusieurs fois : je rêve d’aller en Russie, mais ce voyage n’étant pas encore possible, j’ai décidé de le faire grâce à la littérature.

J’ai eu l’idée de vous proposer une sélection d’articles sur la Russie après avoir visionné des films sur ce pays pendant l’Arras Film Festival. Je me suis dit que c’était l’occasion d’écrire des articles autour du thème : un hiver en Russie.

Ca tombe bien : l’actualité est avec moi. 2017 marque le centenaire des révolutions russes, donc de nombreuses publications sont disponibles sur le sujet. Il y aura l’élection présidentielle russe en 2018, et Livre Paris 2018 met à l’honneur la littérature russe !

Si ça vous intéresse, vous pouvez enfiler chapkas et manteau de fourrure (fausse, de préférence) et découvrir la Russie avec moi !

Je vous publierai des articles sur ce thème du 1er décembre au 1er mars : je décale les dates de la saison car je préfère commencer un début de mois ; et j’ai choisi un temps assez long pour écrire mes articles. Bien sûr, cela ne veut pas dire que je vais rester en Russie jusqu’en mars : la magie de la littérature, c’est qu’on peut faire des allers-retours assez facilement entre les pays et les cultures.

Ce n’est pas un challenge : il n’y a pas de nombre de livres à lire ou d’autres règles, et pas d’inscription non plus. Si vous voulez participer, il vous suffira de m’envoyer le lien vers votre article (en commentaire ou via les réseaux sociaux, les liens sont en haut à droite). Je les partagerai sur les réseaux sociaux et je ferai un article récapitulatif mensuel, où je présenterai les articles qui auront été publiés ici et chez vous. Vous pouvez utiliser la bannière qui ouvre cet article si vous en avez l’envie.

Que lire ? On va prendre le thème au sens large :

  • Ca peut être des livres sur la Russie mais aussi sur l’URSS (vous comprendez que « hiver soviétique », c’était moins facile à adopter comme nom).
  • On peut lire des auteurs russes, des auteurs de pays membres de l’ex-URSS, mais aussi des auteurs d’autres nationalités.
  • On peut même s’intéresser à des auteurs russes dont les livres ne se déroulent pas en Russie.
  • De la fiction, des récits de voyage, mais aussi des essais/documents.
  • Des classiques, des moins classiques, des livres des siècles passés et des contemporains.
  • Je parle de livres, mais vous pouvez aussi écrire sur des films, des séries, sur vos voyages si vous en avez faits, et sur tout ce qui concerne le pays. Exemple : je vais peut-être profiter de l’élection présidentielle russe pour parler de sujets politiques.

Quelques idées (liste non exhaustive) :

  • Dostoïevksi, Tolstoï, Pouchkine, Gogol, Boulgakov, Nabokov, Soljenitsyne…
  • Pour les essais : Hélène Carrère d’Encausse, Svetlana Alexievitch, Jean des Cars, Vladimir Fédorovsky (par contre je vous déconseille sa biographie de Poutine, un peu trop orientée), Michel Eltchaninoff … De nombreux livres ont été publiés à l’occasion des révolutions russes, un petit tour dans les rayons « Histoire » des librairies devrait vous inspirer !
  • Les livres de Sylvain Tesson, Seule sur le Transsibérien de Géraldine Dunbar, et et d’autres récits de voyage.
  • Michel Strogoff de Jules Verne, Les Justes d’Albert Camus.

Les articles sur mon blog[Rentrée littéraire] La princesse de Bakounine de Lorenza Foschini : portrait d’une princesse russe énigmatique  ;  Retour sur les premières relations franco-russes avec l’exposition Pierre le Grand un tsar en France au château de Versailles  ;  Le souffle d’octobre 1917 – Bernard Pudal et Claude Pennetier  ;  La guerre et la paix de Tolstoï #1 – Entre roman et traité d’histoire  ;  Dans les forêts de Sibérie – Sylvain Tesson

Chez les autres blogueurs, je vous conseille : la sélection du Libriosaure (qui a eu la même idée que moi !)  ;  La mort du Vazir-Moukhtar chez Célestine-Aude  ; La tête en claire ; les lectures d’Emi, grande lectrice de littérature russe.

Livre Paris a dévoilé les noms de 19 auteurs russes (sur les 30) qui viendront au Salon ! C’est l’occasion de découvrir les auteurs contemporains.

Enfin, une liste plus complète sur Babelio.

Si vous avez d’autres conseils de lectures, vous pouvez les partager en commentaires ! J’espère que ce thème pour l’hiver vous plaira. Dîtes-moi ce que vous en pensez.

Je vous souhaite un bel hiver avec 20 jours d’avance !

 

 

 

 

 

 

 

Cinéma

L’Arras Film Festival, une parenthèse cinématographique enchantée

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Du 3 au 12 novembre a eu lieu la 18e édition de l’Arras Film Festival. Pendant 10 jours, la ville d’Arras a vécu au rythme des nombreuses projections et rencontres organisées par l’équipe du festival. Difficile de faire des choix tant la programmation était riche et les thématiques intéressantes. Il y en avait pour tous les goûts. Avec 45 000 places de cinéma vendues pour cette 18e édition, l’Arras Film Festival confirme d’année en année à la fois son ancrage territorial et son rayonnement national. Les réalisateurs, acteurs, critiques de cinéma, ont à chaque fois souligné le plaisir qu’ils ont eu à venir et à présenter leur travail.

Cela fait un mois que j’écris des articles pour un journal à Arras. J’ai donc pu obtenir une accréditation presse et profiter du festival. J’ai assisté à plusieurs séances et rencontres et ai profité de cette belle parenthèse cinématographique.

Pour cette 18e édition, le programme se divisait en plusieurs thématiques. Entre autres : les avant-premières et les films inédits (environ 70 !) ;  la compétition européenne ; le festival des enfants ; Napoléon et la campagne de Russie ; les révolutions russes ; Whodunit, qui a commis le crime ?

Je vais vous présenter les films que j’ai vus. Cette sélection est loin de refléter la grande diversité de la programmation mais il fallait faire des choix !

Les avant-premières

Les avant-premières se déroulaient en présence des équipes des films en règle générale (ce qui n’était pas le cas pour Battle of the Sexes évidemment) et c’était très intéressant d’entendre les explications des réalisateurs et acteurs. Le festival a été ouvert par la projection de Jalouse. David et Stéphane Foenkinos et Karin Viard sont venus présenter le film. Ils ont été adorables, j’aurais pu écouter Karin Viard pendant des heures ! Pour La promesse de l’aube, c’est le réalisateur Eric Barbier qui est venu et nous a appris, par exemple, qu’il avait tout de suite eu en tête Pierre Niney dans le rôle de Romain Gary lorsqu’il a commencé à travailler sur le film. Quant à Sparring, Mathieu Kassovitz n’a pas pu venir mais la rencontre avec le réalisateur Samuel Jouy et le boxeur Souleymane M’Baye a été très intéressante.

 

guerre et paix article aff

Je voulais absolument voir cette adaptation depuis que j’ai lu le livre l’année dernière. Je ne l’avais pas trouvée alors le festival était l’occasion idéale pour se plonger dans le film (qui était de plus en version restaurée). Nous pouvions soit le voir un dimanche après-midi (avec des pauses entre les différentes parties, je vous rassure) ou en plusieurs séances dans la semaine. J’ai choisi de voir le film en une fois, le dimanche. Nous étions nombreux dans la salle !  Il y a beaucoup de choses à dire sur cette adaptation donc je lui consacrerai un article.

les révolutions russes

 

L’association France-Russie d’Arras a présenté, en parallèle du festival, une exposition d’affiches de propagande soviétiques. C’était un complément intéressant aux films projetés dans le cadre du centenaire des révolutions russes.

 

the king s choice et au revoir là haut2

J’aurais aimé voir plus de films mais il fallait faire des choix et je ne pouvais pas passer toutes mes journées dans les salles de cinéma, malheureusement. Une déception : je n’ai pas pu voir l’épisode spécial des Petits meurtres d’Agatha Christie (en présence des acteurs !) car il n’y avait plus de place lorsque j’ai voulu réserver. Mais globalement j’ai vu les principaux films que j’avais sélectionnés et j’ai fait de belles découvertes.

Je suis très heureuse d’avoir pu profiter de ce festival. Le cinéma s’empare de toute la ville et l’ambiance est chaleureuse. Préparez-vous pour la 19e édition en novembre 2018 !

Site officiel de l’Arras Film Festival